l'intrigant
Celse (1) est d'un rang médiocre, mais des grands le souffrent; il n'est pas savant, il a relation avec des savants; il a peu de mérite, mais il connoît des gens qui en ont beaucoup ; il n'est pas habile, mais il a une
(3) Il est permis de trouver La Bruyère trop dur, ici et plus bas où il l'appelle un sot, pour un grand homme de bien tel que l'abbé de Saint-Pierre.
(4) Les ducs et pairs tenaient beaucoup même à leurs moindres prérogatives : témoin Saint-Simon. On cite à ce propos une anecdote caractéristique. Le duc de Coislin, renommé pour sa courtoisie, s'étant aperçu qu'un simple président s'était assis (par inadvertance) sur un fauteuil ducal, lo serra au point de l'étouffer. Les princes le firent lâcher prise, mais le président, tout meurtri, rlut présenter ses excuses, et le justicier reçut les félicitations du roi.
(5) Il n'a pas... de quoi rougir est mis pour : il n'a pas co tact, ce sentiment du ridicule qui fait rougir d'une faute.
(1) Celse : Louis-Nicolas do Breteuil, qui se faisait appeler le baron de Breteuil, et fut envoyé extraordinaire du roi auprès du duc de Mantoue. Il avait de l'esprit, d'après Saint-Simon, mais encore plus de suffisance; il aimait à se trouver dans les belles compagnies, oii on le « souffrait », comme dit La Bruyère, et où on se moquait de lui.
angue qui peut servir de truchement (2), et des pieds qui jeuvent le porter d'un lieu à un autre. C'est un homme lé pour les allées et A'enues, pour écouter des propositions et les rapporter, pour en faire d'office (3); pour iller plus loin que sa commission, et en (4) être désavoué, 30ur réconcilier des gens qui se querellent à leur prenière entrevue; pour réussir dans une affaire et en manquer mille ; pour se donner toute la gloire de la réussite, ît pour détourner sur les autres la haine d'un mauvais mccès (b). Il sait les bruits communs (6), les historiettes le la ville; il ne fait rien, il dit ou il écoute ce que les lutres font, il est nouvelliste ; il sait même le secret des "amilles : il entre dans de plus hauts mystères : il vous lit pourquoi celui-ci est exilé, et pourquoi on rappelle ;et autre ; il connoît le fond et les causes de la brouilerie des deux frères (~), et de la rupture des deux ninistres (8). N'a-t-il pas prédit aux premiers les tristes mites de leur mésintelligence? N'a-t-il dit de ceux-ci ]ue leur union ne seroit pas longue? N'étoit-il pas présenta certaines paroles qui furent dites? N'entra-t-il pas ians une espèce de négociation? Le voulut-on croire? fut-il écouté? A qui parlez-vous de ces choses? Qui a eu plus de part que Celse cà toutes ces intrigues de cour? Et si :ela n'étoit ainsi, s'il ne l'avoit du moins ou rêvé ou
(2) Truchement : interprète.
(3) D'office : de lui-même, spontanément.
(4) En : de cela, pour ce qui concerne cette commission : a 11 avait 'ait à Mantoue. dit une clef, des avances qui furent désavouées^.
(5) La haine d un mauvais succès : les désagréments d'un nsuccès.
(6 i Les bruits communs : les bruits publies.
(7) L'un de ces deux frères était Claude Le Pelletier, contrôleur gèlerai des finances, et l'autre Michel Le Pelletier, intendant des linances, între lesquels régnait quelque jalousie.
(8) Les deux ministres sont Louvois, qui n'était pas d'avis que Louis XIV envoyât des troupes en Irlande pour aider Jacques II à remonter sur le trône d'Angleterre, et Seignelay, qui conseillait l'expédition. Le roi se décida pour une demi-mesure, et l'armée insuffisante qui partit de France subit la défaite de la Boyne.
3 0 LA BRUYERE — PORTRAITS
imaginé, songeroit-il à vous le faire croire? auroit-il l'air important (9) et mystérieux d'un homme revenu d'une ambassade ?