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UNE JEUNE PRINCESSE, PAR MORCELSE

Musée d'Amsterdam.

Après une période primitive qui fut religieuse, la peinture, en Flandre, devint une peinture essentiellement bourgeoise. Dès que l'âge des tâtonnements et des imitations étrangères fut passé, quand elle eut assez de force pour être indépendante, on la vit se tourner de préférence vers la traduction de la vie intime, dans des œuvres d'une enveloppe souple et colorée, due à l'atmosphère locale où flotte la magie vaporeuse des pays humides.

Un climat rigoureux qui faisait apprécier les joies du foyer, une population de riches marchands qui aimaient le luxe, l'influence du protestantisme qui entrava le développement exclusif de l'art religieux, tout s'accordait pour favoriser le caractère de cette peinture. En outre, l'école acquit son complet essor à la suite de grands désordres politiques, de sanglantes luttes nationales; elle

DANS LES FLANDRES ET EN ALLEMAGNE

LA FAMILLE D'ADRIEN VAN OSTADE, PAR LUI-MÊME. Musée du Louvre. (Neurdein, phot.)

s'épanouit en pleine paix, et la tranquillité revenue, étant savourée davantage, donna aux arts, suivant le tempérament de chaque peintre, des dehors de joviale exubérance, de robuste jouissance ou de patriarcale placidité. Nous ne nous étonnerons donc pas de rencontrer fréquemment ces braves gens groupés en masse; il est si bon de se compter et de se réunir après les dangers d'une guerre, de s'assurer qu'on est tous, amis et parents, sains et saufs, en parfaite santé; on apprécie tant les plaisirs de la table, les douceurs de la conversation, les joies de la famille; on aime tant à voir ses enfants à l'abri, à être assuré que désormais ils n'auront plus rien à craindre, à les tenir et les serrer autour de soi, contre soi !

Dans un tel milieu, le peintre préférera la couleur au dessin, le pittoresque au style, le vu à l'imaginaire. D'autre part, on exigera de lui une exactitude consciencieuse, dépourvue de fantaisie. Le bourgeois règne, il faut le satisfaire; il est d'esprit simple, nullement romanesque. Il tient à reconnaître les objets

et les êtres qui lui sont familiers. Satisfait de son habileté dans les affaires, de sa richesse, il aimera consacrer ses succès, son aisance par le portrait de sa personne et de tous les siens. Et il n'obéira point à une vaine morgue mais à la conviction justifiée de sa force. Il sera si peu glorieux qu'il ne songera pas à ses succès guerriers et que très peu de peintres consacreront les souvenirs de sa lutte contre les Espagnols. Ces braves gens ont défendu leur liberté par amour de la liberté, nullement par goût des batailles, du fracas des armes et des mêlées confuses. Leur tempérament est même si peu militaire que les rares peintres flamands qui ont voulu figurer la guerre ont montré des chocs de cavalerie qui ressemblent à des parades de cirques plutôt qu'à de véritables massacres. Tout cela ne vaut pas à leurs yeux la sérénité d'un homme qui, après avoir terminé ses affaires, rentre chez lui et s'assied à la table de famille auprès de son épouse et de ses nombreux enfants.

L'Italie fut le pays du putto, de l'enfant-oiseau qui plane au ciel de l'idéal; l'Espagne lut le pays du petit Infant, de la petite Infante. Toute simple et naturelle, la Flandre est une honnête femme qui a beaucoup d'enfants, les habille comme elle peut, les nourrit comme elle doit, les instruit et en fait de bonnes gens. On nous excusera si nous recourons à des mots sans prétention pour désigner cette digne personne ; ce sont les meilleurs à son endroit, et ils expriment bien notre pensée :

la Flandre nous apparaît comme une sympathique mère Gigogne à l'abondante progéniture.

Les petits s'ébattent et pullulent dans tous les cadres. Au milieu des campagnes et dans les rues des villes et des villages, on les voit coiffés de teutres extravagants où leur crâne s'égare et leur frimousse ne se trahit que par un gros nez gourmand et deux yeux vifs. Ils

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