LA PLÉIADE
Ronsard et les auteurs ses contemporains ont plus nui au style qu'ils ne lui ont servi : ils l'ont retardé dans
trop méticuleuse) et le roman (description fausse). — L'éloge que fait ici I^ Bruyère de Malherbe est exagéré ; mais la critique qu'il trace de Théophile est fort juste.
(5) Il feint : il invente.
(6) 11 passe : il dépasse.
(1) On comprend ce que veut dire La Bru3'ère : les qualités de ces écrivains montrent à leurs successeurs la bonne voie, et leurs défauts les détournent de la mauvaise. Ainsi, ils sont doublement utiles. Ce jugement est trop sommaire. Ronsard, le plus grand poète du xv e siècle, qui a naturalisé chez nous les genres principaux des littératures grecque et romaine, d'ailleurs plein de grâce et d'élégance, et dont le seul tort est d'avoir visé plus haut que ne le comportait la nature de son talent, — Balzac, qui a eu peu d'idées personnelles, mais qui a donné à la prose française du xviie siècle son caractère de noblesse et de précision, — méritaient mieux qu'un si maigre éloge.
(1) Par son tour : par le tour ou la forme qu'il donne à ses pensées — Il n'est pas étonnant que Marot, bien qu'antérieur à Ronsard, paraisse plus moderne que celui-ci. Ronsard a fait efl'ort pour créer une langue poétique spéciale (elTort qui échoua grâce à Malherbe), taudis que Marot, pour la langue, n'a innové en rien.
le chemin de la perfection; ils l'ont, exposa à la manquer pour toujours et à n'y plus revenir. Il est étonnant que les ouvrages de Marot, si naturels et si faciles, n'aient su faire de Ronsard, d'ailleurs plein de verve et d'enthousiasme vU, un plus grand poëte que Ronsard et que Marot (2); et, au contraire, que Belleau, Jodelle et du Bartas (3-, aient été sitôt suivis d'un Racan et d'un Malherbe (4), et que notre langue, à peine corrompue, se soit vue réparée (5).