‹ Les portraits de l'enfantChapitre 58 sur 161 · LA SAINT-NICOLAS, PAR J. STEEN · texte numérisé non relu

LA SAINT-NICOLAS, PAR J. STEEN

Musée d'Amsterdam.

latin, toutes les filles savaient le français, les uns et les autres écrivaient et parlaient souvent plusieurs langues étrangères. Les petites scènes d'instruction maternelle, de concert improvisé, sans prétention, parmi les luths et les clavecins sont fréquentes. Les arts d'agrément ne sont pas plus négligés que les connaissances plus utiles. M. Wauters dit dans son étude de la peinture flamande : « Les grandes familles artistiques sont une des caractéristiques les plus curieuses de l'école flamande. A Bruges, à Anvers, à Bruxelles, à Malines, un individu n'a pas plutôt saisi le pinceau ou le ciseau, le burin ou le compas,

qu'aussitôt l'art tourne la tête à tous, s'empare des frères et des fils, voire même des femmes et des filles, et voilà plusieurs générations qui se transmettent les outils illustrés par le talent du chef de la famille. »

En i56o, Anvers comptait 36o peintres et sculpteurs.

De sorte que Parival peut écrire : « Il n'y a si pauvre bourgeois qui ne veuille être bien pourvu de tableaux ». Et les parents, satisfaits de leur nombreuse progéniture, ont soin de se faire représenter en famille; rarement ils demanderont à un peintre de placer un de leurs enfants seul dans un cadre. Ils jugent qu'il est plus agréable de voir les gens « au complet » et qu'il est plus convenable de ne pas séparer les petits qui ont besoin de surveillance et de soins continuels.

Vous les verrez donc rassemblés dans de bruyantes tablées, ou étendus et jouant parmi la verdure des parcs; ou bien encore, graves, un peu solennels, assis à la file dans des chambres décorées avec une sobriété pleine de goût. Plus tard, seulement quand la décadence menacera, quand les mœurs seront moins patriarcales, les enfants se libéreront des parents et nous apparaîtront solitaires.

Le vol des petits génies a passé aussi sur les Flandres. Bien que le pays n'ait pas eu les aspirations sublimes de l'Italie, ni les rêves extatiques de l'Espagne, son art eut un modeste idéal; l'enfant aux ailes d'oiseau l'exprima fidèlement. En un milieu si enclin aux joies familiales et aux franches lippées, le putto fut rose, joufflu et bien en chair. Il se tint plus souvent à terre que parmi les nuages, il oublia même souvent d'avoir des ailes : à quoi bon avoir des ailes dans un pays où la terre offre tant de bonnes choses! Le sculpteur François

Flamand le modela, mignon, capitonné de fossettes, assis dans des poses gentilles d'enfant tranquille, repu et réfléchi.

Rubens, qui lui fit porter des guirlandes de fruits (pinacothèque de Munichl et même de légumes (galerie de Schleissheim), eut l'ambition de le faire voler; il aspira même à l'élever au rang des séraphins. Mais le plantureux régime des Flandres a donné au putto une chair si rebondie, si humaine, qu'il de-

FRAGMENT D UNE SCENE DE FAMILLE, PAR FRANZ HALS. Pinacothèque de Munich.

vient le frère dévêtu des gamins

DANS LES FLANDRES ET EN ALLEMAGNE

flamands, et que, dans la Vierge entourée des saints innocents qui est au Louvre, nous ne pouvons voir que l'admirable et symbolique représentation de la bonne Flandre parmi ses enfants, le triomphe de la mère entourée de ses petits

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