‹ Les portraits de l'enfantChapitre 96 sur 161 · LOUIS DE FRANCE, FILS DE LOUIS XIV, DIT LE GRAND DAUPHIN · texte numérisé non relu

LOUIS DE FRANCE, FILS DE LOUIS XIV, DIT LE GRAND DAUPHIN

par mignard. tre la retenue de leurs jeux. Plus

Musée de Versailles. (Neurdein, phot.)

tard, les deux précieuses planches le Maître d'école et la Maîtresse d'école sont d'un vif intérêt à consulter. On y voit le vieux maître armé d'un paquet de verges. Et pourtant la tenue distraite des enfants autour de la table de travail dénote une absence de réelle autorité, un manque de direction sage et ferme qui est bien la critique d'une éducation où la violence irréfléchie s'imaginait suffire à tout. Pareille tenue négligée dans la classe des fillettes : les jeux se mêlent au travail; les friandises mêmes occupent dans un coin deux gamines dont la gourmandise s'affiche sans crainte et sans pudeur.

Plus distingué que Lenain, Abraham Bosse est encore brutal parfois. Le

EN FRANCE

monde qu'il nous peint est celui de la haute bourgeoisie, classe honnête et sage, aspirant à s'élever et s'appliquant, avec une certaine lourdeur, aux airs des gens de la noblesse. Chez les enfants eux-mêmes, nous remarquons des mines empesées, des pas de danse, des airs gentilshommes qui amusent et font sourire. C'est le défaut de l'époque. Mais ne nous plaignons pas, nous sommes encore parmi de braves gens.

Dans la planche du Mariage à la Ville intitulée le Contrat, nous voyons deux petites filles courir, se poursuivre et s'amuser malgré la solennité du moment. Ce sans-gêne va disparaître avec les maîtres officiels, les Mignard, les Largillière et les Rigaud.

Les perruques, la poudre et les mouches vont nous gâter la fraîcheur des visages d'enfants,

et les manières affectées vont transformer leur grâce naturelle en insupportable préciosité. Nous abordons les peintres qui méritèrent, de la part de Diderot, le nom de Costumiers, pour leurs draperies soulevées par des vents d'orage autour de bras et de jambes qu'elles entourent de plis tour à tour amples et serrés, dans un tumulte tel que le personnage enveloppé par cette tourmente prend les faux airs héroïques d'un matamore.

Les portraits d'enfants vont avoir tout le fracas désiré, toute la théâtrale allure et la manière en faveur. La grandeur, la noblesse et la gravité sont à la mode : « On en a mis partout ». Des bambins, coiffés de l'énorme perruque frisée, seront vêtus en empereur romain ; ou bien le poing sur la hanche, à la garde de l'épée, ils tiendront de l'autre main un bâton de maréchal ; ailleurs, ils porteront la cuirasse et ils brandiront une lance ou un étendard ; certains, plus pacifiques, debout dans des bureaux de ministre, parmi des manuscrits et des

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