l'éternelle gaité
Ruffin commence à grisonner; mais il est sain, il a un visage frais et un œil vif qui lui promettent encore vingt années de vie ; il est gai, jovial (1), familier, indifférent; il rit de tout son cœur, et il rit tout seul et sans sujet : il est content de soi, des siens, de sa petite fortune ; il dit qu'il est heureux. Il perd son fils unique, jeune homme de grande espérance, et qui pouvoit un jour être l'honneur de sa famille ; il remet sur (2) d'autres le soin de le pleurer; il dit: «. Mon fils est mort, cela fera mourir sa mère; « et il est consolé. Il n"a point de pas-
(6) Célimène, dans le Misanthrope (11,5), raille un certain Cléon dont clic aime mieux, elle aussi, la table que sa personne (le rapprochement est de M. Hémardinquer) :
11 prend soin d'y servir des mets fort délicats. — Oui, mais je voudrais bien qu'il ne s'y servît pas. C'est un fort méchant plat que sa sotte personne. Et qui gâte, à mon goût, tous les repas qu'il donne.
(7) C'est: ce sera.
(1) Jovial signifie littéralement : qui appartient à Jupiter; par extension : de bonne humeur; en astrologie Jupiter était un principe de joie, de même que Saturne un principe de tristesse.
(2) Sur: à.
sions, il n'a ni amis ni ennemis, personne ne l'embarrasse, tout le monde lui convient, tout lui est propre (3); il parle à celui qu'il voit une première fois avec la même liberté et la même confiance qu'à ceux qu'il appelle de vieux amis, et il lui fait part bientôt de ses quolibets et de ses historiettes. On l'aborde, on le quitte sans qu'il y fasse attention, et le même conte qu'il a commencé de faire à quelqu'un, il l'achève à celui qui prend sa place.