BOURGEOIS ANCIENS ET MODERNES
Les empereurs n'ont jamais triomphé à Rome si mollement, si commodément, ni si sûrement même, contre le vent, la pluie, la poudre (1) et le soleil, que le bourgeois sait à Paris se faire mener par toute la ville : quelle distance de cet usage à la mule de leurs ancêti'es! Ils ne savoient point encore se priver du nécessaire pour avoir le superflu, ni préférer le fa^te aux choses utiles. On ne les voyoit point s'éclairer avec des bougies (2), et se chauffer à un petit feu : la cire étoit pour l'autel et pour le Louvre. Ils ne sortoient iDoint d'un mauvais dîner pour monter dans leur carrosse; ils se persuadoient que l'homme avoit des jambes pour marcher, et ils marchoient. Ils se conservoient propres quand il faisait sec; et dans un temps humide ils gùtoient leur chaussure, aussi peu embarrassés de franchir les rues et les carrefours, que le chasseur de traverser un guéret, ou le
(11) Il y a dans l'admirable simplicité de cette peinture champêtre quelque chose d'homérique.
fl2i Offices ; emplois. — Cotnmissions : charges confiées à des « commis ».
(1) La poudre : la poussière.
(2) Des bougies : c'était alors un grand luxe de s'éclairer avec des chandelles de Bouffie 'en Algérie). Aujourd'hui, les plus pauvres en usent. Pourquoi récriminer contre l'amélioration du mode d'éclairage?