LA FEMME ET LA FILLE DE JORDAENS
fragment d'un tableau, par jordaens. nir plus de liberté dans la fac-
Musée de Madrid.
ture, plus de variété dans la coloration, plus de chaleur vitale dans les ombres; mais tout cela est-il bien nécessaire? A considérer les jeunes del Rio, nous hésitons : nous nous demandons si notre goût blasé ne nous aveugle pas; si désormais la peinture ne va pas décroître; si tout ce que nous demandons n'est pas un vulgaire piment qui gâtera la vérité, tombera dans le maniérisme et le « chic », se préoccupant de la virtuosité du pinceau, des frivolités du métier au détriment du sentiment et de la pensée. Nous y gagnerons quelques minois gentils à voir, mais auronsnous encore des têtes comme ces visages qui regardent, qui ont une âme et qui pensent?
Nous ne croyons pas que l'on puisse rencontrer dans aucune école une toile plus sympathique et d'une intimité plus réjouissante que le tableau où van
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LA FAMILLE VAN HUTTEN, PAR CORNEILLE DE VOS. Musée de Munich.
Ostade se représente avec sa femme et ses enfants. La photographie d'une telle œuvre devrait avoir sa place dans toutes les familles; en même temps qu'agréable à l'œil, elle serait un spectacle fertile en bonnes et réconfortantes pensées. Elle montre la vie des Flandres dans toute sa quiétude, son goût sobre, sa netteté, son confortable, son entente de la vie paisible.
Cet art est d'une exquise honnêteté; la tenue grave des parents, l'innocente liberté des plus jeunes enfants, la gaucherie souriante des aînés, tout cela est vu avec sobriété, sincérité et finesse. Nous convenons que les enfants sont laids, très laids et que la laideur simiesque de la plus jeune fillette est sans espoir, lorsque l'on constate, en considérant ses voisines, le développement prévu qui la conduira sûrement jusqu'à ce qu'est devenue sa grande sœur. Mais qu'importe! Et puis il faut poursuivre, voir les parents, remarquer la placidité heureuse de leurs visages où se retrouvent les traits de leurs enfants. Tels deviendront plus tard ces petites filles et ces petits garçons : de braves gens aux mœurs graves qui, s'ils sont pauvres, sauront par leur travail acquérir les choses nécessaires et, s'ils sont riches, auront la sagesse d'éviter le superflu et la parade.
Avec un tempérament aussi doué pour traduire les délicatesses de l'enfance,
van Ostade fut entraîné à représenter souvent dans ses toiles la jeune humanité, mais il eut un fâcheux penchant pour les frimousses dépourvues de beauté juvénile. En soi-même le fait n'est pas très surprenant. Après avoir eu le plaisir de considérer l'honnête famille du bon Ostade, on constate qu'il avait constamment sous les yeux des modèles qui ne pouvaient le préparer aux mignardises. Son affection paternelle devait, sans l'aveugler sans doute, lui faire cordialement mépriser la beauté. C'était chez lui presque un devoir, c'était aussi une fatalité. A ce continuel spectacle, son œil prenait une habitude de formes déterminées.
Nous avons connu un peintre qui avait une charmante petite fille ornée d'une ravissante chevelure bouclée. Souvent, très souvent, le peintre avait exécuté le portrait de sa fille. Son admiration d'artiste se joignant à sa tendresse avait fixé définitivement son idéal. Et lorsque notre peintre avait à faire quelque portrait d'enfant, il voyait sur tous les crânes la délicieuse chevelure bouclée de sa fille. Lui auriez-vous mis devant les yeux un gamin aux cheveux absolument plats, il eût infailliblement découvert autour du visage de son modèle quelque mèche follette échappée de la chevelure idéale, et il L'eût irrésistiblement reproduite par un tour de main satisfait, presque machinal. Comme c'était un brave homme, nous ne doutons pas que cette adjonction capillaire n'ait été, en même temps que la satisfaction d'une manie, une bonne œuvre, une secrète charité; car, à ses yeux, c'était une beauté dont il gratifiait son petit client....
Ostade, qui fut aussi un brave homme, doit être absous de sa faiblesse pour la laideur, en raison des fidèles renseignements qu'il nous transmet sur la jeune et pittoresque « gueuserie » de son temps. Et puis ses petits gueux sont de bons petits gueux. Tout en leur reconnaissant la laideur de ses propres enfants,
CORNEILLE DE VOS ET SES .ENFANTS, FRAGMENT D'UN TABLEAU PAR LUI-MEME. Musée de Bruxelles.
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