IGNORANCE DES UNS, PROGRES DES AUTRES
Pendant que les grands négligent de rien connoître, je ne dis pas seulement aux intérêts des princes et aux
(1) Ces martyrs étaient gens du commun, sans façons, sans élégance : leurs noms conviennent aux hommes du peuple.
(2) On cite bien des grands seigneurs et des nobles dames affublés de prénoms sonores : César de Vendôme, Annibal d'Estrées, Hercule de Rohan, Diane de Ghastignier. Le Glorieux de Destouches se désigne ainsi :
Monseigneur Carloman, Alexandre, César, Henri, Jules, Armand, Philogène, Louis....
Les bourgeois cédèrent à l'entraînement de cette mode : une grandmère de La Bruyère s'appelait Diane.
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affaires publiques, mais à leurs propres affaires ; qu'ils ignorent l'économie et la science d'un père de famille, et qu'ils se louent eux-mêmes de cette ignorance ; qu'ils se laissent appauvrir et maîtriser par des intendants ; qu'ils se contentent d'être gourmets ou coteaux {i),d' aller chez Thaïs ou chez Phryné, de parler de la meute et de la vieille meute (2), de dire combien il y a de postes de Paris à Besançon, ou à Philisbourg, des citoyens (3) s'instruisent du dedans et du dehors d'un royaume, étudient le gouvernement, deviennent fins et politiques, savent le fort et le foible de tout un État, songent à se mieux placer, se placent, s'élèvent, deviennent puissants, soulagent le prince d'une partie des soins publics. Les grands, qui les dédaignoient, les révèrent (4) : heureux s'ils deviennent leurs gendres (5).