GENIE DU TOMBEAU DU COMTE HUGO, PAR MINO DE FIESOLE
Florence. — Église de la Badia.
mais de mille choses gaies et folles ; aussi notre repas fut-il des plus agréables. »
Cellini écrit cela tout tranquillement.
Dans un climat comme celui de l'Italie, les liens de la famille sont plus fragiles parce qu'ils sont d'une nécessité moins constante qu'ailleurs. L'enfant n'exige pas une aussi prudente surveillance.
Le magnifique décor de la terre le tente, l'attire, le distrait. Rassuré par un accueil sans contrainte, il s'habitue à regarder comme sa vraie mère la blonde Cérès, la bonne et vaste déesse qui le nourrit de ses fruits, le rafraîchit de buste d'enfant, par de siderio da settignano. ses ombrages, le réchauffe de son
Florence. — Musée National. ,
beau soleil et ne lui demande rien en retour. A la maison paternelle, au contraire, il doit subir les gênes de l'obéissance, les reproches et souvent les « taloches ».... Au dehors, l'espace, la liberté entre le ciel et l'horizon.
Si le cœur perd à cette existence, combien y gagne l'esprit! Le soleil, qui est vraiment Apollon, le dieu des arts, instruit les yeux de l'enfant. Il dresse autour de lui les verdo}rantes frondaisons, dore le sol des coteaux, dessine la crête des horizons, fait tomber du ciel la poudre magique de ses rayons ; et le bambin, dans un besoin de plus intime communion avec la nature, rejette ses vêtements, se livre aux jeux de la nage, de la lutte, offre sa nudité à la saine caresse de Phébus. Après de pareilles écoles buissonnières, ce petit ne deviendra pas un Giotto, c'est possible, mais son corps alerte et souple aura la grâce que donne l'aisance -, ses yeux connaîtront et admireront la beauté chaste du nu ; son esprit comprendra et aimera la campagne et aussi l'art qui la traduit et qui la rixe; il sera indépendant jusqu'à la passion, alerte et paresseux à la fois, éveillé et superstitieux....
Les artistes français qui n'ont pas visité l'Italie éprouvent souvent la surprise suivante: ils voient, un jour, arriver dans leur atelier un gamin sauvage et sale
SAINT JEAN-BAPTISTE, PAR MINO DE FIESOLE. Musée du Louvre.
EN ITALIE
BUSTE D ENFANT, PAR DONATELLO. Florence. — Confre'rie dei Vanchetoni.
jusqu'à la nausée. Dans un patois barbare, l'enfant explique gauchement qu'il débarque à Paris, qu'il vient tout droit de son village, un hameau caché dans un repli des Apennins ou des Abruzzes, et qu'il cherche des séances comme modèle. Il paraît ne rien comprendre, ignorer toutes choses. Il a l'air piteux d'un chien perdu.
L'artiste, tenté par ses haillons, sa mine de bête hagarde, lui prend une séance, lui dit de rester.... Au bout d'un instant, le petit se rassure un peu, regarde autour de lui; et tout à coup, il se transfigure complètement.
Dans un coin de l'atelier, il vient d'apercevoir un tableau, une sculpture, peutêtre même un simple dessin, et, souriant, le voilà qui laisse échapper d'incompréhensibles exclamations sur un ton de joyeuse surprise. Ce sont comme des caresses que, dans son langage musical, il lance de loin à l'œuvre d'art. Désormais, il est à son aise ; il se campe; sa tournure apparaît gracieuse; son visage s'éclaircit; son œil est vif, intelligent. Il ne s'ennuie plus, il n'a plus peur : il y a de belles choses dans cette maison. Il se sent comme chez lui....
Certes, nous sommes loin de notre gavroche parisien qui ne peut voir une statue sans la décorer de fantaisistes calligraphies. En France, dès qu'une œuvre d'art est érigée sur une place publique, il faut l'entourer d'une grille.
En Italie, ces précautions sont inutiles. Depuis que le David de Benvenuto Cellini est en place, son socle fouillé de sculptures délicates sert d'oreiller aux enfants de Florence, et nul n'aurait l'idée de le dégrader.
Quand Benvenuto Cellini avait fait un mauvais coup, quand il avait assommé quelqu'un ou quelques-uns de ses compatriotes, s'il apprenait que les parents de ses victimes imploraient justice et que le pape était furieux, il s'empressait d'achever un objet d'art quelconque, une belle pièce d'orfèvrerie et, son œuvre en main, il allait bravement affronter le Souverain Pontife.... A la vue du coupable, le Saint-Père fronçait les sourcils, mais dès que ses yeux apercevaient
dans les bras de Cellini le bibelot précieux, il ne pouvait plus se fâcher.... Depuis le petit enfant jusqu'au pape, ils étaient tous de même, en Italie.
Au moment de passer en revue les œuvres inspirées aux artistes de la Renaissance par l'enfant italien, on ne peut se défendre contre un réel éblouissement. On est à la fois rempli d'admiration et d'étonnement devant la splendide élévation de leur talent et devant l'abondance de leurs oeuvres ; et on se rappelle le mot d'Alfieri : « La plante humaine naît plus robuste qu'ailleurs, en Italie ».
Il est vrai que la plupart de ces peintres ont usé du procédé expéditif de la fresque ; mais ce procédé demandait une réelle maîtrise, exigeait une sûreté de main qui ne pouvait être le résultat que de longues et solides études. Quand la peinture à l'huile fut perfectionnée, pratiquée et en faveur, on ne vit du reste
pas la production se ralentir. Beaucoup de ces maîtres moururent jeunes, vers quarante ans, et leurs tableaux sont innombrables.
Giotto avait le premier donné l'exemple d'une fécondité miraculeuse. Vasari dit : « Si l'on comptait ses œuvres, on ne le croirait pas ! » Malheureusement, elles sont parvenues en très petit nombre jusqu'à nous. En outre, l'Enfant, chez lui, manque de précision juvénile, mais il a souvent un beau sentiment de style — tel, le Jésus de la Présentation au Temple qui, les mains croisées sur la poitrine, gravit l'escalier du Temple, guidé tendrement par Marie. Ailleurs, il reste à l'état d'intention comme dans le Triomphe de la Pauvreté, où deux gamins insultent la Pauvreté, lui jettent des cailloux et la