‹ Les portraitsChapitre 117 sur 253 · LE BESOIN DE SE DISTINGUER · texte numérisé non relu

LE BESOIN DE SE DISTINGUER

C'est déjà trop d'avoir avec le peuple une même religion et un même Dieu; quel moyen encore de s'appeler Pierre, Jean, Jacques, comme le marchand ou le laboureur? Évitons d'avoir rien de commun avec la multitude; affectons au contraire toutes les distinctions qui nous en séparent. Qu'elle s'approprie les douze apôtres, leurs disciples, les premiers martyrs (telles gens, tels patrons (1)); qu'elle voie avec plaisir revenir, toutes les années, ce jour particulier que chacun célèbre comme sa fête. Pour nous autres grands, ayons recours aux noms profanes ; faisons-nous baptiser sous ceux d'Annibal, de César et de Pompée: c'étoient de grands hommes; sous celui de Lucrèce: c'étoit une illustre Romaine; sous ceux de Renaud, de Rnger, d'Olivier et de Tancrédc : c'étoient des paladins, et le roman n'a point de héros plus merveilleux ; sous ceux d'Hector, d'Achille, d'Hercule, tous demi-dieux; sous ceux même de Phéhus et de Diane (2); et qui nous empêchera de nous faire nommer Jupiter ou Mercure, ou Vénus, ou Adonis'}

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