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L'OUTILLAGE DES PORTS

En même temps, cette magnifique avenue a été dotée de tout ce qu'exige un grand port moderne pour la manutention, l'évacuation et la conservation des marchandises.

A Saint-Nazaire. — A Saint-Nazaire, la navigation dispose de 4.260 mètres de quais autour des deux bassins, c'est-à-dire une superficie utile de i65.ooo mètres carrés, pourvus de multiples postes d'amarrage. Sans retard de nombreux navires peuvent prendre ou lais-

ser leur chargement. Les hangars abritent une surface de i5.4oo mètres carrés ; là s'entreposent les marchandises qui craignent les intempéries. Tout autour d'eux, sur les quais, c'est le fourmillement continuel des dockers, l'activité d'un grand port bien outillé. Au-dessus de la foule des travailleurs, des pyramides de marchandises, les appareils de levage les plus perfectionnés élèvent leurs silhouettes bizarres, leurs bras gigantesques. Car, de plus en plus, un navire a intérêt à ne pas demeurer inactif. Il s'agit de ne pas payer en vain au moins un franc par tonne et par jour ; il s'agit de dépasser le moins possible, les délais fixés pour la livraison, sinon il faut payer des frais supplémentaires, des « surestaries ». La nécessité de munir les quais d'appareils rapides et puissants se fait plus pressante. La Chambre de Commerce de Saint-Nazaire, la Compagnie Transatlantique y ont pourvu. Vous pourrez voir encore ici les manœuvres qui, sur les passerelles, se croisent, se suivent, plies sous la charge qu'ils ont été chercher dans les cales, sacs de charbon, briques, pierres, etc.. Mais aussi les grutiers font mouvoir, dans la fumée et dans le bruit des sifflets, 43 appareils publics capables de porter depuis une tonne jusqu'à 4o. Ajoutez, comme appareils privés, 3 grues de 5 à 3o tonnes, 2 énormes grues-titans de i5o tonnes, i de 6o et 8o tonnes. Suspendues à la chaîne, des bennes, automatiques ou non, vont fouiller les flancs des cargos et, vite, accumulent sur le quai, leur riche proie. Cependant, tout à côté, des wagons roulent ; le rail s'insinue entre le bord des quais et les hangars ou ateliers et souvent la marchandise passe, directement du navire au train de chemin de fer ou inver-

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sèment ; port et gare sont étroitement reliés. C'est comme une usine énorme, à ciel ouvert, à travers laquelle on ne circule pas sans quelque appréhension, au milieu des ces engins qui manœuvrent en tous sens, grinçant, sifflant, haletant, parmi les rails, les cordages, les tas de matériaux, la population affairée, tandis que les ateliers de construction ajoutent leur fracas au mugissement des sirènes.

Dans un pareil port, le navire fatigué doit pouvoir trouver aide et réparation. Les grands steamers de la Compagnie Générale Transatlantique qui ont à Saint-Nazaire leur port d'attache doivent pouvoir s'y entretenir. A ces besoins pourvoient, outre les ateliers nécessaires, trois formes de radoub, mesurant respectivement 117 m. 5o, 225 et 263 mètres, celleci la plus longue pour l'instant de tous les ports français. Nouveau sujet de trafic intéressant.

Une difficulté se présentait, au début. Saint- Nazaire manquait d'eau potable. Pas de source abondante. Il n'y a pas si longtemps que, dans les maisons, passaient les marchands d'eau, évoquant les anciens porteurs d'eau de Paris. La municipalité entreprit des adductions coûteuses, mais profitables et, bien que la question de l'eau ne soit pas encore parfaitement résolue si l'on envisage les accroissements possibles du port et de la ville et les besoins de l'industrie, du moins la situation actuelle est des meilleures. Sur les quais, plus de cent bouches d'eau sont mises à la disposition des navires. L' « aiguade », comme on disait jadis, est assurée.

De sorte qu'à Saint-Nazaire, rapides transatlantiques, pesants cargos, allèges et gabares, tous les navires trouvent un abri sûr doté de l'outillage le plus récent.

