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TRAFIC, NATURE DES MARCHANDISES LEUR ORIGINE ET LEUR DESTINATION

Ainsi Saint-Nazaire et Nantes forgent eux-mêmes au moins une partie des instruments de leur prospérité. Prospérité qui repose sur un trafic intéressant à pénétrer. Jetons les yeux sur les cales de tous ces navires et nous aurons un aperçu de ce mouvement commercial aux progrès si remarquables. Nul doute que, sous cet angle encore, Nantes et Saint-Nazaire ne révèlent chacun son caractère particulier.

Les marchandises importées à Saint-Nazaire. — Que reçoit Saint-Nazaire ? En première ligne la houille, le charbon si nécessaire à ses paquebots, à ses cargos, nécessaire aussi à ses industries navales. Il s'agit de quantités considérables, 700.000 tonnes en 1893, plus de 1. 120. 000 en 191 3. Une fois la flotte et les chantiers servis, il faut pourvoir, outre les petites industries locales, les forges de Trignac. La « Société des Hauts Fourneaux et Forges de Trignac » a, comme on l'a vu, repris son exploitation en 1890. La mise en valeur des minerais de fer bretons-angevins, jadis précaire, lui devient chaque jour plus précieuse. Depuis 1908, c'est la « Société des usines métallur-

giques de la Basse-Loire » qui a pris la direction de Trignac. 2.000 ouvriers y fabriquent des barres, des profilés en fer, des feuillards, des rails. L'entreprise, jadis toute nazairienne, se trouvait un peu « en

Exportations en poids.

Exportations en valeur.

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Importations et exportations du port de St-Nazaire

l'air », loin de la houille et du minerai, trop loin du fleuve aussi. Le débordement de l'industrie nantaise vers l'aval a favorisé son nouvel essor. La houille va aussi à la Compagnie d'Orléans pour les besoins du chemin de fer. Elle se disperse jusqu'à Pontivy, La

Flèche, Orléans, La Roche-sur- Yon. Ce transit ne tardera pas, sans doute, à emprunter la voie de la Loire améliorée. Quoi qu'il en soit, navires et chantiers suffisent à commander l'accroissement d'apport des charbonniers.

Exportations en poids. Exportations en valeur.

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Importations en poids.

Importations en valeur.

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Importations et exportations du port de Nantes

Mais il leur faut aussi des minerais, des fers, du plomb. 137.000 tonnes de ces matériaux ont été débarqués en 191 3, partie pour Saint-Nazaire même, partie pour les usines de la Basse-Loire, Couéron, la

Basse-Indre, même Nantes. Apport faible d'ailleurs, en regard de celui du charbon.

On pourrait mentionner aussi, comme nécessaires aux constructions navales, les 10.000 tonneaux de goudron que signalent les statistiques.

D'autre part, grâce aux relations avec l'Afrique du Nord, les pays méditerranéens et l'Atlantique Sud, il est toute une catégorie de marchandises qui a son point d'arrivée à Saint-Nazaire, porte de la Bretagne et de la région nantaise. Ce sont les céréales (12.000 t.), le riz (10.000 tonnes), les vins, vins d'Algérie, vins d'Espagne, vins de Bordeaux qui se répartissent dans l'Ouest français (9.500 tonnes), les produits oléagineux graines coloniales ou huiles (4ooo tonnes), les pommes de terre et légumes (7.500 tonnes).

Les Antilles et l'Amérique fournissent surtout le cacao, le café, les bois exotiques, le caoutchouc, le tabac fabriqué, le tabac en feuilles, quelques centaines de tonnes pour chacun de ces produits ; parfois un millier de tonnes de nitrates ; très peu de sucre. Le sucre, en effet, arrivait jadis des colonies en admission temporaire, puis s'exportait. Depuis l'entrée en vigueur de la Convention de Bruxelles, ce commerce a disparu et les statistiques de 191 3 ne mentionnent plus la denrée jadis si répandue. En somme, le commerce américain semble bien restreint, surtout pour un grand port transatlantique. Mais c'est commerce de valeur et, d'autre part, trafic postal et transport des passagers donnent à cette direction une importance considérable.

