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ENFANT, PAR ANDRÉ DELL A ROBBIA

Florence. — Hôpital des Innocents.

EN ITALIE

ÉT

ÉTUDE POUR L ENFANT JESUS, DESSIN PAR LEONARD DE VINCI. Musée du Louvre.

croissant davantage, il y puisa

une retenue qui lui inspira des

œuvres où la sagesse n'enlevait

rien à la science et où le style flo-

rissait plus élevé, plus pur.

Nul n'était railleur plus spirituel que Donatello. Parmi les

anecdotes dont il a laissé le souvenir, il en est qui sont encore

aussi fraîches et aussi mordantes

que si elles dataient d'hier.

Sa plaisanterie allait même

jusqu'à l'extravagance de ce qu'on

appelle la charge d'atelier. Ne se

mit-il pas un jour en tête de persuader à un de ses camarades nommé Manetto qu'il n'était plus Manetto, mais qu'il était bel et bien devenu un certain Matteo ! Et il y parvint.... Pendant quelques jours, le malheureux garçon se crut victime d'un vol de personnalité ; il eut l'ahurissante conviction qu'il habitait le corps d'un autre individu. Lorsqu'on voulut le désabuser, il en demeura tout étourdi et si honteux qu'il s'enfuit de la ville et même de l'Italie et s'expatria jusqu'en Hongrie.

Malgré cette tendance à la raillerie, Donatello avait un cœur excellent et généreux; il se faisait payer ses chefs-d'œuvre presque rien, et l'argent jeté dans une corbeille, pendue par une ficelle au plafond, était à la portée des élèves et des amis qui avaient liberté d'y puiser à leur gré.

C'est assurément cette fraîcheur d'àme qui a permis à Donatello d'exprimer avec tant de vérité les attitudes enfantines, la joie, la malice et la grâce de la jeunesse. Son Mercure ou Cupidon n'est-il pas saisissant et imprévu? Peut-être lui reprocherait-on sa musculature accentuée, presque rigide. Par là, l'œuvre est de la Renaissance. Elle révèle le parvenu de la science anatomique, l'artiste qui, obsédé par ses études, ne peut encore se libérer et n'a pas la force de mettre en pratique le conseil célèbre : « Connaître tout cela et l'oublier... ». Malgré cette légère faiblesse, l'œuvre est pleine de vérité et de finesse dans le geste des bras exprimant l'action précédente, le mouvement qui a lancé la flèche et dans le sourire mutin du petit dieu qui voit son arme voler vers le but et sa victime

6o LES PORTRAITS DE L'ENFANT.

atteinte. Mais Donatello est encore plus réaliste dans son Saint Jean-Baptiste qu'il représente toujours hâve, décharné, absolument desséché par l'ascétisme. Ces recherches révèlent un effort de vérité qu'on ne retrouvera que de nos jours.

Donatello fut plusieurs fois le concurrent de Luca délia Robbia, son ami. Le premier travail qui les mit en rivalité est la tribune de l'orgue, dans Santa Maria del Fiore. Ils la décorèrent de bas-reliefs représentant des groupes d'enfants qui dansent et qui chantent. Donatello s'y montra, suivant son habitude, décorateur plein d'allure et de rythme; Luca délia Robbia demeura plus classique, plus calme et plus naïf.

Luca délia Robbia vécut pauvre, laborieux et tranquille, occupé du soin d'élever son neveu Andréa, de faire, grâce à lui, souche d'artistes. On lui attribue à tort, paraît-il, l'invention de la terre cuite émaillée, procédé auquel Andréa, son élève et son successeur, donna une grande vogue, où il montra un talent moins élevé que celui de son oncle, mais plus délicat.

Andréa nous a laissé, en ce genre, un ensemble délicieux d'invention décorative dans les médaillons qui ornent la façade de l'hôpital des Innocents, à Florence. Il avait eu l'idée ingénieuse — que certains prétendent lui avoir été inspirée par son oncle — de décorer cet hôpital par des figures d'enfants emmaillotés. Debout, les bras tendus, plusieurs ont rompu leurs maillots et montrent de jolis coins de nu ; d'autres, plus sages, conservent une tenue correcte.

Quelques terres cuites d'Andréa paraissent avoir été des portraits. Leur individualité demeure un peu flottante; mais, comme nous l'avons dit, l'Italie, idéaliste, a surtout vu dans l'Enfant un symbole de fraîcheur, d'abondance et de jeunesse.

