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LES TRAVAUX A SAINT-NAZAIRE

La voie est libre pour les plus grands navires ; car l'embouchure de la Loire ne tend guère à s'ensabler. Saint-Nazaire est d'accès facile, signalé au loin par Belle-Isle, et l'on s'est appliqué à réduire la barre des Charpentiers. Ce haut-fond où l'on ne trouvait, en 1882 que 3 m. 20 d'eau en basse mer, on l'a dragué et en 1910 on y rencontre au moins 7 mètres de profondeur, c'est-à-dire qu'en haute marée on peut compter sur un mouillage d'une dizaine de mètres.

NANTES ET SAINT-NAZAIRE 5l

La Chambre de Commerce qui a dirigé ces travaux a permis ainsi aux grands paquebots d'arriver en tout temps, ou presque, à Saint-Nazaire. Normalement, des navires calant 8 m. 5o parviennent sans retard au port.

Naguère encore, il était assez délicat de pénétrer dans les bassins ou d'en sortir. L'entrée, en effet, se trouvait en Loire, dans la direction Est-Ouest alors que l'embouchure est orientée Sud-Ouest-Nord-Est. On a conservé le souvenir de certain paquebot qui, malgré l'habileté du pilote-major, ne parvint pas sans peine ni accident jusque dans cette grande rade qui mesure 2 kilomètres sur 65o mètres avec 8 mètres et parfois 16 de profondeur. Ce détour difficile, les Saint-Nazairiens l'ont supprimé. Là où jadis se trouvaient la vieille église et le village de pêcheurs, une énorme écluse s'ouvre directement sur l'Océan. Elle date de 1907 et a coûté 16 millions de francs ; 218 mètres de long, 3o de large, 10 de profondeur, telles sont ses dimensions. Elle constitue l'un des ouvrages les plus remarquables dans l'histoire de l'aménagement de nos ports. C'est un spectacle toujours curieux de voir un « transatlantique », guidé par les remorqueurs, suivre ce détroit qu'il semble remplir de sa masse et filer doucement en haute mer, entre les deux jetées de i.3oo mètres qui continuent l'écluse et dont les musoirs sont séparés par une ouverture de 124 mètres. Doucement le paquebot longe les quais qu'il domine largement de son pont supérieur ; puis, libre, il prend de la vitesse et progressivement diminué aux regards, s'élance vers les lointains océaniques. Ainsi, plus aisément, les navires de gros tonnage trouvent les bassins à flot auxquels Saint-Nazaire

doit son origine et ses progrès, les douze hectares du « bassin de Saint-Nazaire », les vingt-deux hectares du <( bassin de Penhoët », reliés entre eux par un pertuis large de 35 mètres. A frais communs, l'Etat, la Chambre de Commerce, les Sociétés de constructions navales ont approfondi le bassin de Penhoët de façon à permettre l'accès aux navires de 9 m. 5o de tirant d'eau. De telle sorte qu'avant la guerre, des navires de 210 mètres de long sur 29 de large accostent à toutes les pleines mers ; lors des périodes de faibles marées, ceux qui ont un tirant d'eau de 6 à 7 m. 5o peuvent encore venir à quai. De là un peu de surprise pour le voyageur qui brusquement, au sortir du bateau nantais, aperçoit ce rassemblement de puissants (( lévriers » de la mer, plus hauts que des maisons, monstres dociles arrêtés le long des quais. Ici encore, il convient de remarquer l'activité des organisations locales, soucieuses de la prospérité du port, toujours prêtes aux sacrifices nécessaires pour maintenir Saint-Nazaire — si jeune encore cependant, — à l'échelle des conditions maritimes et économiques. Si le petit port de pêche de jadis est devenu le grand port transatlantique d'aujourd'hui, c'est pour beaucoup grâce au travail de ses habitants.

Un service de pilotage évite aux navires des tâtonnements fâcheux. Les pilotes, répartis entre Nantes, Saint-Nazaire et Belle-Isle, assurent l'entrée et la sortie. Jadis chacun travaillait pour soi. Mais l'avantage d'une entente — et d'une caisse commune — n'a pas tardé à s'imposer et la navigation elle-même en a profité. Certes des accidents peuvent toujours se produire, comme l'échouage du « Glenturrer » en Loire, après Paimbœuf, pendant la guerre, celui de la

« Champagne » en face du boulevard de l'Océan, en 1916. Il suffît parfois d'une fausse manœuvre. Mais, grâce à l'habileté et à l'expérience des pilotes, ces accidents sont réduits au minimum, et de fait, fort rares.

Ainsi, de Saint-Nazaire à Nantes se trouve établie une voie navigable de réelle importance, bien aménagée, largement ouverte sur le dehors, une Loire nouvelle en quelque sorte. On l'avait cru condamnée et la voici qui, grâce à l'énergie, à la foi de ses riverains, hommes avertis des progrès aussi bien de la science que de l'économie mondiale, reparaît plus forte, plus grande, meilleure, capable de soutenir la comparaison avec tant d'autres fleuves plus favorisés par les conditions naturelles. La voici dotée d'un avant-port en eau profonde, Saint-Nazaire, d'un arrière-port industriel bien relié à l'intérieur, Nantes. Et cela en dix années, dix années décisives pour la résurrection de la Basse-Loire.

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