INTRODUCTION V
en faisant de son fils M. lo Princo.et du duc de Bourbon M. le Duc, mil fin à ses fonctions de piécepleur, nous ne voyons pas qu'il ait voulu secouer le jout<. Il fut attaché encore aux Coudés avec la qualité de « gentilhomme v, fonction vague qui, sous un autre titre et en autorisant plus de loisirs, continuait la domesticité. Elle continuait aussi les chagrins : comment eût-il été heureux dans une maison terrible pour les subalternes, entre le fils de Condé qui battait sa femme à coups de pied et à coups de poing, — le petit-lils, M. le Duc, son ancien élève, un nain difforme et terrible, — sa femme, la duchesse, qui avait la taquinerie cruelle et la plaisanterie féroce ? A ces souffrances d'amour-propre qui empoisonnèrent toute sa vie, s'offrirent deux dérivatifs, qui ne furent pas eux-mêmes exempts de tristesse : la publication des Caractères et son élection à l'Académie française.
3° Les Caractères (1688-1696). En 1688, La Bruyère publie une traduction des Caractères de Théophraste, suivi d'une sorte d'appendice, beaucoup moins considérable que la traduction, sur /es Caractères on les Mœurs de ce siècle, qui contenait au milieu d'un grand nombre de réflexions morales quelques portraits satiriques. Si imparfait que fût encore ce petit livre, le succès en fut énorme : trois éditions successives de la même année ne l'épuisèrent pas, et elles se succédèrent si rapidement que l'auteur manqua du loisir indispensable pour les retouches.
Au contraire, dans les éditions ultérieures de 1689 à 1693, La Bruyère, encouragé par cet accueil, donne moins de place aux réflexions morales, et augmente à