EDOUARD, PRINCE DE GALLES, DESSIN DE HANS IIOLBEIN
Palais de Windsor (Braun, Clément et O, phot.) plus OU moins heureuxd'uil idéal
étranger.
Pierre Van der Faës, ignoré sous son nom allemand, va en Angleterre, prend le nom de Pierre Lely sous lequel il produit des œuvres directement influencées par Van Dyck. Un de ses premiers portraits fut celui de Charles Ier accompagné de son fils, le duc d'York. Cette toile reproduit avec la fidélité d'une copie l'aspect et les procédés habituels des portraits de Van Dyck. Les révolutions politiques n'atteignirent point Lely. Cromwell lui demanda son portrait ; mais connaissant la tendance de l'artiste pour la flatterie, il exigea que ce portrait fût une reproduction exacte des rugosités de son robuste visage et il fut servi comme il l'avait voulu. La cour de Charles II ramena autour de Lely des modèles plus dignes de son talent agile, gracieux et maniéré. Sa vogue devint énorme à la cour nouvelle. Il représenta les deux misses Brooke et Elisabeth Hamilton qui fut plus tard comtesse de Grammont (Hampton-Court). Il la représenta en sainte, mais en sainte très mondaine et légèrement décolletée. On
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voit aussi, à Hampton-Court, son portrait du fils du duc de Glocester jouant avec un oiseau.
Ce fut un Allemand qui lui succéda dans la faveur publique. Kneller, né à Lubeck, avait fait le portrait du duc de Mommouth qui, satisfait, voulut présenter son peintre au roi. Charles II avait, précisément ce jour-là, promis une séance à Lely. Posant déjà pour un peintre, il trouva l'occasion bonne de poser pour le nouveau venu; cela même lui devait permettre d'estimer plus aisément le jeune Kneller à sa valeur. Les deux artistes durent se soumettre à ce concours royal. Lely, qui était vieux, se croyait assez bien posé à la cour pour ne pas redouter ce jeune rival; mais Kneller avait l'ardeur et. l'audace d'un débutant. La fortune devait lui sourire. En très peu de temps il eut brossé une peinture présentable, tandis que Lely avait à peine commencé de frotter sur la toile une informe ébauche. Le roi n'en voulut, paraît-il, pas voir davantage. Il décida que le plus prompt était le plus fort, ce qui pourtant ne signifiait rien. Et ce début devint l'origine des succès de Kneller qui durèrent quarante ans.
Il est clair que Lely était supérieur à son rival, que cette prestesse d'exécution, pure habileté, peut s'obtenir aisément et ne signifie pas grand'chose. Un de nos contemporains fit et gagna le pari d'exécuter un portrait en une heure.
Cela ne put surprendre que les gens étrangers à la peinture.
Tout peintre qui sait son métier se fait un jeu de ces apparents tours de force.
La carrière de Kneller fut longue et féconde. Il a laissé beaucoup de portraits officiels, mais ces oeuvres sont trop souvent médiocres et d'une exactitude très douteuse. Nous citerons, parmi ses meilleurs, le portrait de lord Wilson et de sa sœur. Il fit aussi celui de lord Euston enfant.
EDOUARD VI ENFANT. PORTRAIT ATTRIBUE A HOLBE1N. Si 110US le jugeons d'après la Musée de Kensington.
gravure de Smith, qui seule nous est connue, l'œuvre est peu remarquable. Kneller avait coutume de dire :
« Les peintres d'Histoire peignent les morts et ils meurent de faim; je peins les vivants et ils me font vivre. »
Nous confions cette médiocre boutade aux peintres de portraits; ils pourront
en faire part à leurs clients durant la mélancolie des séances.
On s'étonnera que nous puissions nommer ici Denner, le peintre des rides, qui transportait dans ses voyages une tête de vieille femme étudiée avec une recherche dans les détails plus digne d'étonnement que d'admiration; mais un jour il daigna s'appliquer à peindre les fossettes de la jeunesse et il fit une tête de petite fille couronnée de fleurs d'oranger qui est au musée de Dresde.
Dans le même musée, Raphaël Mengs, qui fut un nomade et un
PORTRAIT D'ENFANT, PAR JEAN VAN SCHOREL. -u
M^c d= Rotterdam. lettre, a pourtant un portrait alle-
mand; c'est le pastel du jeune prince Frédéric-Auguste âgé de quelques mois, futur roi de Saxe. Mengs comprit mieux les arts qu'il ne les pratiqua; il n'en fut pas moins un assez bon portraitiste.
Nous terminerons cette revue par une figure romanesque et charmante qui nous mène à l'aurore du xix° siècle, Angelica Kauffmann. Cette délicieuse femme eut une vie aventureuse qui connut les douceurs de la gloire et les amertumes du cœur. Après avoir vécu en Italie, elle passa en Angleterre où elle peignit la reine, épouse de Georges III, et son fils. Son gentil Colin-Maillard féminin, représentant des jeunes filles dans un coin de parc, fut populaire.
Sa peinture élégante, un peu fade, est avantageusement représentée au Louvre par les portraits de la baronne de Krudner et de sa fille. Le maniérisme de l'époque se trahit dans les intentions de la composition qui met des flèches dans les mains de la mère et un arc dans celles de l'enfant, voulant nous faire
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entendre que nous avons devant nous Vénus et l'Amour. Malheureusement, le dessin est un peu faible et l'enfant louche. A part quelques négligences de ce genre qu'il eût été facile d'éviter, l'œuvre est claire, souple, d'un joli faire qui rappelle parendroits la manière de Reynolds.
Angelica Kauffmann est la digne Muse de la peinture allemande. Belle et comblée de dons, pleine d'imagination et de charme, on lui souhaite toutes les gloires, on espère lui voir tous les triomphes; mais exaltée, chimérique, elle aime un comte de rêve et de féerie, le comte de Horn. Elle l'épouse, puis apprend ce qu'il est, un vulgaire valet qui a impudemment dérobé le nom de son maître....
Ne croirait-on pas lire une légende allemande, avec la subite métamorphose du prince Charmant en un monstre hideux?
Et n'est-ce pas aussi l'image fidèle de cet art si plein de promesses, qui, pour avoir trop aspiré aux chimères, aux fantaisistes et bizarres fictions, s'égare et nous offre un valet quand il nous avait fait espérer un prince ?
Comme nous le verrons par la suite, l'Allemagne n'a pas, jusqu'à ce jour, retrouvé, dans ses nouveaux peintres, un art aussi incisif et aussi parfait, une maîtrise aussi admirable que chez ses premiers maîtres. Leurs successeurs, plus préoccupés d'exprimer des pensées en peinture, s'intéresseront peu au genre du portrait. La grâce de l'enfant leur paraîtra surtout un motif de composition sentimentale; ils n'estimeront pas que cette fraîcheur de couleur et cette délicatesse de forme suffisent pour émouvoir et charmer. Quand, par hasard, un portraitiste de valeur se signalera, il ne se contentera généralement pas d'une étude sincère et naïve de l'enfance; il compliquera son exécution de souvenirs. Sa peinture deviendra le travail d'un esthète et d'un savant plus que