TYPE DE GIOVANNI BOLOGNA
Giovanni Bologna est le créateur d'un type embelli et rajeuni, créé par lui, à l'instigation de Lionanlo, qui trouvait le buste de Iticciarelli « troppo brutto, troppo veochio ». Ce modèle fut moulé ou copié, dans tous les autres bustes qui suivent.
Buste de la Casa I'.i <>\ akuoti (PL v. p, in
Ce buste est l'exemplaire exécuté pour Lionardo par Giovanni Bologna. Il est identifié par la déclaration formelle de Michelange le Jeune, dans sa Desorizione délia Galleria, de la Casa Buonarroti, rédigée peu après L520.
Buste de l'Accadkmia i>i i i.i: I'.ki.i.i: Akti m: Floi:kn< i
C'est l'un des neuf exemplaires connus <lu type Giovanni Bologna. Je n'ai pu connaître sa provenance immédiate, qui
n'a d'ailleurs qu'un médiocre intérêt. Il porte une draperie pseudo-romaine, du même type que celle du buste du Bargello, mais non Identique; et aussi du même type que celle des bustes du Capitole et de la Brera. Je ne puis affirmer, de façon certaine, s'il a été fondu d'un seul jet, ou s'il est en deux morceaux.
Buste de la Brera à Milan
La première indication de ce buste, à ma connaissance au moins, est due à Mr Bode 1). « Ein dem Piotschen min-
!) W. Bode, Kunstkronik, vol. XIII, 1878, p. 753.
destens gleichwertigen Guss sich in der Brera zu Mailand befindet ». Tous les autres auteurs, sans aucune exception, qui se sont occupés des portraits de Michelauge, sont muets au sujet de ce buste. Seul, Mr Oarotti, dans son ouvrage, précédemment indiqué, sur la Collection Melzi, en fait mention, mais en le citant simplement. Mr Modigliani, sur la demande de Mr Eicci, m'en a communiqué une photographie qui, pour le moment, est inédite et que je publierai plus tard. Je n'ai aucun renseignement sur l'origine de ce buste; je ne sais quel est le degré du ciselage et du limage; s'il est en un ou deux morceaux. Le vêtement et la draperie ressemblent beaucoup à ceux (en marbre) du buste du Capitole et à ceux de l'Accademia et du Bargello, de Florence. Le gros bouton, sur l'épaule droite, très commun chez les bustes romains, ne se trouve sur aucun des autres bustes à draperie: Capitole, Bargello, Accadeinia, Casa Buonarroti, tombeau de S.te Croce. La tête est inclinée sur la poitrine, exactement comme celle du buste de la Casa Buonarroti. La tête, la barbe et la moustache sont identiques à celles du buste de la casa Buonarroti.
Tête d'Oxford
La première indication s'en trouve dans J. C. Eobinson *), en 1870, qui la considère comme l'œuvre d'un grand sculpteur, et suggère qu'elle pourrait bien être de Ricciarelli. Fortuum la signale dans son I.cr mém. (1875). Dans son IL6 mém. (1876), Fortnum en donne les mesures. Ses considérations ont aujourd'hui perdu tout intérêt. D'après Fortnum, cette tête ne serait pas ciselée. Une bonne photographie, exécutée par Soame, de Londres, en a été publiée, en 1902, dans l'édition anglo-
*) J. C. Robinson, Critical accoitnt of the drawings of Michelangelo and Rafaello in the University Galleries Oxford (Aujourd'hui Ashmodean Muséum). Oxford, 1870, p. 101, n.° 90.
américaine du Cortigiano, de Baldassare Castiglione ï). Le texte qui l'accompagne, est d'un auteur ignorant et présomptueux. C'est, en effet, comme l'a dit Fortnum, nne excellente cire, non retouchée. Ce n'est pas un buste, mais une tête, coupée à la naissance du cou.
Mr Thode, en 1908, consacre à la tête d'Oxford, sous le n.° VII, deux lignes dépourvues d'intérêt, qui témoignent uniquement de son peu de souci de recueillir des informations récentes, au sujet des bustes qu'il a étudiés. 11 croit que la tête est encore aux University-tialleries - auxquelles l'offrit Woodburn-,qui n'existent plue depuis bien longtemps et qu'elle y est encore affublée de son buste de plâtre pseudoantique. 11 y a longtemps également que ce buste a été remplacé par un support de marbre, semblable à celui de la tète Piot, au Louvre; ainsi que me le communique le Prof. Bell, d'Oxford.
Buste du Palais des Ooxseryatei i;s ai Capitule
Ce buste tut donné au sénat Romain, par le célèbre antiquaire Romain Antonio Borioni, comme le «lit l'< eruditissimo » abbate Ridolfino Venutà '-'), dans 1' - Blogio » qui accompagne une bonne gravure, en contrepartie, du buste.
