UN PUTTO, PAR RAPHAËL
Rome. — Académie de Saint-Luc. « La discorde s'était glissée dans
toutes Les maisons, disent des contemporains. La femme et le mari, le père et les enfants, tout le monde était en querelle. »
Savonarole prit encore la défense de sa petite armée et, comme des pères menacèrent d'envoyer leurs fils en France pour les arracher à la pernicieuse influence du moine, celui-ci s'écria d'un ton de défi :
« Envoyez-les où vous voudrez : ils reviendront! »
Et il disait aux enfants :
« Vous devez obéir d'abord à Dieu qui est votre premier père, et, si vous êtes frappés, supportez les coups avec résignation : cela vous vaudra une couronne au paradis. »
L'innocente folie n'était donc pas seulement impossible dans la pratique, elle devenait dangereuse, d'autant plus que Savonarole prétendait obtenir toujours davantage.
Comme il craignait que les objets réquisitionnés ne retrouvassent un jour la liberté, il jugea prudent de profiter de ce qu'il les tenait à sa disposition pour en faire un solennel autodafé.
Il choisit le jour des Rameaux. La veille, la population des villes et des bourgades voisines envahit Florence ; on vit même des pèlerins arriver de tous les points de l'Italie, attirés par l'ardente parole du prophète. Dès le matin, les enfants, au nombre de huit mille, parcoururent la ville en quêtant; puis ils se formèrent en tête du cortège qui processionnellement gagna la place où devait