‹ Les portraits de MichelangeChapitre 7 sur 17 · IACOPO DEL DUCA · texte numérisé non relu

IACOPO DEL DUCA

Au bout de deux ans, les bustes sont donc fondus, mais non encore ciselés et Iacopo del Dnca se méfie de la capacité des garzoni de Ricciarelli ; il jette en même temps et avec quelque perfidie, par ses phrases ambiguës, le doute dans l'esprit de Lionardo, au sujet de la valeur même des portraits de Kicciarelli.

Un des garzoni de Ricciarelli, Michèle Alberti, écrit, ce même jour, 18 avril 1566, à Lionardo, qu'on se prépare à les ciseler.

t « Messer Iacomo vostro compare (certainement Iacopo del Duca) mi à detto che V. S. vorrebbe sapere in che termine sono le teste di bronzo de la bon a memoria di Messer Michelangelo. Vi dico che sono gettate, e che se rineterano in termine di un mese o poco più, che V. S. le potrà avère.

51 che V. S. stia di bona voglia, che sarà servira presto e bene. Al servizio di V. S. »

Une lettre écrite par Vasari, de Florence, à Lionardo (Daelli, 43), nous apprend que ce dernier se trouvait à Rome, le 30 novembre 1566. Sans aucun doute, durant ce séjour à Rome, Lionardo reçut les deux bustes qui lui étaient destinés et qui avaient dû être ciselés - peut-être cependant l'un d'eux ne le fut-il pas - dans l'intervalle; à quelle époque exacte les reçut-il, on l'ignore.

Le buste de Diomede Leoni fut acheté, en 1590, à Siena, de son «eredità», pour le compte des Medici x), sous le règne

1) E. Muntz, Les Collections d'Antiques des Medici. Mém. de l'Accad. des Inscriptions, vol. XXXV, H8 partie, 1895, p. 159. Tiré à part, p. 79. Voici le texte rectifié du document cité par Miintz : « Una testa di

du Cardinal Ferdinando, devenu Grand Duc de Toscane. Il figure donc à Florence, parmi les trois bustes de bronze qui s'y trouvent actuellement: au Bargello. à l'Accadeiuia et à la Casa Buonarroti.

Antonio del Francese, de ('astel-I)urante près dTJrbmo, dernier domestique de Michekmge, écrit, en L57Q, à Gnidobaldo IJ délia Rovere '), avant dernier Duc d'Urbino, la lettre suivante:

« m.1110 et Eccell.mo Dîna, ngnore e padrone mio co-

lendissinio,

« Ho avuto grand issi ma alegrezza ehe V. K. habbi preso sigurtà d'un suo attetionntivsimo vsaaUo corne io gli sono,

bronzo di Michelagnolo Buonarroti rata délia eredità de M. Diomeâe Lioni, mandataci <li Siena il Bignoi Bonci perordinedl M. Lors. l'.-in-

bardi qt» d» 10 di ffioembre 1590, Lreh. di State di Phrase,

Tnventario générale délia Qtutrdaroba <M Ser.mo Car.'' I><m Ferdinando I ./(' Mtilici dal tS87 al tS91i hvoentario générale <i oapi, 1587, vol. I. Filza 132, ]>. 180; en marge, la data 1590. Ce document, qni - trouve dans l'une il«-s plus nniicusis Filze c 1 < ■ la Ouardaroba afedieéenne, et qui a été publié dans le mémoire de Mûnta, qui ea( trèa connu, a été cependant ignoré par tous oeux qui se sont occupés de la question des portraite. Même M.' Gronau, dont lea travaus s,, ut toujours très précii il très sûrs, ne le cita pas, dans le travail dont il est t'ait mention k la note suivante.

!) Lettre de donation publiée pour la première fois par A. Gotti, (Vita <li Michelangelo, 1875, vol. I, p. 37:; i. datée «lu 26 août 1570; et, dit-il, d'après un document de l'Arohivio Bnonarroti. L'Archivio Buonarroti étant interdit ;iu\ recherchée, je n'ai pu vérifier l'exactitude de cette information. On «loi t toujours vérifier lea affirmations de Gotti. Le document de l'Arohivio Buonarroti, si vraiment il j figure, ne peut être qu'une copie; l'original se trouve à l'An-h. di St. di Fir. ; Urbino Cl. 1. div. G., Filza 125, Doc. 1406, avec l'adresse et le sceau. La lettre a été publiée correctement, pour la première fou, par M.r G. Gronau, qui ignorait la publication de Gotti, sur l'original, en 1906: Die Kunstbestrelnuuien der RerwSge von l'rbino. Jabrb. der K. Preus. Kunstsamml. vol. XXVII. Beilieft, p. 10.

in servirsi del Moisè di rilievo, non mio, ma dell' istessa V. E. Mi duole solo che qnello non è di maggior consideratione, e che non sia altro nella povera casa mia che gli sia piacuta e degna di Vostra Eccelenza Illustrissima; perché gran gloria e consolatione mi sarebbe che tutte le mie povere facnltà diventassero Moisè, o cose che gustassero; acciô gliele potesse offerire con quel pronto animo che io devo a un mio signore e principe naturale, il quale io amo e araerô più che me istesso e ogni tesoro del inondo. La testa délia quale me fa scrivere ne l' amorevolissima sua, è il vero ritratto dl Michelagnolo Bonarroti già mio padrone, et è di bronzo, designato da lui proprio, quale io tengo qui in Eoma e ne faccio présente a Vostra Eccelenza, e già ho detto al suo ambasciatore che mandi per essa e procuri di mandargliela, supplicandola si degni d'accetarla volontieri, corne volontieri io glie la dono, giudicando cbe a più degna persona io non la potevo dedicare. Sua Eccelenza si degnerà dunque accetarla da me suo humil servo e affectionatissimo vasallo, e tenerla per memoria di quel valent' huonio, et se altro si trova nella mia povera casa che le gusti, supplico Vostra Eccelenza a pigliar per sue, perché sue sono; e se il présente è di poca valuta, quella accetti il buon animo del suo povero vasallo affezionatissimo, etc. ».

Il lui fait cadeau, d'ailleurs sur sa demande, d'un buste de bronze de Micbelange qu'il dit, dans sa lettre « designato da lui proprio », c. à. d. par Michelange lui-même. Il ne faut voir dans cette affirmation, que l'artifice d'un domestique désireux d'attacher un plus grand prix au cadeau qu'il fait à son souverain. Personne, sauf Gotti, qui au moins la laisse passer sans critique, n'attache d'importance à cette attribution d'Antonio, contraire à toute vraisemblance. Antonio était un brave et simple domestique, certainement pas un artiste, encore moins un bronzier. Il est absolument certain qu'il n'exécuta lui-même aucun buste de Michelange;

et il n'existe aucune indication qu'un quatrième buste, dont ne parle aucun document, lui ait été destiné par Ricciarelli, ou bien ait été fondu pour lui, après la mort de cet artiste par les garzoni de son atelier, comme l'ont prétendu Fortnum12), Milanesi 3) et ceux qui, même avec réserves, tels que M.r Thode *), les ont suivis.

Il existe déjà une probabilité très grande, transformée en certitude par d'autres considérations exposées ultérieurement, que ce buste d'Antonio n'était autre que l'un des deux bustes reçus par Lionardo, à Borne, \ 6T8 la tin de 1550; et dont ce dernier, qui ne semble pas avoir conçu pour les portraitsbustes de Kicciarelli un grand enthousiasme, fit cadeau au fidèle domestique de son oncle, avant de retourner à Florence.

