‹ Les portraitsChapitre 177 sur 253 · LA PARTIALITÉ · texte numérisé non relu

LA PARTIALITÉ

Un homme partial est exposé à de petites mortifications ; car comme il est également impossible que ceux qu'il favorise soient toujours heureux ou sages, et que ceux contre qiii il se déclare soient toujours en faute ou malheureux, iL naît de là qu'il lui arrive souvent de perdre contenance dans le public, ou par le mauvais succès de ses amis, ou par une nouvelle gloire qu'acquièrent ceux qu'il n'aime point.

Un homme sujet à se laisser prévenir (1), s'il ose remplir une dignité ou séculière] (2) ou ecclésiastique, est un aveugle qui veut peindre, un muet qui s'est chargé d'une harangue, un sourd qui juge d'une symphonie : foibles images, et qui n'expriment qu'imparfaitement la misère de la prévention. Il faut ajouter qu'elle est un mal désespéré, incurable, qui infecte tous ceux qui s'approchent du malade, qui fait déserter les égaux, les inférieurs, les parents, les amis, jusqu'aux médecins : ils sont bien éloignés de le guérir, s'ils ne peuvent le faire convenir de sa maladie, ni des remèdes, qui seroient d'écouter, de douter, de s'informer et de s'éclaircir (3). Les flatteurs, les fourbes, les calomniateurs, ceux qui ne délient leur langue que pour le mensonge et l'intérêt, sont les charlatans en qui il se confie, et qui lui font avaler tout ce qui leur plaît; ce sont eux aussi qui l'empoisonnent et qui le tuent.

Page 1