LA FAMILLE DE VELASQUEZ PAR LUI-MEME
Galerie impériale de Vienne.
Velasquez, et Murillo, l'exaltation chevaleresque, la réalité pittoresque et l'extase religieuse, en cette trinité l'Espagne s'est symbolisée tout entière.
L'enfant, qui seul nous occupe, va nous montrer la décadence jusque dans la vie privée. Au xvne siècle, à vrai dire, le petit Espagnol n'est pas élevé par ses parents. Gens insouciants, dépourvus à la fois d'affection et de sens pratique, sans aucune idée de leurs devoirs, ils ne songent qu'à se débarrasser le plus tôt possible de leur progéniture. Et comme le meilleur moyen est de recourir au mariage, les enfants sont fiancés presque au sortir du berceau. A six ans, précoces et maniérés, ils imitent la galanterie des grandes personnes. Les fillettes s'habillent comme des poupées; gourmées, sanglées, chamarrées d'étoffes, de galons, de velours, mêlant les bijoux aux médailles, les reliquaires aux pierreries, elles se lavent le visage avec un mélange de blanc d'œuf
et de sucre candi, se peignent les sourcils, s'avivent de rouge les joues, le menton, le dessous du nez, le bout des oreilles, et même les doigts et la paume
des mains. Leurs petits compagnons s'enfouissent dans de lourdes bottes, se cuirassent comme des guerriers, se campent et se dressent pleins d'orgueil et de flegme. Même quand ils jouent, dit Mme d'Aulnoy, « il semble que ce soit des statues qui agissent par le moyen d'un ressort-, ils ne prononcent jamais un mot, ils se reprocheraient le moindre geste.... Ils sont particuliers, sombres, rêveurs, chagrins, jaloux.... » A seize ou dix-sept ans, ces deux malheureux sont unis par le mariage; et vous pensez ce que peut devenir un ménage de la sorte, et combien il est