PORTRAIT D ENFANT, PAR FRANZ HALS
Musée de Dijon.
Saluons d'abord celui qui fut l'Homère de la peinture à l'huile, van Eyck.
Longtemps mystérieux et entouré de légendes comme le divin aveugle, ce prestigieux voyant est un peu plus connu de nos jours. On sait qu'en 1428, il
accompagna l'ambassade que Philippe le Bon, duc de Bourgogne, envoya pour demander la main de l'Infante Isabelle de Portugal, fille du roi Jean Ie'. Le peintre du duc avait la mission d'exécuter le portrait de la jeune princesse. Cette œuvre a malheureusement disparu. Jean Van Eyck, qui excella dans tous les genres, a laissé des portraits d'hommes et de femmes qui font davantage regretter cette image de l'Infante Isabelle. Nous avons perdu là un document précieux en même temps qu'un tableau sûrement admirable. Nous ne pouvons juger le vénérable maître, comme traducteur de l'enfance, que dans les Jésus de ses trois toiles : la Vierge et V Enfant adorés par le chanoine van der Pale, à Bruges; la Vierge et V Enfant adorés par le chancelier Rollin, au Louvre, et la Vierge et V Enfant de Francfort. Il se montre, dans ces petits êtres, d'une rare conscience et d'une fermeté de dessin, de couleur et de modelé qui insinuent à sa création un souffle puissant, une éternelle santé. On voit les peintures plus jeunes s'anémier, se rider ou se hàler, tandis que ses robustes travaux traversent les siècles en demeurant presque intacts.
Les premiers portraits d'enfants que nous allons trouver dénoteront déjà la tendance locale aux tableaux de famille. Mais l'art était encore n^stique; au lieu de s'asseoir autour d'une table pour manger et boire en compagnie, les
i2S LES PORTRAITS DE L'ENFANT.
LA FAMILLE DE NICOLAS VAN BERESTEYN, PAR FRANZ HALS. Musée du Louvre. (Neurdein, phot.)
Flamands et leurs enfants s'agenouillent dévotement à la file, aux pieds de Jésus et de Marie.
C'est ainsi que nous les présente Hugues van der Goes dans les volets de sa fameuse Adoration des Bergers de l'Hôpital Santa-Maria-Nuova, à Florence. Les « portraiturés » sont Italiens et s'appellent Portinari ; mais l'œuvre est flamande. Elle fut exécutée sur la demande de Thomas Portinari qui représentait les Médicis à Bruges. Le panneau central offre Y Adoration des Bergers; sur les volets latéraux, on voit, d'une part, Portinari et ses fils agenouillés derrière lui et, d'autre part, sa femme accompagnée de sa fille, également agenouillée derrière elle. Ces visages dessinés avec assurance et dans un sentiment ingénu et distingué annoncent les futures qualités de l'école.
Memling révèle une suavité plus profonde et non moins de caractère dans la Famille Floreins adorant la Vierge et l'Enfant Jésus qui est au Louvre et que l'on appelle aussi la Vierge aux donateurs. Les fils recueillis, les mains jointes, se groupent par rang d'âge derrière leur père. Les plus jeunes, face au spectateur, regardent avec une saisissante expression de vie. L'avant-dernier, âgé d'une dizaine d'années, à part quelques gris fâcheux qui lui ternissent le front et qui semblent être de maladroites retouches, est une des merveilles de la pein-
L'ENFANT ET SA NOURRICE, PAR FRANZ HALS. Musée de Berlin. (Hanfstacngl, phot.)
DANS LES FLANDRES ET EN ALLEMAGNE
turc. Le groupe des petites filles se masse derrière la mère. Leur teint est plus pâle, leurs chevelures sont plus blondes, des guimpes et des cornettes blanches ajoutent à la candeur de l'ensemble. Plus nombreuses que les garçons, elles sont plus serrées. Dans la dernière rangée, les plus jeunes sont obligées de lever la tète, de faire des efforts pour voir par-dessus le rang de leurs aînées. Et les mines curieuses de ces petites, leurs yeux éveillés dans leurs visages renversés sont d'une observation très fine qui, malgré sa pointe humoristique, ne nuit point à la gravité de la scène.
Cette période primitive et religieuse, si magistrale dans ses rares manifestations, se clôt avec Antoine Moor dont le nom subit un sonore baptême espagnol et devint Antonio Moro à la suite d'un séjour en Espagne.
Karel van Mander dit dans son Livre des peintres :
« Il était avec le souverain sur un pied d'intimité tel qu'un jour le roi le frappa familièrement sur l'épaule; Moro riposta par un coup d'appui-main. » Après cette incartade, il jugea prudent de suivre les conseils d'un seigneur de ses amis et de reprendre le chemin de la Flandre.
Ce grand peintre a, comme ses- devanciers, traduit les enfants de ses contemporains dans de scrupuleuses effigies, sans ambition tapageuse, très sobres de sentiment, d'un dessin ferme et sûr, d'une couleur transparente et vigoureuse.
Le musée de Parme possède le Jeune Alexandre Farnese, et le Louvre, dans la donation Duchâtel, le portrait présumé de Louis del Rio, maître des requêtes au conseil privé du Brabant. Les deux fils du personnage sont à genoux derrière leur père. Celui -ci grave, absorbé, paraîtplongé dans ses oraisons. Les enfants sont distraits; la vie ne les a pas encore blessés, ne leur a pas encore appris les douceurs lénitives du recueillement et de la prière, les forces qu'inspire l'appel au
FRAGMENT DU CONCERT DE FAMILLE, TABLEAU DE JORDAENS. Musée du Louvre.
ciel, à la Providence. Ils ont les yeux tournés vers le spectateur, et leur visage en parait d'autant plus vivant. Ils frappent l'esprit, s'insinuent et se fixent dans la mémoire comme des gens que l'on aurait connus. L'aîné sourit; et le sourire de ses lèvres s'accompagne du sourire de ses yeux, avec un accord si fidèlement traduit que l'on voit même les narines du nez se soulever sous la traction du rictus. La peinture est d'une homogénéité marmoréenne et pourtant souple et harmonieuse. Des collerettes blanches glissent des reflets clairs dans les ombres des joues et donnent une saillie qui ajoute un accent de plus à l'intense réalité de ces portraits.
Les peintres pourront obte-