J) Tito Book ofthe Courtier, liy Cniiiii BiJ ISTIGLIOMl il !
translatée! from the italian and annotateâ by L. Bokstein Opdycke.
London and New York, 190''. N'est pas à Florence; se trouve à la Ril>l. Vitt. Kumi., de Rome: Begn. 215, 34. I
2) Collectionea antiquitatum Bomanemm gua» œntum tàbulii amteis incisas et a Eodulphino Wintii Aoad&n/ioo etrusco Oortonensi noiie illu- Btratas exhibet Antuniiix Horioni. Ronia, 173(1. Tav. (lit; hl<i'iii<m , p. 72. L'éloge, d'un latin vulgaire el amponlé, ainsi que l'inscription, sont reproduits dans la Vie de Miclielniipe. par Condivi, édition Gori, Firenze, 174») ; Préface, p. xx : et dans la réimpression de cette édi tion, dite Capurro, Pisa, 1823, qui t'ait partie de la Collcione di ottimi scrittori Italiani in xiipplemeiito ai OlaSBÎci ltnliani, vol. XXI. 11 est fâcheux que, dans cette réimpression, on n'ait pas utilisé les notes
C'est la première indication concernant ce buste que nous connaissions. L'inscription, autrefois placée sous le buste, indiquait que Clément XII donna l'ordre, en 1730, de l'exposer au Palais des Conservateurs. Dans 1' « Elogio », le nom de Bicciarelli n'est même pas prononcé. Suivant toute apparence, Venuti croit le buste exécuté par Michelange luimême. Il dit que le buste fut donné par Michelange à quelqu'un de ses amis; et que la Divine Providence eut la bonne idée de le faire tomber entre les mains bienfaisantes de l'antiquaire Borioni.
Dans son édition des Vite, de Vasari, en 1760, Bottari x) dit, à propos de ce buste: « Questo è forse quello che fece Daniello, rammentato qui dal Vasari ». Il faut surtout voir dans cette phrase une réaction contre la théorie d'un autoritratto.
Titi, dans son Guide de Borne, en 1763 2), signale seulement, en le louant, mais sans aucun commentaire sur son origine et sa signification, le buste du Capitole.
Von Eamdohr 3) le signale également.
En 1836, Pietro Eighetti 4), dans son grand ouvrage illustré sur le Capitole, figure le buste. Il s'exprime de la façon suivante, à son sujet: « La comune opinione porta che lo stesso Michelagnolo modellasse il ritratto suo e scolpisse il busto.... Questo ritratto è interamente somigliante all'altro, dipinto da se stesso, siccome è fama ed esistente nella Galleria Capitolina ». Eighetti fait allusion à la tavola du Capitole, alors
préparées par Gori pour une nouvelle édition, qui se trouvent à la Bibl. Marucelliana : Filza A-2 ; et qui sont restées ignorées, jusqu'à leur publication partielle par Fanfani, en 1876.
i) Vasari, Vite. Ed. Bottari, vol. III, p. 294, note 1. Rouia, 1760.
2) Pandolfo Titi, Descrizione délie Pithtre, Scultnre, Architetture esposte al pubttco in Borna, p. 476. 1763.
3) Fr. von Ramdohr, TJeber Mahlerei umd Bildhaucrarbciten in Boni fiir Liebhaber des Schonen. 1787.
4) Pietro Righetti, Descrizione del Campidoglio , p. 53, pi. CCXLVIII. Roma, 1836.
attribuée également à Michelange lui-même; mais que déjà les gens doués d'un peu plus de sens critique, ou même, plus simplement, de bon sens, attribuaient, suivant une tradition dont je n'ai pu encore contrôler les origines, et qui très probablement est exacte, à Marcello Venusti, disciple de Micbelange. Enfin, Righetti trouve que le buste est « ancora assai conforme all'altro ritratto clic si scorge nell'ambulacro presso la sagristia délia chiesa de'S.S. XII Apostoli». C'est là un bel exemple de suggestion, qui sera étudié plus loin, à l'occasion de ce monument (voir PI. XII. p. 113).
L'année suivante, des auteurs aussi sérieux que Platner et Bunsen1), répètent encore, Bans même la critiquer, l'attribution d'auto-iit ratto. Les réserves «le Bottari, marquées au coin du bon sens, sont oubliées. Les temps écoulés ne marquent pas toujours un progrès.
Gotti (1875) ne t'ait aucune allusion à ce buste.