Jusqu'à ce jour, ou a admis sans discussion, sur la simple autorité d'une affirmation fausse de Gotti et de Milanesi, que ce buste d'Antonio, donné au Duc Guidobaldo II, était venu, d'Urbiuo à Florence, avec les objets d'art apportés par la très jeune princesse Vittoria délia Kovere, dernier rejeton de cette famille, lorsqu'elle fat fiancée à Ferdinand II dei Medici, qu'elle épousa en 1634. Celle affirmation dénuée de toute espèce de fondement et de preuves, cm .simplement

!) C. Drury S. Fortnum (I.er mémoire). On //«■ original portrait of Michelanncto liy Léo Leone, il Oavatiere Aretino. AroheologioaJ Journal, vol. XXXII. pp. l-lô (avec une pi. de la médaille Leone). L' •■ Ai cheological Journal » ne se trouve eu aucune bibliothèque de- Florence. La Bibl. Ntuionale seule, possède un tiré à part de oe travail.

2) C. Drury, S. Fortnum (IIe mémoire). <>n Ou bronMe portrait-btut» of Michelangelo attributed U> lUinitle ia Volterra and oihrr artiste. Archeological Journal, vol. XXXIII, pp. 168-82, 1876 (sans ligures). Aucune bibliothèque de Florence ne possède ce travail.

3) G. Milanesi, Dei Eitratti di HBeheUmgiolo. Ricordo al Popolo Italiano (publication du Centenaire) pp. xiv, sqq. Firenze, 1875. lùim primé en 1881, sans modifications, avec la seule addition du texte et de la note concernant le buste Piot, dans Vasari. Vite. Vil, pp. 330-33.

*) Thode, loc. cit., vol. V.

basée sur ce fait qu'Antonio donna au Duc, en même temps que le buste, une statuette de marbre représentant le Moïse de Michelange - il en est fait mention dans sa lettre -; et que la Princesse porta d'Urbino ce même Moïse, qui figura longtemps, par la suite, daus la Villa Medicéenne de Poggio Impériale et se trouve actuellement au Bargello. Et l'on a conclu: le buste de bronze a « dit » suivre la même voie et « doit être » le buste du Bargello. Ce buste est également venu, je crois, de Poggio Impériale; mais je n'ai pu obtenir aucun renseignement à ce sujet, de la Direction des Musées de Florence. Ce qui importe heureusement assez peu.

L'inventaire, très minutieux et parfaitement dressé, des objets d'art et autres, portés, d'Urbino à Florence, par la Princesse Vittoria, a été conservé 1). Dans la caisse 162, fut en effet emballé le Moïse de marbre; mais l'inventaire est muet au sujet du buste de bronze de Michelange. Dans la caisse 169, il est bien question d'une tête de bronze; mais si c'eût été

x) « Nota délie argentarie et ori incassati per mandarli a Fiorenza, d'ordine di quel! AUa Serena ; Urbino 1631 ». Arch. di St. di Firenze : Urbino Class II, Div. A, Fa III, c. 906. M.r Gronau, dans le mémoire précédemment cité, a fait connaître le fait avec précision. Je relève, moi-même, à la caisse 169, « testa di bronzo con busto grande ». L'affirmation de Milanesi, que Fortnum et M.r Thode ont aveuglément acceptée sans la contrôler, est d'autant plus surprenante, que ce dernier, avant d'être Directeur de l'Arcbivio di Stato, a été, pendant de très longues années, Directeur spécial de l'Arcbivio Mediceo. Ce document est l'un des plus connus et des plus consultés de l'Arcbivio. Je lui assigne la date de 1631, sur la foi de M.r Gronau, qui a pu le dater par d'autre moyens; mais le document lui-même n'est pas daté. J'ai consulté encore, sur l'indication qu'a bien voulu me fournir le savant Directeur du Musée de Cassel, si familier avec les documents medicéens, un autre document concernant l'envoi fait, de Pesaro à Florence, en 1632, de diverses caisses d'objets appartenant à la Princesse Vittoria. Arch. di St. di Firenze; Urbino Cl. III, Filza XXV, p. 355. Il est question de diverses statues ou statuettes en bronze, notamment d'un buste sur piédestal de Francesco Maria I; mais rien ne concerne Michelange.

celle de Michelange, on n'aurait pas manqué de le spécifier. Ce qui confirme bien encore que cette tête n'est pas celle de Michelange, c'est que, dans l'inventaire, très soigneusement dressé également, en 1G92, des objets d'art appartenant à cette même Princesse Vittoria, qui se trouvaient à Poggio Impériale, est bien indiqué, de nouveau, le Moïse de marbre1); mais, cette fois non plus, le buste <!<• .Michelange ne figure pas.

Il est vrai également que, dans an autre document niedicéen, l'Inventaire de la (Juardaroba de Ferdinand 11, mari de Vittoria, dressé en 1637 2), se trouve expressément relevé un buste de Michelange : Una testa <li bronzo, di tutto rilieoo, m amo « mezzo husto, del lîiimtto di Mtohelognolo Buonafroti. Mais rien, absolument rien n'indique que ce buste ait été apporté d'Urbino par Vittoria; n'oublions pas que le buste de Diomede Leoni se trouvait à Florence, depuis L590. Le document ne dit pas d'avantage, et c'est très peu probable, que le buste se trouvât, en L637, à Poggio Impériale; il pouvait être aussi bien, et même plutôt, à la Qalleria, qui existait déjà, ou bien ailleurs. Le fait n'aurait, non plus, aucune signification.

!) Inventorie ridotto <i mi'i di tutti i mobili <■ robe dvoerte dalla propriété deïla 8er* (Iran Duo" Vittoria tetietenti netta VtUa Impériale (Arch. Mediceo, Filza 995, c. 41, 1092): 4 Qna nguradi tutto rilievo di maxmo bianoo alta di 1 ' g ohe rappresenta Mosè a st-d< :

Un antre inventaire antérieur, date <le liîtïs, ,]<■ ia Uuardaroba de

Vittoria. Arch. Mcdiceo, Filza 6268, div. D., o. 15, indique:

N° 37, una testa di bronzo sino a mezzo busto alta B" 1

N° 38, una testa di bronzo alta -,

Si l'une des deux têtes était celle do Michelange, le document ne serait certainement pas resté muet; il dit expressément, pour le n.° 39, que c'est la tête de bronze de Francisco .Maria I délia Kovirc.

2) Guardaroba, Filza 521, c. 92 verso. Inventarto originale délia Quardaroba del Se>* Gran Ihua Ferdinando II.

Gotti x) s'exprime, à ce sujet, de la façon suivante: « Quando passô nella Casa Medici l'eredità di quella d'Urbino, la piccola statua del Mosè, ed il ritratto del divino Michelangelo, vennero, insieme cou molti rari e preziosi oggetti d'arte, a Firenze, dove l'una e l'altro sono tuttavia gelosaniente custodite nel Museo Nazionale » . Et Milanesi, à propos de la prétention de Piot de posséder le buste d'Antonio del Francese-Guidobaldo, écrit, en l'année 1881 2) : « Ci par difficile a credere che il detto ritratto dalla Casa de' Medici, dov'è certo che 2msso per eredità, sia poi andato venduto e disperso ».

Gotti et Milanesi ne peuvent avoir aucun intérêt dissimulé dans cette question; ils affirment cependant, sans hésitation ni doute, un fait matériellement faux, dont l'inexactitude, bien que reposant sur une démonstration négative, était des plus facile à prouver.

À cette époque (1637), se trouvaient, de par les documents, deux bustes de bronze de Micbelange, à Florence; l'un dans la Casa Buonarroti, où il se trouve encore, et qui, dans un manuscrit rédigé par Micbelange le Jeune, fils de Lionardo, après 1620, est attribué à Giovanni Bologna ; l'autre, celui deDiomede Leoni, acheté pour les Medici, dès 1590. Probablement aussi, suivant toute vraisemblance, mais non sûrement, était également déjà à Florence celui qui se trouve placé actuellement dans une niche, au dessus du moulage du Moïse, à l'Accademia.

