UNE FAMILLE, PAR BERNARD STIEGEL
Musée de Berlin. (Hanfstaengl, phot.)
même la célèbre légende de la sœur tourière qui, prise du regret de la vie mondaine, s'échappe du couvent après avoir caché derrière l'autel de la Vierge les clés confiées à ses soins, et qui, honteuse et repentie, rentrant au bercail vingt ans plus tard, trouve la Vierge à sa place :
« Je savais que tu reviendrais, je t'ai remplacée. Reprends tes clés bien vite, ma pauvre enfant, et rassure-toi: tout le monde ignore ta faute; seul ton confesseur la connaîtra.... »
Un autre ouvrage allemand d'Holbein fut le portrait de sa femme etdes enfants de sa femme,
car il l'avait épousée en secondes noces et tout au moins l'aîné n'est sûrement pas le fils d'Holbein; quant au plus jeune, on n'est pas sûr que ce soit déjà le fils que lui donna son épouse. Cette admirable toile a des qualités d'unité, de douceur blonde dans la coloration, de pâte onctueuse et fine qui sont tout à fait exceptionnelles dans l'école allemande, qui font de ce portrait une œuvre unique au delà du Rhin.
Les autres travaux d'Holbein sont d'origine anglaise. Il peignit Marie Tudor, future reine, alors qu'elle n'avait que treize ans, ainsi que la reine Elisabeth enfant, puis jeune fille (Hampton-Court). 11 fit de même, et plusieurs fois, Edouard VI. En 1 539, H présenta au roi Henri VIII, le jour de Noël, le portrait du petit Edouard qui devait ne pas avoir beaucoup plus d'un an, et le roi, satisfait, lui fit en retour don d'une belle aiguière d'or pesant plus de dix onces, qui sortait des mains de l'orfèvre Cornelys1.
Cranach, né à Cranach, et dont le nom de famille fut Sunder, était élève du peintre Grunewald représenté lui-même, au musée de Berlin, par un portrait de Lucien II, roi de Hongrie, enfant.
i. o Pour amuser Edouard VI, Marc Willems d'Anvers, élève de Michel Coxcie, avait peint la tête du prince sur un long panneau de bois, avec les comiques déformations nécessaires pour que l'image reprît les proportions de la nature, quand elle était reflétée dans un miroir cylindrique. » (La Peinture anglaise, par Ernest Chesneau, Quantin, éditeur.)
Cranach fit lui-même un portrait de Charles-Quint à l'âge de huit ans. Plus tard, en 1547, au s^ge de Wittemberg, Charles-Quint daigna se souvenir de son ancien peintre, voulut le voir et lui demanda s'il ne désirait pas une faveur quelconque. L'électeur Frédéric de Saxe venait d'être fait prisonnier par l'empereur. Le digne artiste crut qu'il pourrait obtenir la liberté de celui qui avait toujours été pour lui un Mécène généreux, mais il n'essuya qu'un refus de la part de Charles-Quint; il ne reçut qu'une médiocre faveur, — pleine d'ironie, — celle de partager la captivité de son maître.
Nous n'allons plus rencontrer désormais que des peintres qui, nés en Allemagne, iront exercer leur art dans des pa}rs lointains où, subissant des influences diverses, ils perdront tout caractère allemand et ne seront plus que les imitateurs