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LES EMPRESSÉS

Ils ont fait le théâtre, ces empressés (1), les machines, les ballets, les vers, la musique, tout le spectacle, jusqu'à la salle où s'est donné le spectacle, j'entends le toit et les quatre mui's dès leurs fondements (2). Qui doute que la chasse sur l'eau (3), renchantemeut de la

trail d'un lion, le ventre d'une chèvre, la queue d'un dragon. Sous cette forme imagée, La Bruyère veut dire que le livre de Rabelais est formé d'éléments contradictoires.

(3) Imité d'Horace qui, au début de l'Art poétique, compare un ouvrage dépourvu d'unité au corps d'une belle femme terminé en queue de poisson, La Bruyère remplace le poisson par le serpent. Le serpent était-il alors considéré comme un animal plus noble ?

(4) Passe : dépasse (le degré ordinaire du mal).

(5) Dans sa grandiose épopée Rabelais dissimule sous les énormes bouffonneries toute une morale fine, judicieuse, profonde. L'obscurité de certaines parties de son livre, en un temps où la hardiesse des idées menait au bûcher, n'était que de la prudence.

(1) Ces empressés : Phèdre aurait dit «ces ardélions», et nous dirions aujourd'hui ces faiseurs d'embarras. Ce sont les mouches du coche, plus importunes qu'utiles.

(2) Au mois d'aoCit 1688. M. le Prince, fils du grand Condé et père de l'élève de La Bruyère, donna une fête magnifique dans son château de Chantilly, en l'honneur du Dauohin. Elle coûta plus de cent mille écus et dura huit jours. L'année suivante (1689), en publiant la quatrième édition de son livre, La Bruyère, chez qui le souvenir de cet événement n'était pas effacé, le rappela avec une abondance de détails qui paraît un peu excessive.

(3) Chasse très originale en effet. Le sixième jour de la fête, aux sons d'un brillant concert, on lança sur le lac les bêtes prises vivantes, sangliers, cerfs, biches; des dames, à bord de bateaux couverts de feuillages, les arrêtaient avec des lacets, les traînaient à la remorque puis, arrivées à terre, les rendaient à la liberté.

Table (4), la mervoille du Labyrinthe (b) ne soient encore de leur invention? J'en juge par le mouvement qu'ils se donnent, et par l'air content dont ils s'applaudissent sur (6) tout le succès. Si je me trompe, et qu'ils n'aient coniribué en rien à cette fête si superbe, si galante (7), si longtemps soutenue (8), et oii un seul a suffi pour le projet et pour la dépense (9), j'admire deux choses: la tranquillité et le flegme de celui qui a tout remué, comme l'embarras et l'action de ceux qui nont rien fait (10).

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