Il s'est établi, à une époque toute récente, au sujet du buste de l'Accademia, une singulière légende, dont il m'est impossible de m'expliquer les origines. Il aurait été fondu, m'a-t-on affirmé de la façon la plus absolue, il y a seulement trente ou quarante ans, au plus, sur le modèle du buste du Bargello; et aurait été mis en place, postérieurement à l'installation du David, transporté, comme l'on sait,

!) Gotti, loc. cit., I, p. 374.

2) Milanesi, Vamri, VII, p. 332.

du 31 juillet au 4 août 1873, de la Kinghiera du Palazzo Vecchio, à la place qu'il occupe actuellement, à l'Accadeniia l). Or, Fortnuin 2), pendant l'hiver de 1875-76, a vu ce buste en place et l'a même mesuré. Il le considère comme ancien, contemporain de tous les autres, provenant avec eux d'un même modèle, qu'il croit être celui de Kiceiarelli; et a l'ait justement observer que sa draperie de bronze, pour ressembler à celle du buste du Bargello, est loiu cepeudant d'être identique. Si ce buste n'eût pas été ancien, sou informateur ordinaire, l'artiste G. Santarelli, extrêmement bien renseigné, n'eût pas manqué de lui évitez la peine de grimper sur une haute échelle et même sur Le trône du .Moïse, pour j prendre ses mensurations; et surtout do commettre, en son mémoire, une aussi grave et grossière erreur.

Le buste de l'Aecademia ne peut être, nous le verrons par son style, le buste que Lionardo rapporta de Home, qui ne figurait plus, dès 1620 et, très probablement depuis «le longues années, à la Casa Huonarroti et avait peut-être même déjà quitté Florence, à cette époque 8).

MM. E. Steininann et 11. Pogatscher ont l'ait connaître, en 1906 4), une épigramme copiée en un document manus-

1) Voir pour le transport moderne du David. A. QoTTI, Min ai Mi (hvlangelo Jiuonarroli. vol. II, pp. S5-61.

2) FoRTNusr, II0 mémoire.

3) J'ai actuellement reçu, de Paria, de Berlin, eto., les photographiée

de tous Us bustes connus de Michelange j l'illustre W. Bode, Directeur des Musées Impériaux de Berlin, a bien voulu taire pour moi de- n cherches et une enquête dans les collections de Berlin ; M.r Corrado Ricci m'a envoyé, dans les vingt-quatre heures, la photographie du buste de I!imini et toutes les indications sur Ba communication, en 1904, de la lettre du Duc Loreuzo Strozzi (voir p. 139). L'unique photographie que je ne possède pas, est celle du buste de l'Aecademia de Florence, qui ne se trouve pas dans le commerce. J'aurais désiré la publier, mais cela m'a été impossible ; malgré mes demandes réitérées (six fois), je n'ai pu l'obtenir. Le cliché existe cependant à la Direction.

*) E. Steinmann und H. Pogatscher, Documente und Forschungen

crit, d'écriture ancienne, et qui était placée au dessous d'un buste de Michelange, à la Villa Medicéenne de la Petraja. Le buste de la Petraja peut aussi bien avoir été le buste de Diomede Leoni, actuellement au Bargello, que le buste de l'Accaderuia ; non le buste de Lionardo, car les bustes des Medici n'ont pas disparu. Ou ne peut dire, d'après l'inventaire de 1637, si le buste de Ferdiuando II était à Poggio Impériale, à la Petraja ou ailleurs ou s'il a occupé successivement diverses places.

M.r Gronau, dans son mémoire publié également en 1906 *), a été le premier, ou plutôt le seul à jeter un doute sur l'identité du buste du Bargello avec celui d'Antonio-Guidobaldo, dont ne parlent pas les inventaires de Vittoria. Mais M.r Gronau, qui semble avoir ignoré le document de 1590, publié par Miintz, en 1895 - au moins il ne le cite pas et n'y fait pas allusion -, ne s'est pas préoccupé d'approfondir la question.

La vérité est que le buste d'Urbino se trouve actuellement et depuis longtemps au Musée de Riruini ; tout au moins, les probabilités en faveur de cette opinion sont elles très grandes, équivalent presque à une certitude, comme on le verra par la suite. Seul, à ma connaissance du moins, Mr G. Carotti a signalé sa présence, en 1901 2) ; mais cet auteur se borne simplement à le citer. Le buste de Rimini, inconnu à Fortnum 1875 et 1876, à Gotti 1875, à Milanesi 1875 et 1881, est également ignoré par Mr Thode en 1908. On peut donc dire que, jusqu'à ce jour, non seulement per-

mit Miokelangélo. Répertoriai!) f. Kunstw. Vol. XIX, pp. 387-424, 1906. D'après un document de la Collection Harry Hertz, à Rome.

1) G. Gronau, Die Kanstbestrebungen dcr Herzëge von Uirbtno. Jalirb. der. K. Preus. Kunstsamml. ; vol. XXVII; Beiheft, pp. 10-11, 1906.

2) G. Carotti, Capi d'arte appartenenti a 8. E. la Duehessa Joséphine Mel:i ,V Eril Barbo, descrilli dal D.r G. C, p. 104, 1901, Bibl. Naz. di Fircnze, 6-126.

Inédit

Pl. II. - Buste de Michelange, au Museo Civico de Rimini.

sonne n'a soupçonné son importance, mais qu'il est virtuellement resté inconnu 1).

Des considérations de style nous montreront que ce buste est certainement l'un des trois bustes primitifs, fondus par Ricciarelli.

Le buste de Rimini no peut être le buste de Diomede Leoni, acheté par les Mediei, eu 1590, à Siena et qui, par suite, est certainement l'un des bustes de Florence. Il est donc déjà, en raison de son intime parenté avec le buste du Bargello, qui est certainement le buste de Diomede Leoni, l'un des deux bustes remis à Lionardo, en 1666. Comme nous l'avons déjà dit, et le démontrerons pins loin, le buste rapporté en 1666, de Rome ;\ Florence, par Lionardo, n'est pas non plus celui de la Oasa BuonarrotL Le buste de Rimini ne peut donc être que celui d'Urbino, qui n'est pas venu avec Vittoria à Florence; ou le buste rapporté par Lionardo, qui n'était déjà plus dans la Casa Buonarroti, dés 1620 et probablement bien avant.

La Bibliothèque Gambacorta, à Rimini, ne possède aucun document concernant le buste. Mais on y trouve on précieux Codex: la « Vita di Federico da Montefeltro d'Urbino », par Vespasiano da Bisticci, orné de très belles miniatures par Attavante, et relié aux armes de G-uidobaldo II : qui est, certainement, l'exemplaire dédie&toire à ce Prince 2). Ce Codex fut offert à la Bibliothèque de Rimini, en 165G, par le Dr Francesco Angeli. Comme me le dit justement le très savant et très obligeant Bibliothécaire de la Gambacorta, Mr Masséna, à qui je suis redevable de ces renseignements,

!) Il est ici publié, en frontispicie de oe livre, et, de nouveau, à la PI. II, p. 25, avec l'autorisation de Mr Corroda Ricci. Le Cliché appartient a l' Istituto d'Arti Grandie di Bergamo, qui a bien voulu me communiquer la photographie.

2) L. Frati, Vite tli itomini illustri del sec. XV, scritte da Vespasiano da Bisticci, vol. I, p. xiv, 1892.

on peut supposer que les deux objets sont venus à Riiniui en môme temps et par la même voie. Ce qui est beaucoup plus important, c'est leur origine commune; qui est, très vraisemblablement, sûrement serait-on tenté de dire, pointons les deux, la Cour d'TJrbino. Je pense que, dans le désarroi où se trouvait la Cour d'TJrbino, lorsque se faisait l'emballage des objets appartenant à la très jeune princesse Vittoria; alors que le vieux et si malheureux Francesco Maria II, voyait, de son vivant, le Pape et les Medici se disputer ses dépouilles, les deux précieux objets furent volés, en même temps, par quelque personnage subalterne. Ils furent plus tard acquis, directement ou indnectement, par le Dr Angeli, qui les offrit à la Bibliothèque.