Milanesi (1875, 81): « Tra i ritratti di rilievo in bron/.o, uno che ha la Galleria de] Oampidoglio, oelebratissimo, che alcuni, tanta è la sua beUezza, vogliono riconoscere perquel medesitno del Ricciarelli che ri corda il Vasari ». Bfalgré que Milanesi, comme il lui arrive parfois, ne cite pas sa source, on la reconnaît immédiatement ; ce sont presque les paroles textuelles <le Bottari. Le reste <le son mémoire, au sujet des bustes, a'esl qu'incertitude et confusion. Il n'en cite qu'un petit nombre; et même pas tous ceux que certainement il connaît.
Fortnum (I.er méin. 1875) rejette L'hypothèse d'un autorit ratto et pense qu'il s'agit de l'œuvre de Kicciarelli. Du IL0 mém. (1876), nous n'avons à retenir que cette appréciation exacte: « le buste est largement et rudement ciselé ».
Mr Thode (1908), n.° IV, pense que c'est l'exemplaire de Diomede Leoni. La seule raison de son affirmation est, évi-
x) Platnee und Bunsen, Besckreibuny âer Bom. Vol. III. Partie I, p. 122. 1837.
déminent, que le buste se trouve à Borne. Il ignore la publication de Miintz, en 1895, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions (voir p. 16); et, par conséquent, ne sait pas que le buste de Diomede Leoni fut acheté, à Sieua, en 1590, de l'«eredità di Diomede», pour le compte des Medici.
La disposition du triple collet et du vêtement de dessous, avec son bouton unique, sont les mêmes qu'au buste du Bargello; avec beaucoup moins de netteté. Cette partie, mal venue à la fonte, n'a pas été ciselée. Le buste proprement dit est en marmo bigio, identique, sauf de très légers détails, à celui en bronze du Bargello.
Les têtes sont inclinées sur la poitrine de façons très différentes; ce qui, pour une certaine part au moins, provient de ce que le buste du Bargello appartient à la famille Bieciarelli, le buste du Capitole, à la famille Bologna. L'un des deux bustes (poitrine, draperie) a été certainement copié sur l'autre; lequel? C'est une question délicate et difficile à résoudre, d'ailleurs d'assez médiocre importance; mais cependant soluble, me semble-t-il et qui sera étudiée dans un autre ouvrage.
Il est possible et même assez probable, qu'il y ait eu autrefois, à Borne, d'autres bustes de la famille Giovanni Bologna; c'est sur un de ces bustes, nous le verrons plus loin (p. 83, sqq.), que fut copié le portrait de Michelange à la fresque de l'Assunta, de S.ta Tiïnità Dei Monti, attribué par Mr Steinmann à Bicciarelli lui-même, qui, en effet, est bien l'auteur de la fresque, mais non du portrait, repeint très postérieur.
Buste Piot - Louvre
La première indication que nous connaissions, au sujet de ce buste - qu'il faut bien se garder de confondre avec le buste Piaud -, nous est fournie par Fortnum (IIe mém 1876),
où il dit que ce buste fut acheté par Piot, à Bologne. Fortnum regrette de ne pas l'avoir acquis pour son propre compte, pendant son séjour en Italie, en l'hiver 1875-76.
Piot exposa ce bronze, en 1878, à Paris, et lui consacra, lui-même, un article *) aussi enthousiaste que naïf. Il célèbre la beauté de son buste, qui est en effet une bonne cire, à peine ciselée et limée, si même elle l'est, moulée sur le type Giovanni Bologna, à la Casa Buonarroti. Bien entendu, de cela, Piot n'a pas le moindre soupçon.
Milanesi dit-il « a communiqué un document très rouit mais très explicite et qui ne laisse presque plus rien à désirai à ce sujet». Il entend par là la lettre de donation d'Antonio del Francese à Guidobaldo, qui a été eu réalité publiée par Gotti et que Piot arrange de la manière la plus fantastique. Faut-il le dire, Piot ne connaît pas les documents publiés par Daelli; et, ce qui est plus fort encore, ceux qu'a publiés Gotti. Il ignore ou feint d'ignorer l'existence des bustes de Ricciarelli. Il laisse supposer, sans oser le dire expressément, car vraiment il est trop mal à l'aise dans la question, que le buste serait de la main de Miohelange luimême; mais il affirme que Lionardo aurait ignoré son existence. Enfin, à travers maintes vicissitude- inconnues et après avoir servi de modèle à tous autres bustes, d'après lui, tous plus ou moins défigurés, il serait passé, des mains du Duc d'Urbino eu celles de Piot.
Lorsque l'on vit, pendant des mois, dans ce dédale, où l'ignorance, l'erreur et le mensonge se cottoient et s'entremêlent constamment, on finit, et cela je peuse ne surprendra aucun lecteur, par se trouver dans un état chronique d'irritation.
