RONDE D'ENFANTS. BAS-RELIEF DE L. DELLA ROBBIA
Florence. — Muse'e National.
apparaissant à saint Bernard, il a des détails naïfs et familiers tels que, dans le Crucifix miraculeux, l'épisode de l'enfant qui, 'effrayé par un chien, laisse tomber son gâteau.
Ces détails vont se glisser peu à peu dans les scènes les plus solennelles, et nous renseigner sur les costumes et les mœurs du temps. Des peintres comme Benozzo Gozzoli donnent de fidèles reproductions de la vie au xve siècle. Dans les Rois Mages du palais Ricardi, à Florence, il présente une brillante cavalcade de seigneurs où nous distinguons les jeunes pages de l'époque, alertes et somptueux. Dans la Vie de saint Augustin, il nous révèle la vie plus sévère des éco-
liers. Sainte Monique amène l'enfant au maître qui lui caresse la joue; un petit gamin, paresseux ou indocile, reçoit le fouet. Plus loin, saint Augustin passe des examens. Ailleurs, il enseigne. Tout cela est charmant de vérité et de franchise, et animé par des visages dont l'accent âpre accuse l'individualité. Dans le Campo Santo de Pise, Gozzoli peint, entre autres décorations, la célèbre scène champêtre des Vendanges où il met, auprès de Noé, des bambins qui s'accrochent à la robe du patriarche.
Mais nous arrivons aux vrais préparateurs de la Renaissance, à ceux qui forment ou influencent directement les maîtres suprêmes; à Verrocchio, dont Léonard de Vinci fut il creator ; au Pérugin, qui éleva Raphaël ; à Luca Signorelli, dont les Damnés, la Résurrection, les fresques d'Orvieto ont déjà les passionnées et fières allures de Michel-Ange.
Verrocchio traça des croquis souvent confondus avec ceux de Vinci. C'est lui qui précise le joli corps de gamin potelé, charnu, aux yeux vifs, aux cheveux frisés s'emmêlant sur un crâne large, qui se rencontrera si fréquemment dans l'œuvre de son élève.
Le Pérugin, plus idéal, perfectionne le type de Jésus enfant. Il est peut-être le dernier producteur d'œuvres mystiques, mais il n'a déjà plus la pureté de Fra Angelico. Suivant une légende ironique, il aurait été un homme médiocre et dépourvu de religion ; Michel-Ange, qui ne fut jamais très aimable pour ses confrères, l'aurait traité de ganache (Goffo). Il faut ne voir là que le résultat de la réaction fatale qui suit les écoles défuntes ; on constate avec plaisir que Raphaël conserva pour son maître respect et affection.
Avec Luca Signorelli, c'est l'élan passionné, la grandeur épique, le déchaînement des corps hardis, pleins d'allure, d'une science anatomique tout à fait consommée. Chez lui, l'enfant est rare, parce que la grâce lui plaît moins que
BUSTE D'ENFANT, PAR ANDRlî DELLA ROBBIA. Florence. — Musée National.
LA VIERGE, L'ENFANT ET SAINT JEAN, PAR RAPHAËL. Londres. — ■ National Gallery.
EN ITALIE
la force. Néanmoins, dans la chapelle Sixtine, parmi la série de la Vie de Moïse, il a exécuté un groupe qui représente une jeune mère allaitant son enfant, tandis que deux autres petits jouent derrière elle.
Mais si ces derniers artistes annoncent et préparent le triomphe de la Renaissance, il est un maître qui, vivant à la même époque, personnifie toutes les aspirations précédentes, les réunit en un ensemble magnifique de vigueur, de fierté, de science : c'est Mantegna.