Comme nous allons le voir, des considérations de style transformeront cette supposition en une quasi-certitude.

Tout le monde a admis, à la suite de Milanesi, que le second buste de Lionardo, rapporté, suivant toute vraisemblance, par lui, de Eome à Florence, vers la fin de 1566, « devait être » le buste conservé à la Casa Buonarroti ; malgré qu'une tradition, considérée également par tous comme fausse, ou tout au moins comme tout à fait vague et absolument indigne de foi, l'attribue à Giovanni Bologna. Or, il existe, à l'Arcbivio Buonarroti, un manuscrit, de la main même de Michelange le Jeune, la « Descrizione délia Galleria » que lui-même avait créée, entre 1617 et 1620; le buste de bronze y figure et est attribué expressément, par Michelange le J., à Giovanni Bologna. Le fils de Lionardo mort en 1599, et qui lui-même était né en 1568, devait être bien informé de faits aussi récents, qu'il relatait aux environs de 1620.

Au début de la seconde moitié du xviii» se, Gori copia ce manuscrit, pour une nouvelle édition de la vie de Michelange par Condivi, qui ne fut jamais publiée. La copie de Gori se trouve à la Bibliothèque Marucelliana, de Florence. P. Fan-

fani, alors bibliothécaire, le publia en 1876 ') ; et il est remarquable que personne, pas plus ceux qui ont eu accès à l'Archivio Buonarroti que les autres, n'ait jamais tenu aucun compte de ce document. Même, depuis cette publication, Milauesi, Mr Thode, ni personne n'y ont jamais fait la moindre allusion. Mr Thode l'ignore au point de ne pas même le faire figurer aux bibliographies de Michelange, dans son ouvrage en cinq volumes.

Le buste de la Casa Buonarroti est absolument irréductible au type du buste de Riinini, bien que les deux bustes soient proches et même très proches parents. <>n peut considérer, étant donné la perte du buste de Lionardo, et, comme nous le verrons, la valeur inférieure du buste du Bargello, ces deux bronzes, comme les prototypes des deux familles en lesquelles je répartis tous les bustes de bronze qui sont actuellement connus.

C'est le buste de Riinini qui m'a servi de clé pour débrouiller cette énigme compliquée: et je dois exprimer toute ma reconnaissance à Mr Oorrado Ricci, L'éminenl Directeur des Beaux-Arts eu Italie, pour l'obligeance et surtout la rapidité avec lesquelles il m'a fourni les premières indications sur ce buste, et l'excellente photographie reproduite en ce travail.

Les mensurations relevées, en L876 (II" mém), par Portiiiiin, «pu ne connut pas le buste de Riinini, L'avaient conduit à conclure que tous les bustes connus étaient contemporains; qu'ils avaient été fondus sur le moule du modèle de Ricciarelli, à Rome même, par les garzoni de cet artiste, après sa mort, survenue le 3 ou le 4 avril 1666, deux ans après celle de Michelange.

Les mensurations de Fortnum sont très probablement

q P. Fanfaxi, Spigolatura Michelangiolcsca, Pistoia, 1876. La copie de la Descrizione délia Galleria, par Michelange le Jeune, se trouve à la Filza A-2 (pp. 99-127), des manuscrits de la Marucelliana.

exactes; mais ce n'est pas le compas qui doit juger, c'est l'œil 1). Si Fortnimi - le seul auteur qui ait sérieusement étudié, jusqu'ici, la question des bustes - avait connu le buste de Eimini, qui est très peu ciselé et limé, il n'aurait pas choisi comme l'un des repères commun à tous les bustes, le point de bifurcation des deux touffes de la barbe; et il eût vu qu'il existe une catégorie de bustes dans lesquels la barbe est beaucoup plus longue que dans l'autre. Chaque touffe de cette longue barbe, dont la bifidité est très accentuée dans le buste de Eimini et son frère jumeau du Bargello, présente deux tortillons très accentués, en forme de tire-bouchons, de papillotes, un peu ridicules et surtout invraisemblables, d'un goût assez douteux, mais tout à fait caractéristiques. Ils ont été complètement supprimés, dans la barbe beaucoup plus courte et en éventail, à peine bifide, de tous les autres bustes, du type Giovanni Bologna. Cette disposition, si frappante dans le buste de Eimini, est un peu moins manifeste sur le buste du Bargello; parceque, en raison de l'excès de ciselure, les tortillons sont devenus moins caractéristiques, et que l'extrême et déplaisante inclinaison de la tête sur le buste la dissimule en partie. Mais, sur lui aussi, pour qui est averti, cette disposition se montre très nette et très marquée; et, pour cette raison, comme il est le seul, parmi tous les autres bustes connus, chez lequel on la rencontre, le buste du Bargello doit être considéré, ainsi que nous l'avons déjà indiqué plus haut, parmi les trois bustes de Florence, comme l'exemplaire de Diomede Leoni, acheté à Siena en 1590.

Le buste beaucoup trop limé et ciselé du Bargello, exécuté

J) J'ai obtenu, de diverses personnes obligeantes, les mensurations de plusieurs bustes (Kimini. Castello Sforza, etc.); je me suis bien gardé de demander l'autorisation de relever celles des bustes de Florence. en raison du peu d'empressement (et c'est là un singulier euphémisme) que j'ai trouvé, autour de moi, à faciliter mon travail.

ll'll.ll l'L. III. - Buste de Miclielanjre au liargello.

par Diomede Leoni, c'est à dire fondu sur un surmoulage de la creta de Ricciarelli, mais non ciselé, nous l'avons vu, par Diomede, est identique au buste Eimini. 11 en diffère par le triple collet, qui est peut être un « embellissement » introduit par cet artiste, sur la cire spéciale qu'il semble, d'après les documents, avoir lui-même préparée. C'est peutêtre une addition postérieure; je laisse pour le moment la question en suspens.

M.r Elmquist, l'illustre bronzier suédois, a bien voulu examiner, avec moi d'abord, seul ensuite, le buste du Bargello, pour déterminer les lignes de soudure. De l'extérieur, c'est à peu près Impossible, en raison «le la perfection avec laquelle les joints sont recouverts par la cire el la peinture. Cependant, certaines déformations des surfaces m'ont permis, je crois, d'arriver à déterminer la ligue des joints. Celte question a une certaine importance, comme on le verra dans mon travail définitif sur les portraits. L 'examen paz l'intérieur présente également de très grandes difficultés. En tout cas, la lourde draperie pseudo-romaine est certainement une addition postérieure à l'oeuvre de Diomede Leoni.

Grâce à ce caractère absolument net, précis el sur de la barbe - auquel se subordonnent d'ailleurs mi certain nombre d'autres caractères moins tranchés -, irréductiblement différente dans les deux types, par sa longueur et par sa stylisation, j'ai pu partager les bustes en deux familles: La Ie, dérivant d'une creta exécutée par Ricciarelli, qui comprend les trois bustes mentionnés par les documents: 1° Diomede Leoni, Bargello"; 2° Lionardo I, probablement perdu; 3° Lionardo II, Antonio, Guidobaldo, Kimini;

la IIe, dérivant d'une creta exécutée par Giovanni Bologna, très proche parente de la première et qui comprend tous les bustes connus.

À la IIe famille, se rattachent des formes imparfaites, représentées par le buste du Castello Sforza, à Milan; et des formes aberrantes et dégradées, telles que le buste Lieber-

mann, de Berlin, figuré ici, PI. X, p. 79, dont je dois la photographie à M.r Bode.