Dans son article sur cette exposition, M1 Bodo apprécie
l) E. Piot, La sculpture à l'exposition rétrospective du Troeaâéro. Gaz. des Beaux Arts, 1878, vol. XVIII, pp. 598-600, gravure du buste à la p. 596.
les bonnes qualités du buste; mais il dit que Piot l'attribue à un élève de Micbelange, que Mr Bode non plus ne sait pas reconnaître. Mr Bode se trompe, Piot n'a rien dit de cela; et son silence est destiné justement à faire entendre que le buste peut être l'œuvre de Micbelange. Mais la façon dont s'exprime Mr Bode, en ce court article, témoigne qu'il n'est pas très au courant, à cette époque, de la question des bustes. Il ne s'en était évidemment pas occupé; ceux qui l'avaient étudiée, la connaissaient il mieux?
L'étude de Mr Tbode, en 1908, témoignera que la question est toujours restée au même point.
En 1881, Milanesi proteste contre la prétention de Piot de posséder le buste Antonio del Francese-Guidobaldo. Milanesi affirme que ce buste a été porté à Florence, par la Princesse Vittoria et que c'est celui du Bargello. Nous l'avons vu, la Princesse Vittoria n'a porté aucun buste à Florence; et le buste du Bargello est celui de Diomede Leoni.
Milanesi ignore, non seulement que le buste de Eimini est celui de Guidobaldo, mais même l'existence d'un buste de Micbelange au Mnseo Oivico de Rimini, qui n'est pourtant pas bien loin de Florence.
La vraie question, la différence de style des deux familles de bustes: Eicciarelli et Giovanni Bologna - et le buste Piot est un très bon représentant de cette dernière famille -, est aussi ignorée de Milanesi, en 1875 et 1881, qu'elle le sera de Mr Tbode et de Mr Steinmann en 1908; et qu'elle l'est encore aujourd'hui.
Le cou n'a pas été coupé à la naissance, comme dans les bustes d'Oxford et du Oastello Sforza. Le triple collet y figure, au dessus d'une étroite portion du thorax, et est tout à fait semblabe à celui du buste de la Casa Buonarroti. Le Buste Piot, qui se trouve actuellement au Louvre, est identique sauf peut-être de légères différences de limage et de cisellage, impossibles à apprécier d'après les seules photogra-
phies, au buste de bronze du Musée Bonnat, à Bayonne; qui lui-même n'est, suivant toute probabilité, autre chose que l'ancien buste Piaud.
Buste PiATJD-BoînsTATÎ
(PI. VI, p. 63)
Malgré l'assonance, il est bien certain qu'il existe un buste ayant appartenu a un collectionneur «le ce nom; et si ce buste n'est pas le buste de bronze qui en trouve actuellement dans la Collection Bonnat, j'ignore ce qu'il est devenu. Je serais, dans ce cas, reconnaissant à ceux qui pourront me donner des informations à son sujet.
Dans un article publié en L865 l) et spécialement consacré au buste de la collection Heurdelev. pas«,é ensuite dans la collection Cottier et enfin dans la collection André, ee buste est ainsi indiqué: «C'est aussi un buste superbe que celui de Michelange. Une tête jetée sur le même moule a paru à la vente de Mr Piaud. »
Dans son bref article, déjà cité, consacré à cette Exposition, Mr Bode 2), après avoir parlé «lu buste Piot, signale également un second buste de Michelange, de moins bonne qualité «Die Ansstellung (du Trooadéro) zeigt aoeb ein zweitea Bxemplar dièses Kopfes von geringeier Qualitat. • Serait ce le buste Piaud, qui y aurait eu'1 exposél Comme, dans l'un et dans l'autre article, nous n'avons ni représentation ni description de l'objet, uous nous trouvons en présence des deux hypothèses suivantes. Ou le buste Piaud est passé dans la collection Bonnat, ou bien il est momentanément égaré. Il ne saurait être aucun des autres bustes actuellement connus.
Le buste Piaud, étant sigualé dans une vente antérieure
q Paul Maxtz, Musée Rétrospectif. La Renaissance et les temps modernes. Gazette des Beaux Arts, vol. XIX, p. 330, 1865. 2) Kunstkronik, vol. XIII , p. 753, 1878.
à 1865, ne peut être confondu avec le buste acheté par Piot, à Bologne, en 1875.