Il apparaît donc que Saint-Nazaire reçoit surtout du charbon ; puis des métaux et des denrées alimentaires ; quelques arrivages de bois et de matériaux de cons-

truction complètent la liste. Rien là qui laisse présumer une vie industrielle intense et variée. Saint- Nazaire est bien le grand port de navigation transocéanique tel qu'il s'est déjà défini. Il est aussi port de transit puisque les voies ferrées de Bretagne lui permettent de rayonner au moins sur le Morbihan et rille-et- Vilaine, au point qu'on a pu inscrire les forges bretonnes d'Hennebont dans la dépendance de Saint-Nazaire. Et la Loire lui permet de desservir, en partie et à moindre frais, les centres riverains.

Les marchandises expédiées de Saint-Nazaire. — En revanche, les expéditions, — relativement faibles — sont plus curieuses peut-être à examiner. Depuis 1913, le premier rang, en poids, appartient aux minerais (i£5.5oo tonnes) rubrique jadis quasi inconnue et dont le chiffre progresse régulièrement depuis 1910 (108.000 tonnes). C'est après 1907, en effet, que l'on a vraiment commencé l'attaque sérieuse des gisements de minerai de fer que recèlent les terrains sis aux confins de la Bretagne et de l'Anjou. Gisements parfois tourmentés et de valeur diverse, mais dont la technique moderne peut toujours tirer parti si les moyens (système de grandes concessions, transports, etc..) lui sont accordés. Ces minerais, répartis en Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Ille-et- Vilaine offrent une teneur en métal utile qui peut varier de 43 à 60 pour cent et l'on a prévu un rendement prochain de 2 millions de tonnes (250.000 produites en 1913). Il y a là une richesse nouvelle très importante pour la Basse- Loire. Pour le moment, on en est au début de l'exploitation et, faute de trouver à portée la houille nécessaire — et aussi les voies d'eau favorables à l' évacua-

tion, la majeure partie du minerai s'expédie par voie ferrée dans deux directions : Saint-Nazaire pour la région de Chateaubriant, Nantes pour la région d'Angers. Trignac en prend une partie, mais la plus grosse masse trouve avantage à s'exporter soit vers l'Angleterre, soit vers l'Allemagne via Rotterdam. Cette situation, qui, pour le moment, offre l'inconvénient de priver le pays du bénéfice d'une transformation sur place — présente l'avantage assez rare, avantage qui se maintiendra, de fournir à nos deux ports de la Basse-Loire un fret de sortie inespéré, très utile à notre flotte marchande qui peut ainsi échanger fer contre houille et éviter le coût d'une navigation sur lest. Saint-Nazaire en profite heureusement et ne perd pas de vue ce point remarquable de son trafic.

Après le minerai vient la houille (76.000 tonnes), réexportée surtout vers l'intérieur et vers les ports bretons.

Mais Saint-Nazaire, d'autre part, se trouve au débouché d'une riche région agricole. Comme tel, ce port dirige sur l'extérieur, nombre de denrées alimentaires : 1.000 tonnes d'œufs, à peu près autant de beurre salé, de fruits (5oo tonnes), des légumes conservés (3oo tonnes), 2.000 tonnes de pommes de terre, 2^0 de viandes conservées, sans compter l'exportation ou le transit des vins (1.200 tonnes) et des boissons distillées (2.200 tonnes).

Les produits ouvrés de l'industrie tiennent aussi une place honorable : 1.600 tonnes d'outils, 36o de tissus de coton, 200 de tissus de laine, 1.100 de poteries et verreries, 1.200 de meubles et bois travaillés, 900 de papiers et livres, 3go de tabletterie, autant de carrosserie et automobiles, £90 de parfums et sa-

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vons, 3n de vêtements et lingerie. Ce dernier article, qui n'apparaît qu'au dix-neuvième rang quant au poids, occupe le premier quant à la valeur (6.3oo.ooo francs), tandis qu'en ce sens les minerais, par exemple, passent au treizième avec 800.000 francs. Confirmation nette du caractère de notre exportation en général, explication aussi de nos relations notamment avec l'Amérique : faible poids, grosse valeur.