Enfin, pour compléter la ressemblance de cette classification avec les classifications phylogénétiques de la Zoologie et de la Botanique, il existe des formes ambiguës, qu'on ne sait où placer exactement, et dont la morphologie peut prêter à une double ou même triple interprétation. Tel est ce buste André, dont je dois la photographie, PL VIII, p. 71, à M.r Bertaux; et que j'ai placé, dans ma classification, en trois positions possibles. J'ai pu reconnaître dans le buste André, l'ancien buste Beurdeley-Cottier *).

De la première famille, fait absolument partie le plâtre de l'Accademia di San Luca, à Konie, qu'une vieille tradition, récemment rajeunie par l'éminent peintre A. Sartorio 2), qui l'accepte sans réserves, considère comme un moule pris sur le cadavre. Cette opinion est manifestement inexacte. Le plâtre provient d'un moulage, direct ou indirect, peu importe, de la creta de Bicciarelli. Les stylisations de l'arcade sourcilière, des cheveux et de la barbe, bien que le plâtre ait mal rempli le moule, que les tortillons caractéristiques y soient beaucoup moins bien venus que dans les cires et par conséquent les bronzes (comparer surtout avec le buste de Rimini), ne laisse aucun doute à ce sujet. Nous reviendrons d'ailleurs sur cette question.

11 semble bien évident que Lionardo ne pouvait, décemment, retourner à Florence, sans y rapporter, de Borne, au moins l'un des deux exemplaires du buste de Bicciarelli qu'il y avait reçus. Le gravure sur bois de Vasari, qui sert de frontispice à la « Vita » de Michelange, dans le 26 éd. des

!) Voir, pour les relations des bustes entre eux, le tableau, à la fin de cet ouvrage et l'explication de ce tableau.

2) A. Sartoeio, Galleria di S. Luca. Trad. franc; texte p. p. XXXIX, reprod. p. 124, 1911. Musei e Gallerie d' Italia, n.° 9-10 ; Roma, Gaetano Garzoni Provenzani.

Vite, en 1568; le buste de G. B. Lorenzi, au tombeau de Santa Croce; le buste de Giovanni Bologna, à la Casa Buonarroti, constituent, par leur style, un faisceau de témoignages qui, à mon sens, rendent le fait certain. En effet, sur ce buste de Kicciarelli qu'il attendait, surtout pour établir le modèle du buste de la tombe *), Vasari a modifié son second type de Michelange 2), tel qu'on le voit dans la fresque de Leone X, au Palazzo Vecchio et dans son dessin à la plume, des Uffizi, qui servait de frontispice à sa « Baocolta di LMsegni », où il avait suivi plutôt la gravure de Giorgio Ghisi (Il Mantovano). Le buste du tombeau de Santa Croce, exécuté entre 1568 et 1570, par G. B. Lorenzi, sculpteur florentin qui n'avait jamais vu Michelange el certainement sous la direction de Vasari ), suit, de plus près encore que le bois des Vite, le buste de Bicoiarelli, qu'il a rajeuni el en même temps banalisé et vulgarisé. Le simple vêtemenl de travail représenté par Kicciarelli (buste de Kimini), t'ait place à une lourde et majestueuse draperie pseudo-romaine; et, comme dans la gravure de Vasari, la tète a été tournée en sens inverse, dans le but évident de dissimuler L'emprunt, où, si l'on préfère, le plagiat. ('<■ sont là des procédés semblables à ceux dont usa Vasari, à l'égard de Condivi, dans sa Vita de Miclielange.

L'artiste Iacopo del Duca, dans sa lettre du 18 avril 1566, citée p. 15, avait déjà, à Rome, jeté le doute dans l'esprit de Lionardo, sur le mérite et la ressemblance même du

i) La tradition d'un masque prie, à Florence même, sur le cadavre (Fortiuuu), est invraisemblable et m- repose sur aucun fondement .

2) Dans sa première représentation i\v Michelange, en L546, à Rome (fresque de la Caneelleria), Vasari avait suivi le type dit Marcello Venusti. Four ces divers types de représentation de Michelange par Vasari, voir le tableau et son explication.

3) C'est Vasari, ou le sait, qui fit le dessin du tombeau - dont Ricciarelli, semble-t-il , d'après les documents, avait été chargé primitivement - ; et dirigea sa construction

buste Bicciarelli. Comme il était arrivé, une première fois, pour le portrait frappant de vérité et de sincérité, exécuté entre 1544 et 1545, par le portraitiste le plus réputé à Eome, au cours du Cinquecento - le Florentin Iacopo del Conte, élève d'Andréa del Sarto - et qui fut aussi rajeuni, banalisé et vulgarisé - c'est à dire rendu vulgaire -, dans ce type qui fit fortune, attribué à Marcello Yenusti, le buste Bicciarelli subit, dans le buste de la tombe par Lorenzi, et ensuite, dans le buste de la Casa Buonarroti par Giovanni Bologna, des modifications analogues, inspirées du même esprit.

La première de ces œuvres, née des efforts combinés de Vasari et de Lorenzi, ne dut pas, à l'époque même, obtenir un grand succès. Bottari, dans son édition des Tite, de 1760, critique sévèrement le buste; en même qu'il rejette, du frontispice de la vie de Michelange, le bois si malencontreux de Vasari. Il est à présumer que l'impression profondément déplaisante que, sur nous, produit aujourd'hui le buste moindre pourtant, que celle de la gravure des Vite -, fut ressentie par les artistes et par toutes les personnes de goût, aux environs de 1570.

Lionardo s'était rapidement débarrassé, à Eome, de l'un de ses deux exemplaires, eu faveur du domestique, Antonio; ce qui, peut-être déjà, ne témoigne pas d'un grand enthousiasme à l'égard du portrait. Les germes de doute jetés dans l'esprit de Lionardo par Iacopo del Duca, sur la valeur et même la ressemblance du portrait Eicciarelli, levèrent, probablement, après l'échec de Lorenzi au buste de Santa Croce; et il reste très vraisemblable, qu'aussitôt après la mort de Vasari, en 1574, l'élégant artiste et bronzier Giovanni Bologna - alors engagé, à Florence, dans ces immenses travaux de bronze qu'il est inutile de rappeler - fut chargé par Lionardo, comme le fut autrefois Marcello Venusti, pour le portrait Iacopo del Conte, de créer un nouveau type Eicciarelli, amendé, corrigé et surtout rajeuni et embelli. Lorsque

(PUoI Bro

I'l. IV. - Buste du tombeau de Santa Croce, à Florence,

exécuté par Giov. Bat. Lorenzi, entre 1568 el L570.

le buste de Giovanni Bologna fut exécuté et installé à la Casa Buonarroti; le scond buste de Eicciarelli, qui avait cessé de plaire, ou plutôt n'avait jamais beaucoup plu - troppo vecchio, troppo brutto -, prit le chemin qui devait le conduire, à travers maintes vicissitudes ignorées, s'il est définitivement perdu, vers ce terme ultime des choses:

Où va la feuille de rose et la feuille de laurier

s'il est seulement égaré, ce qui est plus probable, vers son refuge clandestin. Nous discuterons plus loin encore, la question de savoir si on peut le reconnaître dans le buste André.

Michelauge le Jeune, qui se borne, vers Kî'ju, à indiquer, il est vrai expressément, la présence du buste Giovanni Bologna à la Casa Buonarroti, sans ajouter de commentaires, connaissait certainement ces faits qui lui étaient presque contemporains; mais on comprend, sans trop de peine, qu'il ait négligé de nous en taire part, dans B8 I ><>crizione. > Cela ressemblait trop à L'opération exécutée par lui-môme sur les poésies de sou grand-oncle, doni il publiait l'édition, semblablement, hélas! revue, embellie et corrigée, en L623. Elle devait être considérée comme authentique, jusqu'en L863. Cette falsification est, (railleurs, presque annuellement rééditée, encore de nos jours.

