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TÉRENCE ET MOLIERE

Il n'a manqué à Térence que d'être moins froid : quelle pureté, quelle exactitude (1), quelle politesse, quelle élégance, quels caractères! 11 n'a manqué à Molière que d'éviter le jargon et le barbarisme (2), et d'écrire pu-

(2) Ses esprits : « Les corps légers et subtils qu'on regardait comme le principe de la vie et des sentiments » (Littré). Ce n'est pas synonyme de : son esprit. Nous dirions plutôt : son existence.

(3) En, appliqué à des personnes, formerait aujourd'hui une faute de grammaire.

(4) Tour : tournure, expression cherchée.

(5) On écrirait maintenant : par vanité.

(6) De l'esprit, non pas: des mots spirituels; mais, dans une acception plus générale : du talent.

(7) Une fin : un but.

(8) Certaines parties du livre de La Bruyère semblent bien répondre à cette noble conception ; mais il serait excessif de prétendre que l'ensemble des Caractères ait été composé pour ce but moral. Les Portraits, en particulier, témoignent souvent de la malice du peintre plutôt que de la sensibilité du philanthrope.

(1) Exactitude : perfection, ou dans le choix des termes, ou dans la composition des caractères.

(2) Ln critique contemporain a remarqué justement que, tandis que le xvne siècle appréciait surtout Térence, nous avions aujourd'hui un« tendance à lui préférer Plante. En tout cas, la prédilection de

lenicnt : quel feu, quelle naïveté (3i, quelle source de la bonne plaisanterie, quelle imitation des mœurs, quelles images, et quel fléau du ridicule ! Mais quel homme on auroit pu faire de ces deux comiques (4) !

ii. MALHERBE ET THÉOPHILE.

J'ai lu Malherbe et Théophile (1). Ils ont tous deux connu la nature (2), avec cette différence que le premier, d'un style plein (3) et uniforme, montre tout à la fois ce qu'elle a de plus beau et de plus noble, de plus naïf et de plus simple; il en fait la peinture ou l'histoire (4). L'autre, sans choix, sans exactitude, d'une plume libre et inégale, tantôt charge ses descriptions, s'appe-

Boileau et de La Bruyère pour Térence les a rendus injustes pour Molière. Celui-ci, bien après sa mort, a été attaqué pour son stj'le par Fénelon {Lettre à l'Académie française) et par Vauvenargues {Œuvres). Mais, entre ces différentes attaques, celle de La Bruyère est une des moins intelligibles. S'il y a « du jargon » dans Molière, c'est celui des paj'sans ; or, même si l'iiarmonie générale du style devait en souffrir un peu, mieux vaut encore ce léger sacrifice que de prêter à des personnages rustiques une langue noble qui ne leur convient pas S'il y a chez lui a du barbarisme », ce sont, ou bien de ces termes réprouvés par Vaugelas dont Molière n'admettait pas l'autorité, ou bien de ces mots torgés au cours d'une conversation, et dont la négligence est elle-même un trait de vérité.

(3) Naïveté : naturel.

(4) L'auteur dramatique qui unirait les qualités de Térence et colles de Molière, serait un monstre : comment concilier la froideur de l'un et la flamme de l'autre ? l'élégance raffinée de l'ami des Scipions, et la franchise rude du bourgeois parisien ?

(1) Le rapprochement de Malherbe et de Théophile ne s'imposait pas, sinon parce qu'ils ont été contemporains. Malherbe (1555-1628) fut un poète lyrique d'un goût très ferme, mais de peu d'invention. Théophile Viaud (1591-1626) fut un poète dramatique de beaucoup d'imagination, mais de très peu de goût; on a retenu quelques-unes de ses métaphoses malheureuses ; un poignard ensanglanté qui semble rougir d\i meurtre de son maître; une charrue qui écorche la. Tpl&me ; des mains qui se baignent dans les ondes des cheveux, etc.

(2) La nature : ce qui est, la réalité.

(3) Plein : solide, qui rend la pensée dans sa plénitude.

(4) La peintiire ou l'histoire : c'est-à-dire la description exacte, opposée aux mots qui se trouvent plus bas : Vanatomie (description

santit sur les détails : il fait une anatomie; tantôt il feint (o), il exagère, il passe (6) le vrai dans la nature : il en fait le roman.

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