Au mois d'août dernier, sachant seulement l'existence, au Musée Bonnat de Bayonne, d'un buste de marbre dont il sera question plus loin, et qui avait été publié dans un ouvrage qui ne se trouve, ni à Florence, ni à Borne, j'écrivis au Directeur de ce Musée, lui demandant des renseignements concernant le buste de marbre. Très longtemps après, le Directeur me répondit, en se bornant à me donner, pour tout renseignement, l'adresse d'un photographe de Bayonne. C'est par ce photographe, et ainsi, grâce au plus grand des hasards, que j'ai appris l'existence d'un buste de bronze au Musée Bonnat. La photographie m'a montré que ce buste est identiquement semblable au buste Piot-Louvre.
Le buste Bonnat est il le buste Piaud? Cela me paraît très vraisemblable; mais le buste Piaud n'ayant jamais été décrit, ni surtout figuré, il est impossible de l'affirmer. En 1878, Mr Bode indique, à l'exposition du Trocadéro, un buste « de valeur inférieure » à celle du buste Piot. Sur les photographies, le buste Piot et le buste Bonnat me semblent identiques; mais il n'est pas non plus certain, bien que ce soit aussi très probable, que ce second buste soit le buste Piaud. Mantz, en 1865, dit que le buste Piaud est « jeté sur le même moule que le buste Beurdeley » , devenu plus tard Oottier, puis André. Si cela était exact, le buste Piaud ne serait pas le buste Bonnat, qui est très différent du buste André. Mais Mantz a pu commettre une erreur. Je serais d'autant plus porté à le croire, qu'une erreur tout à fait identique a été commise par un critique aussi excellent que Mr Bertaux. Avant de m'envoyer la photographie du buste de Musée André, dont il est le Conservateur, Mr Bertaux m'avait assuré que le buste André, c'est à dire l'ex-buste Beurdeley, dont parlait Mantz, est identique avec le buste Piot-Louvre, lui même frère jumeau du buste Bonnat. Or, en étudiant le buste Benrdeley-Cottier-André, nous ver-
Pi,, VI. liu >i«- I'i.im.i Itoiuiul . .1 IJttj onne,
rons que cela est tout à fait inexact. Mantz a donc très bien pu dire que le buste Beurdeley et le buste Piaud étaient «jetés sur le même moule», alors que ce n'était pas exact. Je puis, aujourd'hui, au premier coup d'œil, distinguer des nuances qui m'échappaient complètement, il y a seulement quelques mois; et l'erreur de Mantz, aiusi que celle de Mr Bertaux, serait tout à fait excusable.
TÊTE DU OASTELLO SfORZA À MlLAN (PI. VII, p. 67)
La tête de bronze du Castello Sforza, à Milan, provient de la collection faite, au début du XIX' siècle, par la peintre Giuseppe Bossi, de Milan. Comme pour la tête d'Oxford, le cou est coupé a sa naissance.
La première indication que je connaisse de ce buste, se trouve dans Fortnum (IIe Mém. 1876). Il n'a pu s'en procurer les mesures; mais, pour lui, ce buste est du même modèle que les autres. Mr Thode l'a signalé, eu 1908, sans rien dire d'intéressant à son sujet. Cette tête n'a été ni ciselée ni limée. Les surfaces sont extrêmement inégulières; mais, sans parler des cheveux, qui sont les mêmes exactement dans tous les bustes, la barbe, quoique médiocrement venue, classe ce buste, d'une façon absolument nette et certaine, dans la famille des bustes Giovanni Bologna.
J'ai montré à Mr Elmquist, dont j'ai déjà parlé, les diverses photographies. Tout en partageant, bien entendu. mon opinion, au sujet des familles en lesquelles, surtout d'après la barbe, mais aussi d'après le type général de la physionomie, j'ai divisé les bustes, et au sujet de la classe à laquelle celui-ci appartient, il serait disposé à y voir un prototype, une sorte d'essai imparfait, de la famille Bologna. Déjà Fortnum, mais d'une façon confuse et peu claire, semble trouver, dans certains caractères de cette tête, sinon la preuve, au moins l'indication que ces bustes furent exécutés
directement d'après un masque; et celui-ci serait alors le plus fidèle représentant du surmoulage du masque. Cette opinion nous semble inadmissible; nous l'avons déjà dit et nous y reviendrons. J'en appelle, moi-même, au jugement de Mr Elmquist, lorsqu'il aura en main tous les éléments d'information.
La théorie qu'il s'agisse ici du moulage d'un masque, a été soutenue par Mr Sartorio, dans un travail que nous retrouverons plus loin, à propos du faux masque de l'Accademia di San Luca. Mr Sartorio ne s'embarrasse^ pas un instant du fait qui, à lui seul, suffit à détruire sa double thèse, que les deux prétendus masques n'ont, l'un avec l'autre, aucun rapport ni ressemblance. Ce n'est pas, en réalité, une théorie, mais une affirmation purement gratuite.
