LA PRINCESSE ÉLÉONORE DE MANTOUE, PAR PORBUS
Florence. - Galerie pitti. Au xvc siècle, l'Allemagne
était déjà un pays où la jeunesse brûlait de l'ardeur de s'instruire. L'enseignement avait beau n'être pas obligatoire, les écoles n'en étaient pas moins fréquentées, au point que les maîtres surchargés de besogne ne pouvaient suffir à leur tâche. A Xanten, le maître d'une école de lecture et d'écriture, pourtant déjà pourvu d'un aide, se plaignait d'avoir trop d'enfants et implorait les secours d'un sous-maître. Dans le même pays une maison d'éducation pour les jeunes filles comptait, en 1497, quatrevingt-quatre jeunes filles appartenant soit à la noblesse, soit à la bourgeoisie. On obtenait d'excellents résultats; des enfants de onze et douze ans lisaient couramment Virgile et Cicéron. La discipline était d'ailleurs très sévère et s'accordait avec la rudesse de ces générations vigoureuses. La verge et le bâton régnaient souverainement dans les écoles et dans les familles. L'empereur Maximilien luimême en avait connu les rigueurs durant sa jeunesse. Et le margrave Albert
DANS LES FLANDRES ET EN ALLEMAGNE
LA FAMILLE DU MARCHAND GEELOING, PAR METSU. Musée de Berlin. (Hanfstaengl, phot.)
de Brandebourg ayant fait, en 1474, un voyage, prenait le soin d'annoncer à sa femme qu'aussitôt rentré dans le donjon familial il avait l'intention de fêter son joyeux retour en « poivrant » avec les verges tous les siens, son jeune fils, le petit Albert, les « demoiselles » et même son épouse.
Le sceau scolaire de la ville d'Hoxter nous prouve que les enfants n'étaient pas plus épargnés à l'école. Nous y voyons un maître assis, dans toute la majesté de son costume, enveloppé de la robe à larges plis et coiffé du bonnet rond, qui tient agenouillé devant lui un petit garçon et le menace en brandissant sous son nez un paquet de verges.
Cette manière de représenter l'instruction est barbare en même temps qu'exagérée, car il y a toujours eu des natures douées qui devaient ne pas exiger la violence. Mais l'efficacité de ces moyens sauvages était très reconnue puisque des fêtes mêmes étaient célébrées en leur honneur.
Dans beaucoup de villes avait lieu chaque année, en été, la procession des verges. Solennellement, la jeunesse des écoles allait dans les bois, sous la conduite de ses maîtres, pour y récolter elle-même la provision de triques et de
ijô LES PORTRAITS DE L'ENFANT.
baguettes destinées à corriger ses faiblesses et à exciter son ardeur, durant l'année scolaire. Les parents et les amis se joignaient aux enfants. Et la provision faite, on se divertissait à cueillir des fleurs, on se livrait aux jeux et aux exercices gymnastiques; après quoi, on s'attablait en foule.... Dans la nuit, parmi les chants et les rires, enfants, maîtres et parents regagnaient joyeusement la ville avec les verges destinées aux larmes futures.
Après tout, cette cérémonie était empreinte d'une bonhomie souriante et d'une philosophie respectable. Elle est surtout bien allemande, par son curieux mélange de réalisme et d'idéal. Certes nous condamnons l'usage des coups, mais cet usage étant consacré, n'était-il pas joli d'en entourer l'origine par cette poésie ? Cela ne permettait-il pas aux parents et aux maîtres de formuler des réflexions morales à la portée de leurs petits? Nous imaginons les dignes papas, les dignes mamans et les bons instituteurs tenant aux enfants des discours d'un goût germanique dans ce genre :
« Voyez ces jolies baguettes pleines de feuillage et de fleurs; elles sont charmantes aujourd'hui, vous êtes fiers et joyeux de les tenir, d'en égayer et d'en orner vos rangs. Demain les feuilles seront fanées, les tiges nues prendront un air triste et elles ne serviront plus qu'à vous frapper.... Après avoir été cueillies au milieu des rires, elles ne vous verront plus que pour vous faire souffrir. La vie est ainsi faite; vous cueillerez toujours les instruments de vos tourments. Telles seront, plus tard, vos passions : après les avoir vues verdoyantes et fleuries, pleines de charmes, vous vous apercevrez de leur rudesse et de leur charge.... Vivez donc dans la crainte de leurs coups, appliquez-vous à les dominer, à les éviter, à les fuir... comme, demain, vous vous appliquerez à éviter ces verges. »
Albert Durer était en grande faveur auprès de Maximilien, empereur d'Allemagne. Un jour qu'ils étudiaient ensemble un projet de décoration, l'échelle sur laquelle était monté Durer se trouva trop courte, et l'Empereur, le voyant au faîte jugea prudent de faire tenir par quelqu'un les montants de l'échelle. Il se tourna vers un des seigneurs qui l'accompagnaient. Mais celui-ci eut un mouvement de répugnance et de refus.
« Vous êtes noble de race en effet, dit l'Empereur mécontent, mais mon peintre a la noblesse du génie, plus rare que la vôtre, car je puis faire des nobles comme vous tant qu'il me plaira! »
Et Durer étant descendu de l'échelle se vit élever par l'empereur à la
PORTRAIT D'UN JEUNE GARÇON, PAR VAN OOST. Londres. — National Gallery. ' Hanfstaengl, phot.)
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noblesse. Il reçut pour armoiries : trois écussons sur champ d'azur, deux en chef et un en pointe. Ce blason, en souvenir de son origine, devint plus tard celui de toutes les sociétés de peinture
Nous n'affirmons point l'authenticité de cette anecdote. Il est probable que l'anoblissement de Durer est exact; mais se fit-il de la sorte, avec cette figuration, ce jeu de scène et ces mémorables paroles?... L'Histoire a trop souvent pour les paroles des rois une coquetterie d'auteur pour ses premiers rôles.
Nous devons à Albert Durer lui-même des renseignements sur son père et sur sa mère qui ont une autorité bien plus grande et une saveur de sincérité très remarquable.
Albert Durer a écrit à propos de son père qui avait eu dix-huit enfants :
« Mon cher père a passé sa vie au milieu des grandes fati-