Des considérations minutieuses de style témoignent, à n'en pas douter, que le buste de Santa Croee a été exécuté d'après le buste Eicciarelli. Je les exposerai, en détail, dans mon ouvrage définitif SUT les portraits de Michelange. Mais. si l'on veut bien comparer la photographie du buste de Eimini (Eicciarelli), frère jumeau du buste de Lionardo, avec celle du buste de la Casa Buonarroti (Giovanni Bologna), les différences et les ressemblances sauteront immédiatement aux yeux; et je puis répéter ici ce que j'ai dit plus liant, à propos des mensurations de Fortuum: ce n'est pas au compas, mais à l'œil déjuger. La comparaison avec le buste du Bargello, frère jumeau du buste de Eimini, est beaucoup

moins efficace, surtout lorsqu'on n'est pas encore très familier avec cette physionomie et qu'on n'en a pas encore minutieusement analysé les détails, en raison du limage et du ciselage excessifs de ce buste, qui va même jusqu'à modifier l'expression de la physionomie; et aussi, en raison de l'inclinaison exagérée de la tête, qui a pris, par rapport au buste proprement dit, une tout autre position.

Au contraire, la tête et le buste ont exactement les mêmes rapports réciproques, dans les deux bustes: Casa Buonarroti, Rimini; tous les deux, également et certainement, d'un seul morceau, fondus d'un seul jet. Dans le bronze du Bargello, au contraire, la tête et le buste sont deux pièces distinctes, raccordées par une soudure très habilement exécutée, et dissimulée par la cire et la peinture; mais avec des rapports peu naturels et, en somme, malheureux.

Le buste de la Casa Buonarroti qui, n'ayant été ni ciselé ni limé, reproduit exactement la cire et par conséquent la creta originelle de Giov. Bologna, est certainement le prototype de tous les autres bustes de bronze connus; avec la seule réserve du buste Beurdeley-Cottier, actuellement au Musée André, qui mérite une mention toute spéciale et de la tête du Oastello Sforza, parmi les bustes qui constituent la IIe famille. Tous, à part ces deux exceptions, non seulement en dérivent directement, mais probablement même ont été fondus à Florence, sur des cires provenant du même moule - sauf celui du Oastello Sforza -, aux environs de 1580, sous la direction de Bologna lui-même qui, pour ses travaux : statues équestres, fontaines et autres œuvres de bronze, disposait alors d'une énorme quantité de métal. Les petites différences entre ces bustes - saufs, bien entendu encore, le buste Beurdeley-Cottier-André et le buste du Oastello Sforza -, résultent simplement d'un limage et d'un ciselage plus ou moins avancés.

Les cheveux, avec leurs boucles stylisées pour le bronze, sont restés identiquement les mêmes que dans le buste Bic-

il'liMt Alinari).

l'i.. V. - Buste «le la Casa Buonarroti.

ciarelli; évidemment Bologua, qui s'y entendait, les a trouvés satisfaisante et bons à conserver. Au contraire, la barbe, ici en éventail, a été considérablement raccourcie: sa bifidité est beaucoup moins accentuée et les tire bouchons, les papillotes des deux touffes, ont totalement disparu. Cependant, Condivi, dans sa description, nous dit qu'il avait la barbe bifide, comme dans son « effigie », (c'est au portrait Iacopo del Conte qu'il fait allusion); et, somme toute, malgré leur exagération un peu ridicule, les ileu\ touffes calamistrées de Kicciarelli correspondent mieux à la realité <|ue l'élégant éventail de Giovanni Bologna. Les deux types, chacun à leur manière, sentent trop le coitleur, que Michelange ne fréquenta pas beaucoup.

In erreur, très probablement inconsciente, de Kicciarelli, dont nous rechercherons plus loin Les causes 't qui consiste dans le raccourcissement de la hauteur du Iront, a été- exactement conservée, au luiste de Giovanni Bologna; mais elle est loin d'y produire le même effet qu'an buste Kicciarelli (comparer les PL II et V), OÙ, en raison de la forte saillie des pommettes et de la dépression du nez (el le nez, probablement, a été représenté (Yu\ir façon exacte), résultant, au moins en partie, du laineux coup de poing de Torrigiani, le visage au front trop bas Bemble si large, si écrasé, presque mongoloïde! Il a sulli à L'habile artiste, en conservant l'excellent modelé de la face exécuté par Kicciarelli, de modifier les proportions, si légèrement, (pie le compas lui-même reste impuissant à eu témoigner, pour donner au portrait de Michelauge un tout autre aspect. Bfichelange, mort à quatrevingt neuf ans, y apparaît singulièrement plus vigoureux et plus vivace; cette opération légère l'a rajeuni de vingt ans. Comme il est impossible de rapprocher les bustes eux-mêmes, ces nuances s'apprécient mieux par la comparaison des photographies, que par des visites successives au Bargello et à la Casa Buonarroti. Dans cette dernière, le buste se trouve placé en une petite chambre,

horriblement obscure, en toute saison, et à toute heure du jour.

Une autre erreur de Ricciarelli, celle-là certainement intentionnelle, et sur laquelle nous reviendrons, consiste dans l'allongement de l'axe horizontal des yeux et des orbites, qui, dans son buste, ne sont nullement conformes à la réalité. Cette erreur fut intégralement conservée, bien entendu, par Giovanni Bologua; c'était un élément essentiel d' « embellissement ».

Signalons enfin une dernière erreur, mais celle là est commune à tous les artistes de la Eenaissance et des temps modernes; c'est l'absence de cette asymétrie de la face, arcade sourcilière et maxillaire supérieur, phénomène constant, observé très judicieusement par les artistes de l'antiquité, qui n'ont pas manqué de la représenter. On ne la trouve pas, il est vrai, dans les têtes antiques idéalisées; mais, dans tous les portraits réalistes ou même dans les têtes idéalisées, destinées à recevoir un éclairage oblique ou unilatéral, elle ne manque jamais. La raison en est qu'elle ne manque jamais non plus chez les hommes; et cela prouve que les anciens n'étaient pas trop mauvais observateurs. Ni le buste franchement réaliste, au moins dans certaines parties, de Kicciarelli; ni celui de Giovanni Bologna, plus idéalisé, ne la présentent. Mais il est difficile de faire, à ce sujet, aux artistes des temps modernes, quelque reproche, puisqu'un naturaliste, « spécialiste des asymétries physiques et morales » , Lombroso, n'a pas su l'apercevoir. Laissons de côté, à ce sujet, Nordau, qui est un esprit systématique, sans aucune des qualités de l'observateur.

L'éminent oculiste Eichard Liebreich a mis ce fait en relief •) ; il n'est pas mauvais, peut-être, que les artistes et même les critiques en entendent parler.

!) D.r Richard Liebreich, L'asymétrie de la figure et son origine. Paris, Masson, 22 p., aTec fig., 1908.

L'asymétrie de la figure, nous dit Liebreich, est un signe caractéristique de l'espèce humaine, qui se trouve dans toutes les races et a toujours existé, en opposition avec Lombroso a) et Max Nordau :).

Mr Nordau dit, à ce sujet: « La dégénérescence se traduit, chez l'homme, par certains signes somatiques que l'on nomme stigmates. Les stigmates sont des difformités, des malformations multiples et des arrêts de développement; en première ligue l'asymétrie, c'est â dire le développement inégal des deux moitiés du visage et du crâne. L'inégalité que nous avons observée dans le développement physique défi dégénérés, nous la rencontrons aussi dans leur développement intellectuel. L'asymétrie du visage ,-t du crâne trouve, en quelque sorte, son pendant en lents facultés. »

M1 Liebreich conteste absolnmenl ces affirmations: ■ Poux la figure, au moins, c'est une erreur: il ne peut être question de dégénérescence, de stigmates, pour une déformation constante dans toutes les races, tous les temps, même les préhistoriques. »

Et à ce propos, je me permettrai une réllexion; le livre de Mr Nordau: La Dégénéresemoe, est le plus ('■tonnant mélange de science positive et de mysticisme, inconscient^ on doit le supposer, qui soit connu. L'âme, également ambiguë de Lombroso, en reçut connue un choc; le livre correspondait trop bien à ce mélange de mysticisme et de science qui est sa propre caractéristique. Lombroso n'hésita pas, lui, qui ne s'est même pas aperçu de l'existence de son voisin, a Turin, Nietzsche, à reconnaître en Mr Nordau, un génie de premier ordre; comme il lit d'ailleurs et pour des raisons identiques, à l'égard de Mr Charles Riohet,de M' Enrico Ferri, de son gendre Guglielmo Ferrero e tutti quanti. En un mot, toute la thyase de ses thuriféraires.