Port de grande navigation transocéanique, Saint- Nazaire exporte surtout, avec des minerais et des denrées alimentaires, les produits ouvrés, les modes de notre pays. La nature même de son trafic précise encore sa fonction spéciale dans la vie générale de la France, dans celle de la Basse-Loire.

Les clients de Saint-Nazaire. — Les meilleurs clients, c'est d'abord l'Angleterre (276.000 tonnes) qui a besoin de vendre sa houille, d'acheter des aliments et des produits de valeur. Puis le Mexique (62.000 t.) qui prend nos modes, nos produits ouvrés qui rayonnent dans l'Amérique Centrale ; la Colombie commande en outre, directement, 35. 000 tonnes ; la Guyane française 6.700 tonnes. La Hollande a sa large part (61.000 tonnes) à cause des minerais de fer bien placés en Allemagne, relation nouvelle et fructueuse. L'Algérie emporte 12.000 tonnes de produits industriels et aussi de futailles vides ; à destination du Maroc partent 4.700 tonnes de marchandises diverses. Enfin la Belgique reçoit 3. 600 tonnes, l'Allemagne 1.200. Cette succincte énumération montre assez l'importance des relations transocéaniques dans le trafic de Saint-Nazaire et fait saisir, d'une autre manière, com-

ment les Nazairiens tiennent tant et si justement à leur « Compagnie ».

Les fournisseurs de Saint-Nazaire. — A considérer, non plus la destination, mais l'origine des chargements, en est-il de même ? Cette fois encore l'Angleterre tient la tête avec 4io.ooo tonnes, à cause de la houille ; la Hollande occupe le second rang avec 107.000 tonnes. Mais voici le Mexique (55. 000 tonnes), la Colombie (34ooo tonnes), la Guyane française (6.700 tonnes), l'Argentine (4- 000 tonnes), les Etats- Unis (10.000 tonnes) qui composent l'imposant appoint transatlantique, des produits « coloniaux », les bois, les tabacs, etc.. Espagne (28.000 tonnes), Algérie (19.000 tonnes), Maroc (7^0) rappellent nos besoins en minerais spéciaux, en céréales dures, en cuirs, en vins en phosphates. L'Allemagne ne fournit que 2.000 tonnes, la Belgique 1.200. Mais la liste s'allonge car nous avons des besoins plus variés. Voici les Scandinaves et les Russes (bois et goudrons) avec 35. 000 tonnes, l'Indo-Chine (i^ooo tonnes), la Chine (3. 000 tonnes) avec les riz, les graines oléagineuses, le thé, les soies. Même on trouve mention de pays fort éloignés comme la Nouvelle-Calédonie ou l'Australie. Et ceci n'est point pour surprendre. L'Océanie n'est pas inconnue à Saint-Nazaire. Et à ce propos, il sera permis de rappeler qu'il y a quelque vingt ans, on pouvait voir, au sémaphore de la vieille jetée, une sorte de Robinson moderne qui, naufragé en Australie lorsqu'il était mousse, vécut plus de quinze ans avec les indigènes. A vrai dire, part faite à l'appoint des Scandinaves, le négoce nazairien, à l'arrivée, ne diffère pas essentiellement de ce qu'il est au départ.

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Mêmes relations prépondérantes vers l'Angleterre et, à un degré moindre, l'Afrique du Nord.

Et mêmes caractéristiques pour la fonction spéciale du port : importante navigation transatlan tique, transit intéressant.

Saint-Nazaire port d'escale. — Par surcroît, Saint- Nazaire semble tout à fait à même de remplir le rôle de port d'escale. Mais La Pallice, mieux organisé et plus tôt, en ce sens, est trop proche. Saint- Nazaire se trouve d'ailleurs un peu à l'écart de la route atlantique que les navires reconnaissent par Belle-Isle et Ré ; la ville n'offre pas encore l'attirance favorable et les aménagements prévus en grande rade ne sont pas achevés. Aussi cette navigation d'escale ne compte-t-elle, à l'entrée, que 45 navires et 57-83o tonnes. Mais elle peut et doit se développer.

Les arrivages à Nantes. — A Nantes, les caractères ne sont pas les mêmes et l'influence de l'industrie se manifeste avec éclat.

