LOUIS XIV ENFANT, STATUE PAR SIMON GUILLAIN
Musée du Louvre.
EN FRANCE
fils de Louis XVI, revêtit avant le peuple la carmagnole.
Au moment où il secouait le joug des parents, l'enfant cessait de suivre les modes des grandes personnes. Il adoptait une tenue spéciale. Il abandonnait la culotte, prenait des pantalons droits descendant jusqu'aux chevilles et s'enveloppait dans une petite veste qui se boutonnait au pantalon. Les matelots de la marine avaient un habillement de ce genre ; c'est pourquoi ce costume fut appelé Matelot. Nous le voyons au petit Dauphin, fils aîné de Louis XVI, dans les portraits de Marie-Antoinette et de ses enfants exécutés par Mme Vigée-Lebrun.
Cette livrée de voyages lointains, d'aventures et de liberté affirmait davantage la nouvelle indépendance de l'enfant, en le séparant des grandes personnes et en transformant sa physionomie. Ce n'était qu'un début. Le petit costume ne devait pas renier son origine: il allait faire des voyages imprévus.... Comme il était ample et commode, les gueux le prirent aux enfants des rois et des nobles. Et, tout à coup, il apparut dans la populace, au moment des premières journées révolutionnaires. Il y reçut le baptême politique; il devint un emblème. Le mot sansculotte, lancé comme une injure aux porteurs de pantalons, fut accueilli comme un titre. La veste, à son tour, fut appelée carmagnole.
En empruntant ainsi à l'innocent costume des petits garçons les premiers mots de son vocabulaire, le vêtement de ses fidèles et le symbole de son parti, la Révolutionne nous laissa pas qu'une antithèse de hasard, elle obéit à de secrètes lois. Il était juste quelle portât les traces de son origine, de ses débuts qui remontaient à la noblesse. Il était juste aussi qu'elle conservât, malgré ses violences, la livrée des enfants : il y a quelque chose de puéril dans les actes populaires,
LE DUC d'aLENÇON ENFANT.
(Braun, Clément et C'°, phot.)
même les plus graves.... Enfin, lorsqu'ils reconnaissaient le costume de leurs fils sur le dos des massacreurs, les pères devaient se souvenir de leurs faiblesses et comprendre que l'autorité paternelle est non seulement l'armature de la famille, mais encore celle de l'État.