LES AMES SALES
Il y a des âmes sales (i), pétries de boue et d'ordure (2), éprises du gain et de l'intérêt, comme les belles âmes le sont de la gloire et de la vertu; capables d'une seule volupté, qui est celle d'acquérir ou de ne point perdre; curieuses (3) et avides du denier dix (4); uniquement occupées de leurs débiteurs; toujours inquiètes sur le rabais ou sur le décri (5) des monnoies ; enfoncées et comme abîmées dans les contrats, les titres et les parchemins. De telles gens ne sont ni parents, ni amis, ni citoyens, ni chrétiens, ni peut-être des hommes : ils ont de l'argent.
(5) Trébuch.et : balance pour peser les monnaies. (1) Le pseudonyme d'Eugène s'applique sans douta à La Bruyère; quant à Chrysante, il devait s'appeler légion.
(1) Une clef désigne François Berthelot, titulaire de plusieurs charges très importantes. Mais il doit y avoir là une erreur, car l'exact Dangeau constate que le roi vo^-ait en lui a l'homme d'affaires le plus capable de faire les recouvrements sans tourmenter les peu^ pies. » La Bruyère a en vue tous les financiers, qu'il n'aime point.
(2) La Bruyère ne recule pas devant les mots vulgaires, quand ils sont plus expressifs.
(3) Curieuses : préoccupées.
(4) Du denier dix : intérêt de 10 p. 100.
(5) Le rabais ou le décri : le rabais est la dépréciation que le gouvernement fait subir à des monnaies ; — le décri est une proclamation qui a pour but ou la dépréciation ou la suppression des modnaies.