2) Lombroso, L'homme criminel (passim).

;) Max Nordài', La Dégénérescence, vol. I, p. 32 de l'éd. Allemande.

Malgré la livrée scientifique qu'ils donnent à leurs « affirmations », Lombroso et Nordau sont dominés, à un degré inouï, par une métaphysique mystique de Primitifs, qui les étouffe malgré eux; et qui, pour le premier, a repris la prédominance exclusive dans les derniers temps de sa vie. On tombe toujours du côté où l'on penche.

Je demande bien pardon à l'illustre Egyptologue Maspéro, de n'avoir pas encore publié le long texte du papyrus Bbers, dont il avait bien voulu me faire une traduction littérale et une savante glose. Il est dit, entre autres, en ce texte, qu'une certaine gomme qui découle d'un accacia, était un excellent remède contre la surdité, parcequ'elle avait la forme des oreilles d'âne. Les dieux bienfaisants mettaient, à cette époque, dans la nature, des objets destinés à lutter, par le bon génie qu'ils renferment, contre ces mauvais génies qui sont les maladies; et la providence avait donné à ces objets des formes caractéristiques, afin que l'homme pût les reconnaître et les utiliser. L'ancienne thérapeutique, avant Hippocrate, était dominée par ces idées; et les conceptions des hommes, en particulier celles de Lombroso et de Nordau, en sont encore foncièrement imprégnées aujourd'hui.

Ainsi donc, comme dans ces gommes en forme d'oreille d'âne, les irrégularités du corps décèlent, ou mieux, sont faites pour déceler, les irrégularités de l'âme. Mais alors, on se demande pourquoi Mr Nordau a pris la peine de constater le fait, si évident par lui même, que les attitudes philosophiques de James et de Bergson sont des réactions contre la science ; avec cette nuance, que Mr Nordau aurait pu indiquer, que Mr Bergson au moins, est bien trop intelligent pour ne pas se moquer de ses naïfs admirateurs. En tout cas, la « reazione » est préférable à la « combinazione » ; et la place de Mr Nordau, est mieux indiquée dans le groupe Bergsonien, que parmi la petite phalange de ses adversaires.

Je me suis fait souvent ces réflexions et d'autres semblables, en écoutant, devant le magnifique portrait de Michelange, aux Uffizi, de sombres nigauds dire: « mais il a une tête d'assasin ou de crimiuel. >

Les formes du crâne de Micliclange ne sont pas très rares en Italie. Mais il avait certainement souffert, pendant la gestation, son crâne en portait les traces (voir p. 213); l'asymétrie devait être très sensible. surtout Lorsque ra face, d'assez bonne heure semble-t-il, se fut amaigrie. Plusieurs médecins ont dit déjà, el ••cia semble très probable, que Micliclange était rachitique; ce qui ne l'a pas empêché de vivre jusqu'à 89 ans, et d'être l'un des plus magnifiques échantillons d'humanité que nous connaissions. En ce travail, je laisse intentionnellement de côté toute discussion anatomique, anthropologique et médicale et évite Boigneusemenl bous les termes techniques.

Mr Liebreich conclut: « Il y a une forme ordinaire d'asymétrie de la (ace, que l'on trouve dans !»7 " „ des cas. L'angle externe de l'arcade sourcilière est plus proéminent, à droite qu'à gauche. Le plan de l'orbite droite est dans le plan de la figure, celui de l'orbite gauche est en retrait. Il en est de même pour Le maxillaire supérieur, mais à un moindre degré. Dans 3% des cas, L'asymétrie est inverse. Le phénomène est spécial â l'homme; il résulte de La station verticale et de la compression exercée sur le crâne et la face de l'enfant, par le détroit osseux du bassin de la mère, pendant la gestation. »

Dans le costume, Giovanni Bologna a suivi de très près celui du buste Lionardo, qu'il avait certainement sous les yeux, et qui était certainement identique à celui du buste de Eimini. Il a seulement augmenté le renversement des deux collets, celui de la chemise et celui du vêtement; il les a rendus plus amples et peut-être plus élégants. Le premier bouton de la première série disparaît ainsi sous ce col plus vaste, le second bouton est conservé, dans sa

forme et sa position; mais la draperie surajoutée recouvre l'espace où se trouvaient les boutons de la seconde série. Giovanni Bologna a rendu plus souple, plus légère et un peu plus compliquée, cette vaste draperie pseudo-romaine, dont Vasari-Lorenzi avaient affublé le buste de la tombe et qu'il a suivie dans l'essentiel. Cette draperie, elle-même, semble avoir été une réminiscence, encore un peu amplifiée et compliquée, de celle dont Leone Leoni avait déjà affublé Michelange (voir PI. IX, p. 73), dans sa médaille 1). Le buste de la Casa Buonarroti est certainement fondu d'un seul morceau ; et la couleur spéciale, beaucoup moins jaune, du bronze, diffère entièrement de celle du buste du Bargello. Elle doit être en rapport avec la qualité de brouze qu'avait adoptée Bologna, pour ses grands travaux.

Vers 1620, Micbelange le Jeune fit placer dans la Galleria Buonarroti, qu'il avait créée au prix d'une dépense supérieure à 20.000 scudi, une statue assise de Michelange, que l'on attribue généralement, j'ignore, je dois l'avouer, sur quelles données, au médiocre sculpteur Antonio Novelli 2). Michelange le Jeune, dans sa « Descrizione », in-

!) Dans un travail ultérieur nous discuterons d'une façon plus complète, la question, d'ailleurs secondaire, des draperies des bustes.

2) Le petit catalogue, sans valeur scientifique, de la Casa Buonarroti, attribue la statue assise à Antonio Novelli. Sur quoi repose cette tradition? Novelli est né en 1600 et mort en 1664, après avoir été, pendant quelques mois, Directeur de la Galleria. Le manuscrit de la « Descrizione » étant enfermé dans les arcanes inabordables de l'Arcbivio Buonarroti, je n'ai pu en prendre connaissance et savoir s'il est daté. La copie de la Marucelliana, do la main même de Gori, ne l'est pas. Le manuscrit de Gori présente la difficulté suivante: l'inscription qui se trouve sur la statue et qui porte la date 1620, est indiquée et non rapportée. Le manuscrit, sans donner à cette information la forme d'une note, dit que l'inscription fut placée en 1680; et Micbelange le Jeune est mort en 1647. L'inscription se trouve-t-elle dans la «Descrizione», comme il semblerait, d'après la copie Gori ; je ne sais. En tout cas, je le répète, la « Descrizione », qui indique la statue, ne mentionne

dique la statue, mais ne donne pas le nom de l'auteur. Saus doute, il n'avait pas reçu, de l'œuvre, une très heureuse impression. C'est, en effet, un ouvrage extrêmement faible, comme inspiration et comme exécution. Par le corps, caricature du Lorenzo de'Medici, au tombeau de San Lorenzo, dont la statue de la Casa Buonarroti répète l'attitude; par la tête, très rajeunie - Michelauge semble avoir 4."> à 50 ans -, caricature des bustes de Ricciarelli et de Giovanni Bologna; très inférieure encore, s'il est possible, au buste déjà si médiocre de Lorenzi, à Sauta Croce. L'artiste, quel qu'il soit, a réalisé à sa manière un tour de force, en donnant un aspect insipide- pasada a L'agua til>ia, comme disent les Espagnole - h la figure, si hautement personnelle et caractéristique, du grand sculpteur. Cette figure, certainement

[l'était pas belle, au sens vulgaire OÙ les gens emploient d'ordinaire ce mot; mais elle était singulièrement puissante et expressive, si nous la jugeons par les deux seuls portraits vraiment authentiques que nous en possédions, parmi tant d'images vaines ou approximatives: la toile de Bngiardiui, a la Casa Buonarroti et surtout la tayola «le [aoopo del Conte, ;\ la Sala dei Kitratti de la (ialleria <le Florence.

