LA JEUNE REINE ISABELLE DES DEUX-SICILES, PAR GOYA
parmi lesquels un mulâtre, Sébas- séviiu. — Palais de San Teimo.
tien Gomez, jouit d'une légende
qui rappelle beaucoup l'histoire de Pareja, l'esclave de Velasquez. Mais aucun de ses élèves ne fut capable de maintenir l'école espagnole à la hauteur qu'elle avait atteinte. Ce ne fut que cent ans plus tard que l'Espagne produisit de nouveau un grand artiste, Goya. Celui-ci est la bizarrerie incarnée. En lui éclate une ironie infernale ; c'est comme le bouffon de la tragique histoire nationale. Avec un esprit aussi fantaisiste, il ne pouvait se plier aux exigences du portrait. Il en fit cependant et il eut la faveur de rencontrer en ce genre une grande vogue; ce qui n'empêche pas que ses portraits sont généralement très médiocres : le Succès est aveugle, comme la Fortune. On voit que Goya s'intéresse encore aux visages, qu'il s'applique à en bien peindre la physionomie ; mais dès qu'il s'agit de mettre ces têtes sur des corps, il devient négligent. De sorte que ses personnages ont des tournures vagues, des mouvements gauches et même vulgaires.
Goya fit une toile représentant la famille de Charles IV où tous ces défauts se retrouvent. Nulle majesté dans cette famille royale. Debout, les uns auprès des autres, les enfants mêlés aux parents dans un désordre confus, sans composition ni style, ils ont l'air de bonnes gens surpris dans un coin de salle publique.
n6 LES PORTRAITS DE L'ENFANT.
Il ne fut pas plus heureux dans la série de modèles pour tapisseries décoratives que possède le musée du Prado. On y voit des enfants jouer, cueillir des fruits, gonfler des ballons, escalader des arbres, faire la petite guerre ou l'exercice.... Tout cela est mal composé, dessiné avec lourdeur et négligence. Et pourtant Goya n'était pas insensible aux charmes de la jeunesse. A deux reprises, il le prouva en peignant l'Infante dona Maria Josefa qui est au Prado et la jeune reine Isabelle des Deux-Siciles, âgée de douze ans, que possède la galerie San Telmo, à Séville. Dans ces deux toiles, il sut rendre la gracilité et la fraîcheur ingénue du jeune âge. Le railleur a bien voulu désarmer, le fantasque s'est soumis au joug de la vérité : ces deux portraits lui feront pardonner beaucoup d'erreurs.