‹ Les portraits de l'enfantChapitre 37 sur 161 · DE LA SAINTE- FAMILLE DU LOUVRE, DITE SAINTE-FAMILLE DE FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

DE LA SAINTE- FAMILLE DU LOUVRE, DITE SAINTE-FAMILLE DE FONTAINEBLEAU

Florence. — Galerie des Offices.

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silence. Des quêteurs, limosiiiieri, demandèrent l'aumône pour les pauvres honteux; des purificateurs, lustratori, firent nettoyer les croix et les autres objets de la vénération publique qu'ils trouvaient malpropres et se préoccupèrent de les faire convenablement placer. A certains enfants furent attribués des rôles encore plus actifs : il y eut des inquisiteurs et même des correcteurs.

L'idée était charmante, mais elle était irréalisable. Comment croire que des enfants seront capables d'user avec raison, justesse et modération d'une autorité quelconque?

Comment croire que des grandes personnes subiront sans révolte cette domination enfantine ?

Les inquisiteurs parcouraient la ville, abordaient les femmes qui leur semblaient trop luxueusement vêtues et ils leur disaient :

« De la part de Jésus-Christ, roi de notre ville, et de la Vierge Marie, notre reine, nous te commandons de déposer toutes ces vanités!... »

Jusque-là, l'indiscrétion avait un parfum de naïveté dans sa forme, une belle envolée dans son ton solennel. Et on imagine la jolie scène qui se jouait dans les rues austères de Florence, quand un gamin grave, sentencieux et très simplement habillé, s'arrêtait ainsi devant quelque grande dame en ces brillants et magnifiques atours, en ces somptueux costumes de la Renaissance italienne.... Malheureusement l'enfant ajoutait :

« Si tu ne le fais, tu seras frappée de maladie. »

Et tout de suite se révèle la tyrannie, et aussi l'âme bizarre de l'époque.

D'ailleurs le petit inquisiteur ne s'en tenait pas là. Il pénétrait dans les maisons, s'emparait des jeux de cartes, des échiquiers, des instruments de musique, des harpes et des luths, des objets de toilette, des miroirs, des parfums, même des livres de poésie, même des objets d'art, tableaux et sculptures qu'il jugeait dangereux pour les mœurs.

Naturellement, les enfants furent traités en enfants : ils reçurent des corrections. Savonarole leur donna des gardes qui eurent mission de les faire

respecter et de les défendre au besoin. Cela ne les rendit pas plus populaires.

En outre, on conçoit aisément ce que devenait le jeune magistrat quand il rentrait chez ses parents. Il ne dépouillait pas son autorité sans difficulté, devant son père et sa mère. Quel insupportable petit bonhomme devait être, à la table de famille, le naïf inquisiteur encore tout fier d'avoir donné une leçon à tel ou tel personnage de la ville, d'avoir pénétré dans telles maisons, d'avoir fait déménager des objets impurs !

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