LES PAYSANS
L'on voit certains animaux farouches (1), des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se
biens, les créanciers les faisaient administrer par un syndic ou directeur; cette sorte de régie s'appelait une direction.
(6) Vieil meuble de ruelle : vieil ne peut s'employer aujourd'hui que devant un mot commençant par une voyelle ; — meuble : visiteur si assidu qu'il semble faire partie du mobilier; — ruelle: alcôve de chambre à coucher, servant, sous Louis XIII et sous Louis XIV, de salon de conversation.
(7) Grand Faubourg : sans doute le noble faubourg, le faubourg Saint-Germain.
(1) La construction est brusquement interrompue ; la phrase coni mençant par tels, il faudrait plutôt ici : qui meurent...
(1) Ce tableau est justement célèbre : tout bourgeois de Paris qu'il est, La Bruyère se sent ému de pitié pour les habitants des campagnes, et décrit leurs souffrances avec une sympathie généreuse.
lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes (2). Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines (3); ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir (4) pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé (b).