‹ Les portraits de l'enfantChapitre 86 sur 161 · FERDINAND IV DE BOURBON, ROI DE NAPLES, PAR R. MENGS · texte numérisé non relu

FERDINAND IV DE BOURBON, ROI DE NAPLES, PAR R. MENGS

Musce de Naples.

d'un observateur direct de la réalité. Elle aura l'apparence d'un continuel hommage rendu aux écoles d'art défuntes; elle verra l'enfant suivant les formules pratiquées par les vieux maîtres et, comme il arrive toujours en pareil cas, elle demeurera inférieure à ses modèles. Ce manque de sincérité donnera des œuvres séniles et pédantes, d'un talent de main parfois très honorable, mais d'un faux idéal et d'un faux métier, dépourvues, en un mot, de la spontanéité qu'exige, tout particulièrement, la traduction de la jeunesse.

L'ENFANT ENDORMI, DESSIN DE REMBRANDT. Londres. — Collection HeseUine.

EN FRANCE

j ^ n France, l'histoire du portrait de l'enfant commence dès le xvic siècle avec Clouet. Les qualités d'observation naturelles au caractère

français ont tout de suite porté son art vers l'étude de l'image individuelle. Si nous voyons l'enfant élevé au rang des petits génies, des amours et des anges, c'est exceptionnellement, parce que la France est une élève de l'Italie et que la grande école transalpine ne cesse d'éveiller son admiration, de lui imposer même sa tradition. Cette servitude prouverait-elle que, malgré la fécondité de notre école, nous ne sommes pas très doués pour la peinture et que l'esprit français a l'intelligence des arts sans en avoir le génie ? Le fait est que nous rencontrerons d'abord des hommes de talent respectable et peu de tempéraments originaux. Mais au xvm0 siècle,

CESAR DE VENDOME FILS D'HENRI IV Dessin de Benjamin Foulon.

(Bibliothèque nationale.)

Frontispice. — r. Le jeune comte de Brionne, par Nattier. — 3. L'Enfant à la pomme, par Greuze.

Mlle de Richemont, par David. —

i92 LES PORTRAITS DE L'ENFANT.

l'école devient indépendante, et elle se révèle fantaisiste et nouvelle à la fois, avec les Watteau, les Chardin et les Greuze, autour desquels se groupent des artistes de valeur. Au xixe siècle enfin, nous la verrons se libérer absolument et se lancer dans des recherches où elle aura la gloire de transformer la peinture du paysage et du plein air.

En somme, excellente école de portraitistes, elle aura laissé à l'Histoire de très précieux documents sur la vie nationale. La grâce enfantine n'aura nulle part eu des interprètes plus fidèles et plus tendres. Depuis Clouet jusqu'à Greuze et Chardin, les artistes ont présenté une variété de vision surprenante ; la série de leurs œuvres est un défilé complet et du plus haut intérêt, de la jeunesse française pendant trois cents ans. Aucune école ne saurait présenter un pareil musée.

Le jeune Français, d'ailleurs, est un petit modèle de physionomie amusante, fait pour intéresser les peintres. Il n'a pas la raideur espagnole, il n'a pas non plus l'innocente puérilité flamande; il est éveillé, précoce et gentil.

Nous verrons aussi la petite fille apparaître plus fréquemment, se dégager de l'insexualité des anciens portraits. C'est que nous sommes dans le pays de la politesse et de la courtoisie, de la conversation et des belles manières, dans la patrie de Fénelon, de Mme de Maintenon et de l'Ecole de Saint-Cyr. Nous trouverons donc en plus grand nombre que précédemment des fillettes attifées et mignardes, un peu précieuses, avec des mines de dames. Elles commencent à compter; on s'occupe de les instruire, on leur enseigne de bonne heure leurs devoirs clans le monde.

Moins septentrionale que les Flandres, la France apprécie moins les joies du foyer. Les scènes familiales seront plus rares chez nous. Et pourtant nos mères adorent leurs enfants ; nos pères travaillent ardemment pour les nourrir et les élever, mais nous aimons trop la vie mondaine. Depuis Louis XIV, la France est un salon. Nos enfants apprennent très vite l'élégance des attitudes et des gestes, les habiletés de la parole et de l'esprit. Comme ils remarquent les ressources de leurs gentillesses, ils font encore les enfants tout en sachant déjà le rôle des grandes personnes. Ces jeux qui nous enchantent ont donné naissance à de petits personnages très particuliers, parmi lesquels Gavarni a pu découvrir son type de « l'Enfant terrible », jeune tyran domestique, mais où se trouvent, il faut bien le dire, d'autres enfants d'une séduction tendre, intime, tout à fait exquise — véritables chérubins du foyer moderne....

Si, suivant notre habitude, nous recherchons le petit génie décoratif, le puito italien, si nous voyons ce qu'il devient dans l'école française, nous constatons

BUSTE D'ENFANT, PSEUDO-HENRI III, PAR GERMAIN PILON. Musée du Louvre.

EN FRANCE

qu'il manque pendant longtemps de caractère déterminé. Sans être resté tout à fait italien, il rappelle beaucoup son origine, soit chez Jean Goujon où il s'affine cependant, soit chez Poussin où il s'alourdirait plutôt.

On le voit, avec Mignard et Lebrun, prendre une tournure plus indépendante. Il devient très courtisan, très mondain, plein de grâces artificielles. Cette tendance au maniérisme ne fait qu'augmenter avec le temps, et elle tourne à la fadeur chez Lemoyne, chez Natoire et chez Boucher. Celui-ci ne nous montre plus que de jolis figurants de boudoir ; leur tâche, qui consistait naguère à assister les beauxarts et même à se glisser parmi les saints, est devenue très

différente. Le putto se rappelle trop qu'il descend d'Eros, fils de Vénus.

Mais Vien prépare David, le réformateur, qui fait disparaître le petit joufflu, gras et rose, au point qu'il aurait pour toujours fui de France si le délicieux Prudhon ne lui avait donné asile. En ce coin rempli de ferveur antique et de sincère amour des arts, le putto se renouvelle entièrement. Purgé de sa graisse lascive, dégagé de ses mines précieuses, débarbouillé de ses tons de maquillage, il reparaît digne des muses dont il retrouve le commerce. C'est un nouvel enfant qui se souvient de la Grèce et pourtant s'intéresse à la France. A l'aurore du xix° siècle, il rassure et promet à la fois pour l'avenir. Un jour, Baudry viendra et, dans ses peintures de l'Opéra, nous donnera le gamin éveillé, intelligent, vrai génie français. Et le portrait sera si exact, que nous pourrons dire les noms des enfants qui auront servi de modèles.

LE DUC DANGOULÊME, TROISIEME FILS DE FRANÇOIS Ie Dessin de l'Ecole de Clouet.

(Musée du Louvre.)

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