Je crois qu'il s'agit, tout simplement, d'une mauvaise cire, mal coulée dans un mauvais moule de plâtre, du modèle Bologna. Les défauts sont si graves, qu'on n'aurait pu les dissimuler par le ciselage et le limage. Par exemple, la longue craquelure qui intéresse tout l'œil gauche, avec les paupières, ne saurait être dissimulée ; et cette tête irréparable aurait été laissée telle quelle, alors qu'elle eût dû retourner à la fonte, comme les boutons de culotte de Peer Gynt. Il est possibile que ce soit un médiocre essai d'un garzone de Bologna; ou bien, ce qui me semble plus vraisemblable, l'opération aura pu être tentée plus tard, dans un autre atelier.
Buste Beukdeley-Cottier-André
(PI. VIII, p. 71)
Ce buste est indiqué, pour la première fois, en 1865, dans l'article de Paul Mantz cité plus haut, dénué aujourd'hui de tout intérêt; heureusement accompagné d'une représentation qui, hélas, n'est pas une photographie, mais une assez bonne gravure. Le buste avait été prêté à une exposition, par son propriétaire, Beurdeley.
En 1875, Gotti et Milanesi ignorent l'article et le buste.
1 1 Mi- .i
Pl. VIL - Tête de bronze du Castello Sforza, ;i Milan.
En 1881, Milanesi n'en parlera pas d'avantage, malgré les deux publications de Fortnum parues dans l'intervalle, où il est indiqué et décrit.
Dans son Ier mém. (1875), Fortnum indique seulement l'article de 1865, en attribuant à l'auteur, Paul Mantz, quelques affirmations qu'il n'a pas émises en réalité. Dans le IIe mémoire (1876), Fortnum le décrit de la façon suivante: « Le buste appartenant à Mr Cottier, de Paris, qui l'acheta de Mr Beurdeley, est une fonte moins réussie que la tête Piot. La tête est sur un demi-buste, de plus petite taille que les autres et en diffère par la draperie. Ce buste représente la partie supérieure d'une tunique, étroitement boutonnée jusqu'au col. Il a pu être légèrement retouché ;\ la lime, niais non par une main artistique. »
Lorsque Mr Bertaux, Conservateur du Musée André, a bien voulu m'envoyer la photographie du buste qui se trouve à la collection André et qui, s'il est nu Imste nouveau, n'a encore été ni décrit ni figuré par personne, j'y ai reconnu immédiatement, en raison de sa tunique si caractéristique et semblable a celle du buste de Bimini, le buste figuré dans la gravure de lsii5. Les seules indications que l'on trouve au Musée André sont les factures, que M' Bertaux n'a pu encore dépouiller; mais la comparaison avec la gravure ne laisse prise ;\ aucun doute. Le buste Beurdeley-Oottier est certainement devenu le buste André ').
Il m'est impossible, en raison de l'absence de description, de décider si c'est au buste Cottier ou au buste Piaud, on a quelque autre buste alors exposé, que fait allusion Mr Bode, en 1878, dans son article cité de la Kunstkronik. Mr Thode, dans son travail de 1908, sous le n.° VIII, dit, à propos de ce buste Beurdeley-Cottier : « Kleinere Bronzebiiste in der Sammlung Simon in Berlin. Sie kam ans dem Besitze des Mr Beurdelet (sic) (Gaz. d. B. A., 1865, XIX, 331, in die
J) Voir nota bene de la p. 109.
des Mr Maurice Cottier, dann nach Berlin. » Or, il n'existe aucun buste de Michelange, dans les deux collections Simon, de Berlin; j'en tiens l'assurance de Mr Bode lui-même, et de Mr Kern, assistant des Musées Impériaux de Berlin. De la collection Simon, me vient, par l'aimable entremise de Mr Bode, la photographie d'une plaquette ronde de bronze, qui est une très mauvaise copie, quant à la tête, mais une copie très fidèle, quant au buste et au vêtement, de la médaille Leone Leoni. On la trouve reproduite en ce travail, PI. IX p. 73, d'après cette photographie communiquée par Mr Bode. Le buste Beurdeley-Cottier n'est pas, non plus, dans aucune autre collection de Berlin. A Berlin, n'existe, à la connaissance de Mr Bode, d'autre buste tde Michelange que le buste Liebermann, que m'a également envoyé Mr Bode et qui est reproduit ici. S'il existait d'autres bustes de Michelange, à Berlin, Mr Bode, qui a eu l'extrême obligeance de s'occuper de la qiiestion pour moi, n'eût vraisemblablement pas manqué de me le faire savoir. De plus, la comparaison avec la gravure de la Gaz. des B. A. 1865, montre que certainement le buste Beurdeley-Cottier est devenu le buste André. Ce buste Beurdeley-Cottier-André, mesuré (n.° VI) par Fortnum, est sensiblement de même dimension que tous les autres; il n'est donc pas plus petit, comme le dit Mr Thode. Cependant, chose admirable, Mr Thode (n.° VIII) décrit ce buste dans la collection Simon, où il ne se trouve pas (le même fait se reproduira plus tard, à propos du Palais Strozzi, où Mr Thode placera et décrira un portrait qui n'y existe plus depuis 1871): «Merkwurdige Unregelmiissigkeiten in der Bildung des Schiklels uud einzelner Gesichtformen aufweisend, ist sie doch ungemeiu ausdrucksvoll. Der Kopf ist gesenkt, wie iu entriickter Stimmung. Die Kleiduug besteht in einem vorne gekndpften Bock mit Klappkragen. Nicht von der Haud Danieles, sondern von einem anderen Kunstler. » Cette description peut se rapporter, de façon bien vague il est vrai, à la plaquette, eu raison de ces irrégularités
l'i.. VIII. - Buste <!<• la Collection André, à Paris.
