FRAGMENT D'UNE FRESQUE DU PERUGIN
ne peut lire les lignes qui suivent sans sou- Florence.
rire de la placidité du grand artiste : « Jacques vint demeurer avec moi le lour de la fête de sainte Marie-Madeleine, 1490. Il avait dix ans. Le second jour, je lui fis tailler deux chemises, une paire de chausses et un pourpoint ; quand je mis de côté l'argent pour payer les objets, il me prit l'argent dans la bourse et jamais je ne pus le lui faire avouer, quoique j'eusse la certitude du vol.... Le lendemain, j'allai souper avec Jacques-André et le susdit Jacques; celui-ci mangea pour deux et fit des dégâts pour quatre, car il brisa trois fioles, renversa le vin et, après cela, vint souper où j'étais. Item, au jour du 7 septembre, il vola un style d'une valeur de 22 sous à Marc qui était avec moi et le lui prit dans son atelier.... »
Et soigneusement, avec précision, le maître continue de noter, jour par jour, les vols, les dégâts, les mauvais coups de son élève.
On voit que la vie n'était pas toujours facile au milieu de ces gamins. Les relations du peintre avec eux ressemblaient plus aux rapports d'un patron avec ses apprentis qu'à l'autorité d'un maître sur ses disciples. Une liberté de compagnons régnait entre eux, des bourrades s'échangeaient aisément, des violences même éclataient parfois. Les mœurs étant encore sauvages, bien que les esprits fussent éclairés, on avait non seulement l'habitude de ne compter que sur soi-même pour défendre sa vie et son droit, mais encore on n'était pas dressé à se maîtriser : le sang était trop vif.
L'élève de Vasari partageait la couche de son maître. Un nuit celui-ci, croyant se gratter, s'y prend si étourdiment qu'il gratte et écorche la jambe de son compagnon de lit. Cette distraction nous paraît aujourd'hui simplement risible. L'élève de Vasari non seulement n'en rit pas, mais, dans sa fureur