Le dessin au crayon rouge, n.° '2;5.">4 de la Collection des Dessins des llli/.i, copie exacte de cette statue, a été- publié, en 1905, par M' Steinniann '), qui L'attribue à Licciarelli, mort déjà en lôi.ti. Le point d'interrogation dont Mr Steinniann

pas l'auteur. La Galleria. avant été créée entre 1617 et 1620, Novelli, qui, en 1620, avait vingt ans, n'en pourrait eue que bien «litliiilement l'auteur. Mais la Dcscriziono est peut-être «l'une époque postérieure. La copie de Gori parait tics soigneuse, et il est ditlicile de supposer qu'il ait négligé de transcrire le nom. La statue n'est pas Bignée, comme on me l'a dit à tort. Même en supposant qu'un document démontre l'attribution de la statue à Novelli. l'attribution du dessin n.° 2334, des Ufflzi, resterait encore incertaine. Mais ce sont là beaucoup de mots pour peu de chose !

J) E. Steinmann, Sixtiiu-, vol. II, p. 160, fig. 70, 1905.

accompagne cette attribution ultra-fantaisiste, uniquement fondée sur la parenté lointaine avec le type des bustes Eicciarelli, ne suffit pas à la rendre digne d'une discussion.

Mr Thode, qui trouve ce dessin « magnifique », l'attribue à un Florentin inconnu. Ce qui est surtout « magnifique », c'çst qu'il indique le dessin et la statue en des chapitres différents, sans s'être aperçu, le moins du monde, de leur parenté intime, ou, pour mieux dire, de leur parfaite identité. S'ils l'avaient simplement entrevue, Mr Thode, non plus d'ailleurs que Mr Steinmann, n'auraient pas manqué de la signaler.

Ce dessin du Seicento, très mou, très médiocre, sommairement ombré et de façon presque enfantine, resté d'ailleurs inachevé, porte, en une écriture du xvn6 se, l'attribution à Giovanni Bologna. L'extrême médiocrité du dessin, le caractère même de l'œuvre, rendent cette attribution, qui est la sœur jumelle de l'attribution de Mr Steinmann à Eicciarelli, sans doute fondée, de la même façon, sur la vague ressemblance de la tête avec le buste de Giovanni Bologna, dans la même maison, indigne elle aussi d'une discussion. L'éminent Directeur de la Collection des Disegni, Mr Nerino Ferri, qui apprécie à sa valeur cette œuvre, jugée par Mr Thode si excellente, a remplacé l'attribution à Giovanni Bologna par celle à Antonio Novelli. Je crois qu'on peut y ajouter, sans inconvénient, un point d'interrogation; elle est, en effet, elle aussi fondée uniquement sur la ressemblance avec la statue, qui n'est elle-même que par tradition attribuée à Antonio Novelli. Faut-il voir en ce dessin un projet de la statue? Fut-il exécuté d'après la sculpture et par qui? Ce sont là questions, on en conviendra, d'un bien médiocre intérêt.

Il existe plusieurs répliques immédiates, vraisemblablement fondues sur le même moule et à la même époque, du type Giovanni Bologna, à la Casa Buonarroti. Elles furent, suivant toute probabilité, exécutées à Florence, sous la direction de l'artiste, qui disposait d'énormes quantités de

bronze, et ne diffèrent entre elles que par un degré de limage et de ciselage plus ou moins avancé. Ce sont : outre le buste de la Casa Buonarroti, le buste de l'Aceadeinia, à Florence; le buste de la Brera, à Milan; la tête d'Oxford; la tête du Capitole; le buste Piot, au Louvre; le buste de bronze de la Collection Bonnat, à Bayonne; le buste Piaud, s'il n'est pas le buste Bonnat, ce qu'il m'est impossible de savoir, parcequ'il n'a été ni décrit ni figuré; et enfin la tête très imparfaite du Castello St'orza. On peut également rattacher à cette famille, le buste de marbre de la Collection Bonnat, à Bayonne. Il existe enfin un autre buste de lu-onze, celui de la Collection André, reproduit ici d'après une photographie que m'a envoyée .Mr Bertaux, Oonaervateur de ce Musée. On le trouvera, en mon tableau, indiqué : n i \ trois places différentes qu'on pent hypothétiquement lui attribuer. L'ancienne gravure de ce buste montre bien <pi"il esl Identique au buste de la Collection Beurdeley, qui passa ensuite dans la Collection Oottier.

Mutin, un dernier buste, celui de M' Y' Lieberniann. à Berlin, dont Mr Bode a bien voulu me taire parvenir la photographie, représente une forme tout à tait aberrante du type Giovanni Bologna, dont cependant il dérive certainement.

Résumons l'histoire des buste- dont il a été plus spécialement question jusqu'ici et étudions les autres avec quelque détail (voir le tableau à la fin du volume).

Les documents nous apprennent que Kicciarelli et ses garzoni ont exécuté trois bustes; deux pour Liouardo, un troisième pour sou garzone, Diomede Leoni.

Ier BUSTE DE LlONARDO

Il fut certainement rapporté, par Lionardo, à Florence. Il servit successivement de modèle au buste de Giov. Batt. Lorenzi, pour la tombe de Santa Croce; et, plus tard, au

modèle corrigé, embelli, rajeuni, de Giovanni Bologna. Lionardo, à qui il ne plaisait pas, s'en débarrassa, on ne sait ni quand ni comment. En 1620, lorsque la Galleria de la Casa Buonarroti fut créée par Michelange le Jeune, fils de Lionardo, ce buste ne se trouvait plus, probablement depuis longtemps déjà, à la Casa Buonarroti. On ne sait pas, de façon certaine, ce qu'il est devenu. Il est possible que ce soit le buste actuellement à la Collection André, autrefois à la Coll. Beurdeley, puis à la Coll. Cottier; mais c'est là une opinion assez peu probable. Une autre opinion, plus improbable encore, est que ce buste soit celui de Eimini.

IIe Buste de Lionardo

(PI. H, p. 25 et couverture)

Lionardo le donna, en 1566, à Antonio del Francese, le dernier domestique de Michelange; qui, lui-même, le donua à Guidobaldo II délia Eovere, Duc d'Urbino. Il ne fut pas porté, comme on l'a généralement affirmé, par la Princesse Vittoria délia Eovere, à Florence. Il semble certain que ce soit celui qui se trouve actuellement au Museo Civico de Eimini.

Buste de Diomede Leoni

(pi. in, p. 3i)

Ce buste fut acheté, en 1590, à Siena, de l'eredità de Diomede Leoni, pour le compte des Medici. La comparaison avec le buste de Eimini, montre que le buste de Diomede Leoni est celui qui se trouve actuellement au Bargello.

Buste du tombeau de S.ta Croce

(PI. IV, p. 37)

Fut exécuté, entre 1568 et 1570, par le sculpteur Lorenzi, sous la direction de Vasari. Lorenzi s'inspira du buste de Lionardo, modifié par Vasari, suivant une direction conforme

à son image de Michelange, dans la gravure sur bois qui sert de frontispice à la Vita du grand artiste, publiée en 1568.

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