Son oeuvre est un mélange de naturel et de style ; elle oscille de l'élégance antique à la vigueur de la réalité, des types généraux aux portraits. Les corps se dressent dans de superbes attitudes et les visages respirent une énergie pleine
de pathétique. Également passionné pour le nu et pour le Costume, Mantegna peint des portraits dans sa décoration de la chapelle de Saint-Christophe, à Padoue, y met le fils de Strozzi, seigneur florentin, et, dans le palais ducal de Mantoue, il décore un plafond d'enfants nus, vus de bas en haut, avec des raccourcis d'une hardiesse si heureuse que l'œil non seulement est satisfait, mais trouve plaisir à constater l'illusion qu'on lui impose.
Nous retrouvons la tête de ces enfants, leur belle et ample rondeur, leurs cheveux courts et leur expression innocente dans les petits anges qui entourent la Vierge du retable de San Zeno, à Vérone. C'est encore ce gentil visage qui anime les petits génies chargés, dans le palais de Mantoue, de soutenir l'écusson de la famille de Gonzague.
Dans la même salle, à côté de cette décoration, Mantegna a peint des œuvres très importantes pour l'iconographie enfantine. Parmi des scènes de la vie seigneuriale au xve siècle, il nous montre la famille de Gonzague au milieu de ses alliés et de ses serviteurs. L'aspect familial de la composition est très
BUSTE D'ENFANT (SAINT JEAN-BAPTISTE j
Atelier des Délia Robbia. Florence. — Musée national.
nouveau ; il ne s'élève pas à la conception éternelle de Raphaël, il annoncerait plutôt la belle série d'études intimes que donneront les Flamands. Et pourtant, comme nous sommes loin des maîtres du Nord ! L'inspiration n'est pas la même ; elle vient de mœurs plus sauvages et plus âpres. Une fierté, une violence planent sur ces groupes. Les personnages semblent réunis pour quelque mystérieuse conspiration politique mettant des existences humaines en danger. On chercherait en vain parmi ces visages de condottieri la bonhomie souriante qui fera le charme des Flamands. Les enfants eux-mêmes ont une raideur solennelle; on dirait qu'ils s'efforcent de hausser leur petite âme à la grandeur tragique du moment.
Mantegna est surtout un dessinateur de génie. Dans la peinture, il est ferme, franc, mais peu soucieux de l'harmonie, indifférent au concert de l'ensemble. Son admiration pour l'antique lui fait donner à ses chairs un aspect souvent pétrifié. C'était le reproche que lui adressait son maître, Squarcione, quand il lui disait « qu'il aurait mieux fait de peindre ses figures couleur de marbre que de les feindre vivantes sans leur donner la vie ». Mais combien il acquiert de force dans cette généralisation que lui donnait la statuaire antique ! Quelle allure prennent ses personnages ! Leur anatomie est trop accentuée. Les enfants nus qui portent le cartouche des Gonzague sont d'une fermeté excessive; mais quel intense et pénétrant attrait ils doivent à leur plastique !
Moins puissant, mais d'une grâce plus attendrie, quoique très souvent un peu mièvre, fut Sandro Botticelli. De nombreux visages enfantins sourient dans ses tableaux et entourent ses madones et ses saints d'anges dont le sentiment religieux très vif s'unit à une exécution pleine de détails individuels. Assurément, tous ces gentils personnages sont de jeunes Florentins qui ont bien voulu renoncer pendant quelques heures à leurs jeux pour permettre à l'artiste de les peindre. Quelques-uns même, comme dans la Vierge du musée des Offices, distraits, se pliant mal à leur tâche, regardent le spectateur et prennent ainsi un accent tout à fait personnel et profane.
Le même mélange de raideur et de noblesse se retrouve chez Carlo Crivelli, qui peignit le si joli et si caractéristique petit Bambino du musée Brera, à Milan.
Que d'autres encore mériteraient d'être nommés qui ont traduit l'Enfant Jésus et les angelots, en leur insinuant une individualité de plus en plus frappante !
A Venise, où la grâce de l'Enfant devait bientôt être comprise comme un poème de chair, l'étude se précise dans le sens de la lumière, de la couleur, de
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