A Nantes. — A Nantes, efforts et succès n'ont pas été moindres, non sans avoir bien des obstacles à surmonter. Le port ne peut, sur la rive droite, se développer qu'en longueur. Jadis, la « Fosse » pouvait suffire. Aujourd'hui il faut de plus amples moyens. Depuis longtemps le port principal s'est déplacé vers la Madeleine et vers Pirmil. A la « Fosse » le terreplein est trop étroit et la présence de la voie ferrée qui se prolonge jusqu'à Saint-Nazaire et Brest, la voie Paris-Nantes constitue une gêne sérieuse. Il semble bien que quelque jour une solution de ce problème devra être trouvée, qui dérive la grande ligne de quelque façon que ce soit et laisse au commerce nantais la libre disposition de tout le quai. Coincée entre la voie ferrée et les maisons, la rue elle-même admet à peine le croisement de deux tramways !

On a pu gagner dans le sens de la longueur, notamment en absorbant le faubourg de Ghantenay dans l'agglomération nantaise (1893). Aujourd'hui les quais de la Roche-Maurice, en ciment armé, prolongent les quais et estacades de Chantenay. Mais on a prévu Vextension du port surtout vers l'île de « la Prairie au Duc » et vers Pirmil. Déjà le quai des Antilles, depuis la disparition de l'île Lemaire, étend ses terrepleins de 75 mètres de large à proximité de la gare de l'Etat créée en 1884. Des estacades en ciment armé ont permis d'élargir un peu les anciens quais de la rive droite. Au total, un port de plus de 4 kilomètres sur 70 à 180 mètres de large, couvrant une surface de près de ko hectares, avec un développement de 8.800 mètres de quais utilisables dont 4.5oo en aval des ponts. De telle manière que si l'on a des mouillages de 8 mètres à la Roche-Maurice, on

NANTES ET SAINT-NÀZÀIRE 5 g

a encore 5m. 5o à 6 mètres dans le port même.

Sur les quais courent les rails qui unissent les postes d'accostage aux gares d'Orléans et de l'Etat : plus de 5 kilomètres rien que sur la rive droite. Ces postes d'accostage se sont multipliés. En outre la navigation dispose d'une vingtaine de remorqueurs et de pilotes expérimentés. Pour la manutention des marchandises, de nombreux dockers s'embauchent sur les quais, et la Chambre de Commerce dispose, pour son usage particulier, d'un groupe de 64 portefaix, agréés par elle, et qui composent un solide noyau de manœuvres. Tout un personnel spécial de grutiers, de mécaniciens, dirige les appareils de levage. De Pirmil à la Roche-Maurice, on rencontre n3 grues ou bigues de force diverse, dont £2 sont propriété privée. Grues fixes, grues roulantes, grues électriques, grues de 5 tonnes sur pontons, prêtes à servir les navires embossés en pleine eau, trépied oscillant de 60 tonnes, appareils pour wagons basculeurs, bigue de 60 tonnes au quai d'Aiguillon, tous les instruments que la technique moderne a inventés pour remplacer, avec plus de capacité et de vitesse, les bras de l'homme, on les trouve ici, découpant sur le ciel leurs lignes étranges et sombres. A Chantenay, un « slipway », sorte de glissière, permet d'élever un navire de 100 mètres de long, pesant 1.800 tonnes. Les chantiers de constructions navales peuvent réparer les navires. Mais il manque encore une grande forme de radoub, instrument nécessaire en tout port de quelque valeur. Sa construction est prévue.

Grâce à cet outillage, — encore en voie de progression, — le port de Nantes, transformé, sans cesse amélioré, offre aux opérations commerciales les plus

grandes facilités. Activité plus resserrée peut-être qu'à Saint-Nazaire, en un point où à tout instant la ville semble vouloir toucher au fleuve, où le port insinue entre les îles, à travers les pâtés d'habitations, ses quais, ses ateliers, ses entrepôts, où, en pleine cité, les mâts, les cheminées des navires surgissent par dessus les toits des maisons. Partout on rencontre docks, hangars, magasins privés ou publics. Les « Magasins Généraux », les « Docks Maritimes » abritent une surface qui dépasse 28.000 mètres carrés ; les entrepôts et hangars de la Chambre de Commerce occupaient, dès 191 1, plus de 6.000 mètres carrés. Et comme l'eau, ici, ne manque point, les navires ont toute facilité pour se ravitailler à quai. La Chambre de Commerce n'a pas hésité à dépenser largement pour doter le port de l'outillage le meilleur.

Effort constant vers le progrès que la prospérité du port et de la ville a justement récompensé. Effort à prolonger encore, car, à parcourir les quais, on s'aperçoit vite que de nouveaux travaux s'imposent. La renaissance même du port de Nantes a été si rapide que l'outillage actuel suffit à peine à répondre aux besoins. Tout le monde, à Nantes, s'en préoccupe, d'ailleurs, et des projets sont tout prêts.

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