PRÉFACE. IX
donne déjà ces délicieuses statuettes de jeunes fellahs conservées au musée de Turin.
La Grèce, héritière de l'Egypte, et moins naïve que son aînée, recueille Vune de ces conventions sans en saisir le sens charmant. Ayant
LES ENFANTS DE CHARLES Ier, PAR VAN DYCK. LE PRINCE DE GALLES (CHARLES II), LA PRINCESSE HENRIETTE— MARIE ET LE DUC d\'ORK.
Turin. — Galerie royale.
trouvé dans V art égyptien de nombreuses figures d'êtres tout jeunes qui tiennent T index au bord de leurs lèvres, elle ne reconnut pas le geste d'innocence du nouveau-né qui se telle le doigt; elle crut à une divinité mystérieuse et en fit Harpocrate, le petit dieu du silence. L'imagination délicieuse de la Grèce la portait à tout diviniser, et l'Enfant, symbole suprême de fraîcheur et de grâce, devint pour elle le
petit génie, le petit amour, être joyeux, doué à la fois de la mutinerie delà jeunesse et de l'expérience de làge mûr. Cette création, trop jolie pour ne pas être durable . traversera les siècles et parviendra jusqu'à nous: mais telle qu'elle parut à son origine, elle fut le fidèle portrait de l'enfant dans l'antiquité grecque, elle eut sa philosophie souriante, snn corps agile et son amour de la vie. Vienne la décadence de l'empire romain, quelques bustes et quelques peintures à V encaustique montreront des portraits plus individuels et plus précis.
Le Moyen Age, accablé par les guerres, les famines, les épidémies, ne crut guère au bonheur possible ici-bas et, confiant son espoir en une vie meilleure à l'Enfant qui, pétri d'infini, lui rappelait la Divinité, il fit de lui le petit ange, trait d'union de la terre avec le ciel. Et cette fois encore, l'image créée par les gothiques fut l'exact portrait des races du Moyen Age pleines de ferveur idéale.
Cependant l'admirable Ecole Italienne, sa merveilleuse production d'œuvres d'art, prend naissance. C'est elle qui va clore la période classique par Raphaël, par sa sublime création de Jésus entre Marie et Joseph, du Bambino unissant la joie de vivre aux espérances de l'audelà, l'amour de la Famille à la Divinité. C'est elle aussi qui commence avec les Titien, les Véronëse, les Bronzino, la période pittoresque.
Comme les fils des rois et des nobles seront longtemps les seuls enfants à profiler du génie des peintres et des sculpteurs, les grands noms des petits modèles vont se joindre désormais aux grands noms des artistes, en un cortège féerique par sa variété, sa
BUSTE DU LOUISE BRONGNIART, PAR IIOUDON. Musée du Louvre.
PRÉFACE. xi
richesse, sa grâce, sa jeunesse. Voici d'abord les fils et les filles du sang
royal d'Espagne et leur théorie si surprenante de caractère, où la vie intense des visages est rehaussée par l'originalité des costumes.
\ii LES PORTRAITS DE L'ENFANT.
Mais l'Espagne est un pays de contrastes : à côté de Velasquez, nous avons Murillo. Les Infants dit premier sont les voisins des jeunes mendiants du second : et, par-dessus les uns et les autres, planent dans le ciel des extases les chérubins du peintre de V Assomption.
A ces enfants du' ciel, à ces enfants des rois, à ces enfants des gueux,
les Fia n d res ajoutent d'à u i res enfants. Elles nous montrent, avec V incisif accent de la ressemblance, les enfants des bourgeois, beaux moutards aux joues pleines, aux gros rires, qui entourent de bons et honnêtes parents et forment des groupes tantôt recueillis, tantôt joyeux sous les pinceaux magiques de Rubens, de Rembrandt, de van Dyck, de Franz Hais, de Jordaens, de Terburg, de van Oslade, de van der Helsl et de tant d'autres grands artistes.
L'Allemagne enfin nous
LADY CAROLINE MONTAGU SCOTT, PAR REYNOLDS. fj // COIlHaître fUT Holbeïll
Collection du duc de Buccleuch.
et par Albert Durer, ses /ils. déjà bons écoliers, pensifs et réfléchis.
Le moment est venu de présenter le gentil enfant de France. La fécondité de notre Ecole nous le fait apparaître dans toits les rôles. Nous avons tour à tour les Dauphins des Clouet et des Mignard, les gueux des Lenam. les petits bourgeois des Abraham Bosse, des Greuze, des ( liardin....
S arrêtant à la fin duPremier Empire, après les ombres mélancoliques du petit Louis XVII et du KoideRome, nous passons à l'Ecole Anglaise.
LA PRINCESSE MARY, FILLE DE GEORGE III, PAR HOPPNER. Palais de Windsor.