(Photographi iditi coiumuniquéi pal M1 Bertaux).
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Pl. IX. - Plaquette <!<• bronze de La Collection Simon, à Berlin.
(Photographie inédite < manlqaéo pu M" i
du crâne; mais, Mr Thode décrirait alors cette plaquette comme un buste et il ignorerait quelle est la copie de la médaille Leone Leoni. Dans l'article consacré à la médaille même, Mr Thode ne dit pas un mot de sa réplique, à la collection Simon. S'il s'agit du buste Beurdeley, pourquoi Mr Thode le place-t-il à la collection Simon? A propos du buste de marbre de la collection Bonnat - Mr Thode, comme d'ailleurs tout le monde, ignore la présence d'un buste de bronze dans cette collection -, Mr Thode. d'après la reproduction de Gonse, dira: (n.° X) « Auch ist der Kopf ganz in Vorderansicht (la plaquette Simon est an parfait profil). Die Draperie scheint nur ans dem wn Jahrhundert zu stammen. Sie wurde nicht naeh Danieles Werk, BOndern naeh der kleineren Simon'schen Bronze, n." VIII, ansgefuhri ; wir tinden dieselbe Dnregelmassigkeit and den gleiohen Rock. Der Kiinstler gehort dem Kreise der Sohuler des Meisters an.- Nous reviendrons SUT ee buste de marbre de la Coll. Bonnat, dont la tête ne présente pas du tout les irrégularités de la médaille Leoni et de la plaquette Simon, avec lesquelles, d'ailleurs, elle n'a rien à faire; admirons seulement, en passant, la science de ME1 Thode, qui peut attribuer au cercle des élèves du Maitre, cel objet, tellement hypothétique, qu'il m'est absolument impossible de discerner de quoi il peut bien s'agir. 11 n'existe rien, à Berlin, à ma connaissance, en tout cas à la collection Simon, qui v corresponde. Il est très vraisemblable, en effet, que la draperie du buste de marbre Bonnat soit du XVII siècle; mais, que pourrait elle avoir de commun alors, avec celle de la plaquette Simon. qui est la copie exacte de la draperie de la médaille Leoni. -J'ai exposé toutes les erreurs et confusions de Mr Thode; quant à en rechercher les causes et à en débrouiller la psychologie, je suis certain que 3Ir Thode, lui-même, serait impuissant h les retrouver. En prenant des informations plus précises M1' Thode aurait pu facilement éviter la plupart des erreurs dans lesquelles il est tombé.
Ce qui est infiniment plus intéressant, c'est la place que l'on peut assigner à ce buste, encore énigmatique, dans notre tableau des bustes. Les hypothèses qui lui sont possiblement applicables, sont au nombre de trois (voir le tableau).
Le buste André peut être l'un des deux bustes remis à Lionardo, celui qu'il porta à Florence, où certainement il ne se trouve plus ; l'identité du thorax et la presque identité du vêtement avec ceux du buste Eimini plaideraient en favenr de cette supposition. L'aspect général de la physionomie et les proportions des parties de la face, l'inclinaison de la tête, les rapports de la barbe avec le triple collet, rappellent, de très près, le buste de Eimini et aussi le buste du Bargello. Le buste André est, très nettement, d'un type Ricciarellesque. Cependant, la barbe est absolument semblable à celle des bustes de Giovauni Bologna. Sauf cet unique caractère, le buste est apparenté, de bien plus près et sans comparaison, aux bustes Ricciarelli, qu'aux bustes Bologna. Que devient alors ce caractère dominateur de notre classification: la barbe, aux formes si distinctes, dans le buste de Eimini et le buste de la Casa Buonarroti? Doit-on supposer que Ricciarelli ait fait, pour Lionardo, deux modèles, l'un à barbe fortement bifide, tirebouchonnée, qui fut donné à Antonio et est venu à Eimini ; et l'autre à barbe en éventail, qui serait le buste André.
