LE BÉNÉDICITÉ, PAR LENAIN
grands personnages de leur (Braun> clément et c* Phot.)
temps. Il paraît que leur ambition ne visait pas au delà du résultat immédiat; ils étaient modestes, ignoraient le souci de la gloire posthume et ne prenaient aucune précaution pour se ménager dans le temps la paternité de leurs œuvres. Après avoir risqué d'y perdre beaucoup, ils ont fini par y gagner : il y a des insouciances qui ont toutes les conséquences des plus adroites habiletés. Leurs œuvres étant douteuses, on commença par leur faire l'honneur de les confondre avec celles d'Holbein. Et cette gloire leur étant acquise, on les leur restitua si largement qu'on va jusqu'à leur attribuer aujourd'hui tous les dessins et toutes les peintures de leur temps où la vogue fit éclore de si nombreux imitateurs de leur manière. Les dessins que possède la Bibliothèque nationale passent pour être des copies; ils ont en effet l'air d'avoir été fabriqués d'après les originaux, par des artistes médiocres. Enfin, nous en arrivons, quand il s'agit de portraits d'enfants comme ceux qui nous occupent, à nous demander s'il faut avoir grande confiance dans les noms que l'on nous donne. Il est impossible, ou généralement très difficile, de vérifier l'authenticité du portrait d'un enfant. C'est pourquoi nous conseillons d'accueillir avec réserve les grands noms donnés aux petits personnages que représente l'école dite de Clouet.
Un portrait de Henri IV enfant, attribué à cette école, a fait partie de la col-
lection d'Orléans et fut, en 1 79 1 , gravé par Alexandre Tardieu. Le prince paraît âgé de cinq ans. L'expression de son visage est enfantine, mais sérieuse ; son nez est bien « bourbonien ». Tout porte à croire que Bosio a connu ce portrait et s'en est inspiré pour sa jolie statuette, Henri IV enfant, dont le costume et le mouvement rappellent cet ancien portrait. Dans une autre peinture, qui est à Genève et qui fut gravée en 1822 par Nicolas Schenker, Henri a quinze ans et ressemble beaucoup aux portraits de Jeanne d'Albret, sa mère. N'ayant pu voir les deux oeuvres originales, nous ignorons si un réel intérêt d'art se joint à leur intérêt historique.
Parmi les nombreux imitateurs des Clouet, il faut compter les Dumoustier, les Quesnel ou du Quesnel, dont parle le journal d'Héroard, Benjamin Foulon, et Lanneau ou Lagneau. Dans le mystère qui plane sur les œuvres anonymes de cette époque, il est possible que plusieurs dessins de valeur soient dus à ces artistes.
Le même mystère règne autour des sculpteurs Michel Colombe et Ligier Richier. D'ailleurs l'art sculptural étant alors un art surtout décoratif et funéraire, les portraits d'enfants ne s'y rencontrent pas fréquemment. Néanmoins Guillaume Regnault, élève de Michel Colombe, exécute à Tours, dans l'église
Saint-Martin, le beau monument des deux enfants de Charles VIII, dont la partie ornementale est due à l'Italien Jérôme de Fiesole.
Les deux enfants, morts en bas âge, sont étendus côte à côte, les mains jointes sur la poitrine. L'aîné est ce petit Charles Orland dont nous avons précédemment dit la nombreuse maison, composée de 96 personnes.
Au commencement du xix° siècle, le monument fut transporté de l'église Saint-Martin à la cathédrale Saint - Gatien de Tours, et comme il avait