‹ Les portraits de l'enfantChapitre 62 sur 161 · ALBERT ET NICOLAS RUBENS, PAR RUBENS · texte numérisé non relu

ALBERT ET NICOLAS RUBENS, PAR RUBENS

Galerie de Lichtenstein. latlOn.

Les contemporains de Franz Hais, qui nous ont laissé trop peu de renseignements sur lui, assurent pourtant qu'il avait de fâcheuses habitudes d'ivrognerie et qu'il perdit trop de temps à boire dans les cabarets. Un jour, paraît-il, on vint le trouver tandis qu'il buvait, et on lui apprit qu'un gentilhomme l'attendait chez lui. Hais eut quelque peine à quitter sa bouteille; néanmoins il se décida et rejoignit le visiteur. Celui-ci s'excusa de l'avoir dérangé et, en termes élogieux, lui dit que, passant par la ville, il n'avait pas voulu s'éloigner sans avoir vu le grand peintre qu'il connaissait déjà de réputation, et sans lui avoir commandé son portrait.

Hais accepta la commande; mais l'inconnu ajouta aussitôt que, devant partir très prochainement pour l'Angleterre, il désirait que le tableau fût exécuté sur-

DANS LES FLANDRES ET EN ALLEMAGNE

le-champ. Le peintre céda, se mit à l'ouvrage et, suivant sa fougue et son habileté coutumières, il enleva en quelques heures le portrait. Puis il le présenta au modèle en lui demandant ce qu'il en pensait.

Le gentilhomme parut stupéfait. Il s'écria :

« C'est surprenant! Vous n'avez vraiment pas été long ! . . .

Et vous faites cela d'un air si aisé : à vous voir, on croirait pouvoir en faire autant. »

Franz Hais avait l'humeur joyeuse des bons buveurs; il aimait la plaisanterie.

« Essayez, dit-il. Essayez.

Vous venez de voir comment on s'y prend.... »

Ce disant, il mit de force la palette dans les mains du gentilhomme, et il s'assit à sa place en s'offrant à lui comme modèle.

Mais dès qu'il vit l'inconnu manier les pinceaux, il s'étonna. Ce diable d'homme ne s'y prenait vraiment pas maladroitement. Sans apercevoir son travail, il devinait à son assurance qu'au lieu d'avoir été mystifié, cet amateur de peinture était capable d'avoir mystifié son peintre. Quand, au bout de quelque temps, il eut demandé et obtenu la permission de regarder son portrait, Franz Hais ne conserva plus aucun doute.

Bien plus, il lui suffit d'un coup d'œil pour reconnaître, en cette peinture, la main d'un maître, et de quel maître !

« Vous vous êtes trahi, s'exclama-t-il. Vous êtes Van Dyck!... »

Et enchanté de l'aventure, il lui sauta au cou.

Ce fut en cette occasion que les deux artistes ayant échangé leurs vues dans une conversation amicale, Van Dyck, naturellement très modéré, ne put se tenir de critiquer la fougue de son collègue. Cette observation, par bonheur, n'influença pas Franz Hais : comme l'a dit nous ne savons qui, « on ne peut

ENFANT A LA LISIERE. DESSIN DE RUBENS. Musée du Louvre.

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