A l'importation figure d'abord, dans la liste par poids, la houille : 629.000 tonnes en 1913 contre i44ooo en i8g3 I La voici qui sort des flancs des cargos, à grand renfort de hottes, de bennes, s'amoncelle sur les quais, disparaît sur les camions et les wagons, soufflant sur son parcours des nuages de poussière noire. Elle va alimenter, outre les chaudières des navires à vapeur, celles des nombreuses usines de Nantes et environs. Houille anglaise, en majeure partie, naturellement.

Mais les progrès de l'industrie nantaise ont entraîné la nécessité de nouvelles constructions, de

même que les travaux d'amélioration du port. Et comme par l'amont les arrivages ne se font pas encore aisément, par l'aval parviennent les pierres et moellons dont le poids total atteint 207.000 tonnes, le chiffre le plus fort après celui de la houille.

Les produits alimentaires constituent un apport de premier ordre, une base solide pour le trafic nantais. En valeur, les céréales viennent en tête ; il y en a pour 3i millions de francs ! C'est un stock de 1 55.ooo tonnes que les navires ou, s'ils calent trop, les gabares amènent de l'Océan ou de Saint-Nazaire. Vite, on happe ces grains, on les projette dans les docks et, cette fois, c'est dans une poussière dorée que se hâtent les travailleurs. Certes le pays nantais est d'agriculture riche, mais il ne saurait suffire à l'entretien de l'industrie nantaise. Des anciennes raffineries, pour beaucoup, sont nées les biscuiteries actuelles et leur développement attire de plus en plus les cargaisons de céréales. Le touriste le moins averti ne peut manquer d'en être frappé : presque au sortir de la gare d'Orléans, de l'autre côté du canal Saint-Félix, la façade de l'usine « Lefèvre-Utile » attire forcément les regards. Cette maison fabrique 80.000 kilogs de « petits beurre » chaque jour. Ensemble, les biscuiteries nantaises produisent pour plus de i3 millions de francs par an. Beurre de Bretagne, blés des pays méditerranéens (jadis de Beauce et autres provinces françaises), sucres des Antilles se réunirent pour favoriser l'essor de cette industrie aujourd'hui célèbre dans le monde.

Les raffineries, jadis renommée de la ville, n'occupent plus leur rang primordial. Sans doute la betterave a disparu de la région et diverses lois,

comme celle de 1897, ont permis au sucre de canne de lutter au moins à armes égales. Mais, outre les pays qui, comme l'Allemagne et l'Autriche, ont réussi à fabriquer, à exporter des millions de tonnes de sucre de betterave, le Nord de la France a développé aussi ses cultures et ses usines. Nantes ne saurait lutter contre Paris. Et c'est bien pourquoi, avec à propos, les Nantais ont modifié leurs anciennes industries. Toutefois des raffineries existent encore et, en 191 3, outre 32.800 tonnes de sucre exotique, elles ont reçu 3o.ooo tonnes de sucre indigène (2o.poo par voie ferrée). La liaison avec les Antilles, avec la Réunion, n'est pas abandonnée et il faut estimer la valeur du sucre importé par mer à près de 10 millions de francs. Nantes sans sucrerie, ce ne serait plus tout à fait Nantes. Au reste, les industriels se sont ingéniés à tirer parti de tout et les produits de telles candiseries servent à fabriquer, avec les vins du pays ou du Saumurois, les « mousseux » qui prennent un certain renom.

Ont prospéré, par contre, de façon considérable, les industries des conserves alimentaires. On mit en boîtes d'abord le poisson et, depuis Douarnenez jusqu'à La Rochelle, les pêcheurs fournirent l'industrie nantaise de sardines et de maquereaux. Puis on y mit les légumes et viandes. Dans les pays bretons, la <( friterie », surtout quand la sardine se fit rare, traita petits pois, légumes divers dont la culture s'étendit vite, il y a quelque vingt ans, sur la côte sud, en partie grâce aux engrais fournis par les friteries mêmes, en partie grâce à ceux amenés des usines nantaises. Et ceci ne contribua pas peu à remédier à la crise sardinière. Citer des noms comme

<( Amieux », « Philippe et Canaud » suffit à évoquer l'idée d'une grande industrie française. Industrie fort apréciée notamment aux Etats-Unis. Aussi les navires apportent-ils à Nantes quantité de matières premières : g3o tonnes de poissons, 4oo de homards, 3.750 de légumes secs et pommes de terre (contre 760 en 1893), 180 tonnes de poivre, 3oo d'huiles diverses, qui complètent les apports de la voie ferrée ou du roulage.

