LES PESES DE L EGLISE
« Un Père de l'Église, un docteur de l'Église, quels noms 1 quelle tristesse dans leurs écrits ! quelle sécheresse, quelle froide dévotion, et peut-être quelle scolastique (1)! » disent ceux qui ne les ont jamais lus. Mais plutôt quel étonnement pour tous ceux qui se sont fait une idée des Pères si éloignée de la vérité, s'ils voyaient dans leurs ouvrages plus de tour et de délicatesse, plus de politesse (2) et d'esprit, plus de richesse d'expression et plus de force de raisonnement, des traits plus vifs et des grâces plus naturelles (3) que l'on n'en remarque dans la plupart des livres de ce temps qui sont lus avec goût, qui donnent du nom et de la vanité à leurs auteurs! Quel plaisir d'aimer la religion, et de la voir crue, sou-
(1^ Affirmation trop absolue, mais qui, comme on l'a vu dans la n. 4 du portr. 2, était peut-être vraie du xvue siècle : il v avait alors moins de négateurs que de sceptiques.
(1) Scolastique : méthode d'argumentation étroite et subtile, qui a surtout été usitée au moyen âge.
(2) Politesse : culture intellectuelle.
(3j Naturelles : c'est surtout le naturel qui manque aux Pères de l'Eglise. Fénclon. qui ne laisse pas de faire d'eux dans la. Lettre à l'Académie un magnifique éloge, consent à reconnaître que « les Pères, instruits par les mauvais rliétcurs de leur temps, étaient entraînés dans le préjugé universel. C'est à quoi les sages mêmes ne résistent presque jamais... Suivant cette mode, il ne fallait point parler, il fallait déclamer... »
DES ISSPRITS FORTS 2C9
tenue, expliquée par de si beaux génies et par de si solides esprits! surtout lorsque l'on vient àconnoître que pour retondue de connoissance, pour la profondeur et la pénétration, pour les principes de la pure philosophie, pour leur application et leur développement, pour la justesse des conclusions, pour la dignité (4) du discours, pour la beauté de la morale et des sentiments, il n'y a rien par exemple que l'on puisse comparer à S. Augustin (5), que Platon et que Cicéron.