UN ENFANT DE RUBENS, PAR RUBENS
détails et peintes simplement, sans jeux de brosse tapageurs, ni tons ambitieux !
En considérant ce chef-d'œuvre, on ne s'étonne pas d'apprendre que Corneille de Vos eut de grands succès dans les portraits de famille. Il rit, en effet, une jeune femme et ses deux enfants jouant avec des bulles de savon (musée de Brunswick); la famille Van Hutten, à Munich; le peintre Mierevelt et sa famille, à Perth; une famille à la promenade (Pétersbourg) ; le directeur de la maison des orphelins avec un enfant (Cassel) ; d'autres encore, des gens à tableetjouant(Cassel); une famille de onze personnes autour d'une table (Anvers). Enfin, à Berlin, se retrouvent ses deux fillettes jouant avec des fruits.
Il semble qu'elles soient surprises dans quelque improvisation d'innocente dinette. L'une d'elles, qui est assise de dos, se retourne pour nous regarder: la seconde, placée de face, regarde également dans notre direction; elle est encore penchée vers sa sœur et, les lèvres entr'ouvertes, les dents apparentes, elle achève de lui confier quelque naïve observation. Jamais l'expression favorite des bonnes gens disant d'un visage qu'il est « parlant », jamais cette expression ne mérita plus d'être employée. Cette frimousse d'enfant n'est pas seulement gentille, elle est si finement et si vivement traduite qu'à sa valeur d'art elle joint une étonnante apparence de vie.
Quand Rubens ne pouvait répondre aux demandes de portraits dont on l'as-
L'ENFANT JÉSUS ET SAINT JEAN, PAR RUBENS. Galerie impériale de Vienne.
DANS LES FLANDRES ET EN ALLEMAGNE
• saillait, il disait aux amateurs :
« Allez chez Corneille de Vos, c'est un autre moi-même1 ».
Rubens était un excellent collègue qui en adressant à Corneille de Vos les amateurs de portraits, avait encore plus raison qu'il ne pensait. Si de V os lui est tout à fait inférieur dans les tableaux d'histoire, il possédait en revanche des qualités de calme et de fidélité très précieuses dans le genre du portrait et que la fougue naturelle de Rubens l'empêchait de cultiver.
Son imagination turbulente, son pinceau facile devaient s'énerver de l'entrave du portrait, de nicolas rubens, par rubens.
... ; Musée de Berlin.
la retenue qu impose à 1 artiste le modèle à suivre fidèlement, à
exprimer avec conscience et vérité. Il a sans cesse des échappées de pratique, dans ses visages imposés; il est plus jo}reux, plus alerte et plus vivant quand il court à son gré. Sa fougue a besoin de la liberté du tableau.
A moins qu'il ne se donne la joie de peindre ses enfants. Alors son pinceau, tout en conservant sa manière expéditive, trouve des expressions saisissantes de vie individuelle. Il est charmant d'entrain dans les portraits de ses deux fils, Albert et Nicolas, qui sont dans la galerie de Lichtenstein. Dresde en possède une réplique, mais on a constaté que le panneau de Lichtenstein ne comprenait d'abord que les bustes des deux enfants, ce qui fait penser qu'il est l'original. Cette opinion paraît d'autant plus acceptable que le tableau de Dresde est traité avec une manifeste timidité de dessin et dans une coloration jaunâtre.
1. Le tableau appelé le Salon de Rubens, prouverait les rapports d'amitié qui unissaient les familles de Vos et Rubens. Les deux dames qui bavardent, en se tenant par la main, passent pour être Isabelle Brant, première femme de Rubens, et Suzanne Cock, la femme de de Vos. Trois enfants jouent auprès d'elles, Clara Serena, Albert et Nicolas Rubens. M. Emile Michel reconnaîtrait dans cette toile du musée de Stockholm la main de plusieurs artistes différents. Rubens aurait peint les fonds. « Les petites têtes des deux jeunes dames modelées avec autant de finesse que de sûreté paraissent de G. de Vos; en revanche, les enfants, et surtout la petite fille, sont peints d'une touche menue et timide qui fait penser à F. Franken. » (Emile Michel, Rubens, sa Vie, son Œuvre et son Temps, Hachette et Cie.)
Au musée de Berlin, c'est une étude du jeune Nicolas de profil et en chemisette où le blondin aux joues vermeilles est brossé largement, en pleine pâte.
Au Louvre, c'est Hélène Fourment, sa femme, et ses deux enfants superbement ébauchés. La peinture faite de jus légers et transparents donne par endroit de l'inconsistance aux personnages; ce défaut passerait peut-être inaperçu si la
tête de la petite fille n'avait été plus empâtée de couleurs que le reste et si un reflet exagéré sous le menton n'en alourdissait les ombres davantage. Le meilleur morceau serait la mère, exquise d'enveloppe, dans une « blondeur » de demi-teinte tout à fait magnifique.
Ailleurs, c'est Hélène Fourment avec sa fillette dans les bras.
Devant ce chef-d'œuvre du Créateur qu'est l'enfant, Rubens a éprouvé, ce jour-là, le regret des Italiens se refusant à vêtir un nu aussi charmant; mais au lieu de faire un génie, un amour ou un Jésus, il est resté véridique et bravement il a campé la fillette une dame et son enfant, par rubens. déshabillée sur les genoux de sa
Galerie royale de Dresde. (Hanfstaengl, phot.) v A
mere. 11 la même coince d un chapeau, ce qui n'a pas été sa meilleure trouvaille.
Rubens a pourtant cédé quelquefois à l'envie du symbole. Il a peint des amours et des anges, et il s'est, à l'occasion, servi de ses enfants, par exemple, dans la Sainte Famille, dite au Berceau, qui représente ses deux fils.
Dans cette série, la délicieuse petite toile du Louvre, la Vierge et les Saints Innocents, prend sa place. Là, il atteint à la perfection dans le rendu de l'épidémie rose et tendre du jeune âge. Ces dos, ces poitrines d'enfants sont la chair humaine dans sa plus exquise fraîcheur. A voir ces bébés, l'Ogre de la légende se fût lui-même attendri; son appétit diabolique aurait eu honte de détruire une grâce pareille. Jamais l'enfant n'a été peint, au point de vue décoratif, dans un dessin plus vivant et plus souple, avec une pâte plus onctueuse, avec une
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ALBERT ET NIÇOLAS, FILS DE RUBENS, PAR RUBENS (GALE- RIE LICHTENSTEIN, A VIENNE).
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Cliché Braun Clément et C-e
DANS LES FLANDRES ET EN ALLEMAGNE
couleur plus fine, plus nacrée, réveillée de plus jolis roses, adoucie de gris plus délicats, par un jeu de brosse plus libre et plus sûr.
Nous l'avons déjà dit, ce ne sont pas des anges, ce sont les petits génies de la joyeuse ripaille, les enfants bien nourris de braves gens.
Rubens a créé ce symbole ; son talent l'y préparait en même temps que ses qualités privées. Malgré son existence fastueuse et ses longs voyages, il fut un époux tendre et un père affectueux. Il sut dans un équilibre rare apprécier les joies de l'intimité familiale, comme l'excellent Van Ostade, et