Cette industrie des conserves alimentaires a favorisé ou suscité des industries connexes, celle du fer blanc, celle du bois pour les boîtes et emballages. La navigation en profite.

Quant aux autres importations d'ordre alimentaire, elles proviennent, soit des relations américaines (i55 tonnes de cacao, i5o de tapioca) soit des relations indo-chinoises (22.000 tonnes de riz). Mention spéciale doit être faite pour les vins : 34. 800 tonnes valant près de 10 millions de francs (on ne comptait que 9.000 tonnes en i8g3). Une partie de ces vins méridionaux sert au coupage, une autre est réexpédiée à l'intérieur ; une partie aussi est employée pour les conserves. Commerce toujours important puisque la Bretagne est dépourvue de vignes, commerce en progrès, intéressant, puisque la région nantaise est une région vinicole et que la Touraine aux crûs célèbres est toute proche.

Ainsi l'industrie alimentaire, en pleine prospérité, grâce à des transformations avisées, réclame à la navigation environ 100.000 tonnes de marchandises dont une large part est traitée sur place.

Nantes a appris à traiter sur place aussi les produits oléagineux. Dans un centre de vieilles traditions colo-

niales, dans une ville où l'on fabrique tant de conserves, il est naturel que les huileries, et conséquemment les savonneries se soient développées. Les 8.000 tonnes de produits oléagineux que les navires ont débarqués en 191 3, graines de coton d'Egypte, arachides d'Inde ou d'Afrique occidentale, copra d'Océanie accusent la valeur de cette industrie. Les savonneries produisent, par an, environ 16.000 tonnes de savons (18 millions de francs). Les maisons « Talvande et Douault », « Biette frères » maintiennent avec autorité cette fabrication spéciale qui rattache Nantes aux « colonies ». Vieilles traditions qui fleurissent en industries neuves. Et ces industries mêmes ont besoin de chaux, de produits chimiques qui vaudront aux navires un fret d'entrée rémunérateur. Leur revient, au moins une part des 4i.ooo tonnes signalées comme produits chimiques en 191 3.

Une autre part va aux fabriques d'engrais. On sait comment les raffineries, par l'intermédiaire du noir animal, suscitèrent cette industrie. Dans un pays comme celui-ci, où le sous-sol primaire exige des engrais, le débouché était certain. Les phosphates, les pyrites (plus de 200.000 tonnes en 191 1) se transforment en superphosphates, en phosphates moulus, en sels divers que l'agriculture régionale emploie avec succès et parfois les nitrates du Chili apportent leur contingent de matières premières. Et ces phosphates peuvent servir aussi au traitement des minerais de fer.

Les merrains, madriers, planches, billes de bois divers, bois de construction (86.000 tonnes), et bois exotiques (600 tonnes) servent l'ancienne industrie

du meuble, celle des caisses d'emballage, celle du bâtiment.

Drilles, chiffons (i.3oo tonnes), pâtes de cellulose (38.ooo tonnes), soufre (77.000 tonnes) approvisionnent les papeteries. Car la « Société des papeteries de l'Ouest », à Chantenay, s'est créé une situation importante et livre 10.000 tonnes de produits fabriqués.

Les tabacs sont traités à la manufacture, très active.