Et, dans ce genre, d'autres maîtres encore mériteraient l'hommage d'un souvenir, mais notre étude ne nous permet que de saluer ceux qui dominent l'art et le dirigent. Nous ne saurions pourtant oublier Desiderio da Settignano et Mino de Fiesole entre lesquels on hésite pour l'attribution du beau buste de Saint Jean qui passa de la collection His de La Salle au musée du Louvre. Le petit anachorète n'a pas le sauvage réalisme, l'ascétisme terrible que lui attribue habituellement Donatello. Son enthousiasme extatique, d'un sentiment plus doux, porte l'attention des connaisseurs sur d'autres artistes ; et si l'on examine un des petits génies que Mino de Fiesole plaça sur le tombeau du comte Ugo, à la Badia de Florence, on constate que la tête du génie ressemble à la tête du Saint Jean, que l'expression est la même et que l'exécution, un peu sèche

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ETUDE D ENFANT, DESSIN- PAR LEONARD -DE VINCI. Musée du Louvre.

par endroits, est identique. Il est donc permis de croire que Mino de Fiesole est l'auteur de cette jolie sculpture.

L'admiration des artistes pour l'antiquité gagnait les amateurs et les lettrés. Homère, Platon, Aristote étaient étudiés au point que certains dilettanti n'étaient pas loin de croire à Vénus et à Jupiter. Les « superstitions païennes » menaçaient de nouveau le christianisme. En outre, au milieu de cette fermentation des idées, de cette fiévreuse énergie, les mœurs se relâchaient jusqu'au scandale. Un moine, Savonarole, se dressa au milieu de ces désordres, conjura, menaça, parla en prophète, prédit l'invasion française. Son succès fut immense. En quelques mois, Florence se transforma; la ville des arts et des fêtes prit

l'air d'un couvent. Mais cette trans-

formation pouvait n'être qu'une crise passagère; pour avoir chance de corriger l'Italie, Savonarole résolut de conquérir et de dresser la jeunesse.

Les enfants étant venus à lui comme étaient venus les parents, non seulement il voulut préparer en eux des générations plus pures, mais il rêva d'employer leur candide milice à purifier les foules.

L'Enfant, par sa simple présence, n'est-il pas un appel à la pureté, un exemple du prestige de l'innocence?

L'Enfant ne semble-t-il pas dire :

« Tâche d'être comme moi, et tu

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retrouveras, à tout âge, la grâce physique et morale de la jeunesse.... »

Jésus avait dit : « Laissez venir à moi les petits enfants, car le royaume du ciel est pour ceux qui leur ressemblent. » Savonarole conseillait à ses partisans de laisser venir à eux les petits enfants, de les regarder et de les écouter. Purs, ils devaient leur parler de choses pures. Simples, ils devaient les rendre simples. Et la joie de Dieu descendrait sur eux; le royaume du ciel descendrait sur la terre.

Un moment l'enthousiasme religieux eut la ferveur des âges primitifs. Un contemporain, Burlamacchi écrivait :

« Ils se réunissaient, hommes et femmes, au nombre d'une trentaine et se rendaient dans quelque endroit agréable, à la ville ou à la campagne. Après avoir communié à la messe, ils passaient tout le jour à célébrer les louanges de Dieu et à chanter les psaumes. Quelquefois ils prenaient au milieu d'eux l'Enfant Jésus; ils lui adressaient des prières en versant des larmes. »

Mais Savonarole jugeait ces pieuses réunions trop platoniques. Quand il eut constaté que les enfants, flattés d'avoir attiré son attention, lui étaient

acquis, lorsqu'il les vit accourir à ses sermons en si grand nombre qu'on dut fixer l'âge de leur admission et leur réserver une tribune, il annonça publiquement son projet de les enrôler sous la bannière du Christ.

Chaque quartier de la ville eut un jeune chef assisté de quatre conseillers. D'autres petits magistrats se joignirent à eux. Florence finit par renfermer une véritable république d'enfants. Il y eut des officiers de paix, pacieri, chargés de maintenir l'ordre à l'église et dans la rue; des ordonnateurs des processions, maîtres de cérémonies, dont la tâche consistait à désigner la place de chacun dans le cortège et à faire régner le

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