Cette hypothèse, qui s'appuierait surtout sur la grande ressemblance de proportions et d'expression dans les bustes de Rimini et André est, à mon sens, infirmée, par la mauvaise qualité de la cire et les grosses défectuosités de la surface, que l'on n'a même pas tenté de corriger. En effet, le buste de Rimini, frère de celui du Bargello, est d'une qualité tellement supérieure à celle du buste André, qu'on comprend difficilement comment Lionardo aurait donné le premier au domestique et porté le second à Florence. Si cette première hyphotèse était cependant exacte, on s'expliquerait alors comment, dans son type de la Casa Buonarroti, Bo-
logna ait copié la barbe du précédent, au lieu de créer un modèle de barbe nouveau.
On peut aussi inverser les ternies: supposer que le buste de Kimini soit le buste de Lionardo; le buste André, celui de Guidobaldo. Comme nous ne savons rien sur les péripéties subies par ces bustes, lorsqu'ils turent sortis du Palais d'Urbino et de la Casa Buonarroti, on ne peut affirmer que cela soit impossible; cependant, la présence à Riniini du buste Guidobaldo, est bien plus vraisemblable que celle du buste Lionardo.
Une autre hypothèse, peut être plus probable, consisterait à voir, en ce buste, un premier essai, imparfait, de Giovanni Bologna, dans lequel il aurait modifié la barbe calamistrée. Mais, Michelange n'étant pas suffisamment rajeuni et embelli, ce type aurait été abandonné.
Enfin, comme troisième hypothèse, de beaucoup, il esl vrai, la moins vraisemblable, on pourrait supposer qu'il s'agisse d'une médiocre tentative postérieure, peut-être même indépendante de Bologna <t de son atelier, dans laquelle on aurait essayé de combiner les deux types l'un avec l'autre.
J'ai représenté, en les accompagnant de points d'interrogation, ces trois hypothèses, dans mon tableau. Tons ceux qui ont quelque culture des sciences naturelles, et surtout ont étudié les systématisations spécifiques, seront frappés de l'analogie présentée par ce problème, avec Us difficultés qui, à chaque instant, se posent au naturaliste, dans ses tentatives de classifications phylogénétiques.
Buste de makbke Bonnat
Ce buste de marbre se trouve au Musée Bonnat, à Bayonne; il a été reproduit par Louis Gonse 1). Je n'ai trouvé cet ouvrage, ni à Florence ni à Borne; et ne connais le
l) Les chefs-d'œuvre des Musée de France, vol. II, Sculpture, p. 98, 1904.
buste que par un calque, d'ailleurs très bon, qu'a bien voulu rn'envoyer Mr Bertaux. Autant que je puisse en juger, d'après ces informations insuffisantes, ce buste nie paraît être une réplique assez libre du type Bologna. J'ignore le texte que lui consacre Mr Gonse, qui ne doit pas avoir une bien grande importance. Nous avons déjà parlé de ce buste, à propos du buste précédent et indiqué les affirmations erronées de Mr Thode, qui le concernent. D'après le croquis de Mr Bertaux, le crâne ne présente aucune de ces irrégularités dont parle Mr Thode; il est semblable au crâne du buste de la Casa Buonarroti.
Si la qualité artistique de cette œuvre paraît assez bonne, sa valeur iconographique est certainement nulle.
Buste Liebermann de Berlin
(PI. X, p. 79)
Mr Bode a bien voulu m'envoyer la photographie d'un buste venu d'Italie, il y a vingt cinq ans environs, et qui se trouve à Berlin, chez M6 veuve Liebermann. Ce buste est certainement un dérivé du type Giovanni Bologna. Mais un dérivé tellement aberrant, qu'il faut une grande dose de bonne volonté pour y reconnaître Michelange. Nous verrons des phénomènes tout à fait analogues se produire dans les portraits-peinture : toiles, tavole, fresques. Cependant, l'intention de représenter Michelange est encore certaine. Il n'en sera plus de même pour les prétendus portraits de San Giovanni Decollato et du relief de Pierino da Vinci, découverts par Mr Steinmann; ni pour le prétendu portrait de Michelange, par Eaphael, découvert par M' Rolfs, en une fresque du Vatican. Dans notre tableau, nous avons classé le buste Liebermann, comme une dérivation aberrante du type Giovanni Bologna.
PL, X. - Buste Lielu'iinann, Berlin.
(Photographie inédite, communiquée par M* Bode).