‹ Les portraitsChapitre 167 sur 253 · PEU LOGIQUES · texte numérisé non relu

PEU LOGIQUES

Les hommes n'ont point de caractère (1), ou s'ils en ont, c'est celui de n'en avoir aucun qui soit suivi, qui ne se démente point, et où ils soient reconnoissables. Ils souffrent beaucoup à être toujours les mêmes, à persévérer dans la règle ou dans le désordre; et s'ils se délassent quelquefois d'une vertu par une autre vertu,

• (6) C'est cette fausse délicatesse, purement hypocrite, dont La Bruyère parle dans le morceau précédent.

(7) Affectation : soins méticuleux.

(8) Encore une phrase qui n'est pas claire ; elle signifie que les courtisans, pour chagriner ceux qui voudraient leur voir prendre du plaisir, affectent de n'en éprouver aucun.

(9j Peut-être, après tout, ces nobles qui s'ennuyaient à Versailles et que les fêtes royales les plus brillantes ne pouvaient distraire, obéissaient-ils à un autre sentiment qu'une fausse délicatesse. Quelquesuns, parmi ces descendants des anciens preux, éprouvaient la vague nostalgie d'une existence plus indépendante et plus virile.

(1) Toutes les éditions du xvii^ siècle portent : caractères. Làdessus La Harpe s'étonne et demande comment l'auteur a pu intituler son livre : Des caractères, si les hommes n'en ont pas. C'est triompher à peu de frais. L'ensemble du morceau prouve que cette orthographe résulte d'une faute d'impression ; car La Bruyère y parle du défaut de caractère, c'est-à-dire d'énergie, et non des caractères, c'est-à-dii'e de dispositions morales, de penchants définis. Si les hommes, en effet, manquent pour la plupart de suite dans les idées et dans la conduite, la fréquence de ces revirements 'l'empêche pas un observateur sagace de noter des états d'esprit ou de sentiment dont la peinture forme le sujet du livre de La Bruyère.

ils se dégoûtent plus souvent d'un vice par un autre vice. Ils ont des passions contraires et des foibles qui se contredisent; il leur coûte moins de joindre les extrémités (2) que d'avoir une conduite dont une partie naisse de l'autre (3). Ennemis de la modération, ils outrent toutes choses, les bonnes et les mauvaises, dont ne pouvant ensuite supporter l'excès, ils l'adoucissent par le changement (4). Adraste étoit si corrompu et si libertin, qu'il lui a été moins difficile de suivre la mode et se faire dévot : il lui eût coûté davantage d'être homme de bien (5).

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