Enfin, il est une industrie qui, depuis quelque temps, se développe beaucoup, l'industrie métallurgique. Jadis bornée aux constructions navales, ou aux fabrications secondaires, elle tend à passer aux premiers rangs des industries nantaises. Les fonderies, tréfileries, usines de toutes sortes se multiplient. La mise en valeur des minerais angevins n'y est peutêtre pas étrangère. Tuyaux, feuillards, fers ouvrés, fer blanc, machines, grosse chaudronnerie sont produits en quantités chaque jour plus considérables. Si l'on fait entrer en ligne de compte les établissements de la Basse-Indre, de Couéron, d'Indret, on a l'impression d'une région métallurgique en train de s'affirmer. Aussi, outre la houille, les minerais importés progressent (8.3oo tonnes) ainsi que le plomb (1.700 tonnes), les machines (4.000 au lieu de 700 tonnes en i8g3), les outils (1.200 tonnes). Industrie d'avenir qui pourra distribuer aux autres industries nantaises l'outillage dont elles auront besoin.

Pour le moment, il reste que les navires débarquent au port de Nantes surtout des matières premières nécessaires à l'industrie locale, que la navigation alimente industries alimentaires, usines d'engrais, constructions navales, établissements métallurgiques

prospères, capables de développement. Non pas industries improvisées, mais industries qui dérivent, pour beaucoup, de l'ancien négoce, s'appuient sur les traditions et les capitaux accumulés et toujours renouvelés. Nantes est avant tout port de transformation industrielle.

Les expéditions de Nantes. — Il semble dès lors que son exportation doive consister principalement en produits ouvrés. Toutefois il faut tenir compte des réexportations, car Nantes est aussi port de distribution, de transit pour une vaste région encore en voie d'élargissement.

Minerais et houille prédominent, avec i85.ooo (1.100.000 francs) et 17.000 tonnes. L'afflux des minerais de fer d'Anjou (en i8g3 les minerais ne pesaient que 2.000 tonnes) fournit à la navigation nantaise ce fret de sortie tant réclamé. Il est à prévoir que ces expéditions s'accroîtront encore, ici comme à Saint- Nazaire. Quant à la houille, il s'agit de répartition entre les centres voisins et les chemins de fer.

Si nous relevons les chiffres qui concernent les denrées alimentaires, nous trouvons 11.000 tonnes de pommes de terre, 9.000 de sucre, 7.000 de céréales, 1.200 de riz, 1.000 de vins, 1.000 de poissons, 600 de biscuits et confitures, 56o de légumes conservés, 35o d'ceufs, 370 de chocolat. C'est peu, semble-t-il de prime abord. Mais, en premier lieu, la valeur marchande ne correspond guère au poids et, de fait, l'exportation du sucre, sous le rapport de la valeur, passe au premier plan avec 3.5oo.ooo francs ; puis les vins cotés 2 millions, les poissons 2 millions aussi, les céréales 1.700.000 francs, les pommes de terre

1.600.000. A ce point de vue, ce sont les produits alimentaires qui ont, de beaucoup, la plus grande importance. D'autre part ,il est certain que l'industrie nantaise approvisionne en grande quantité le marché national. Du côté de l'amont se dirigent bien des marchandises et, par là, la Loire ne « rend » pas encore. Si faible alors qu'apparaisse le tonnage de sortie en regard du tonnage d'entrée, les produits de l'industrie alimentaire y tiennent une place remarquable.

Ici, comme à Saint-Nazaire, comme en bien d'autres ports, on s'aperçoit que nos ventes valent plus qu'elles ne pèsent. Cependant, le jour où la Loire serait navigable sur un long parcours, la dissymétrie signalée pourrait s'atténuer quelque peu, autant qu'on puisse prévoir.

Parmi les autres objets qui remplissent les cales des cargos, les métaux ouvrés et outils comptent pour 2.600 tonnes, les bois et meubles se chiffrent par 8.000 tonnes ou 1.800.000 francs. Papeterie, livres ne pèsent que 4oo tonnes, mais valent 5oo.ooo francs. Les produits chimiques atteignent 1.700 tonnes et 900.000 francs, les parfums et savons 200 tonnes, très peu de tissus, à peine 77 tonnes.

Sur ce dernier point, entre autres, le trafic nantais se différencie du trafic nazairien. Le commerce de luxe y apparaît moins. Comme Saint-Nazaire, Nantes exporte minerais et denrées alimentaires. Mais déjà plus de denrées alimentaires et plus de conserves, naturellement. Plus de produits ouvrés, de produits de l'industrie nantaise. Ici encore, comme pour les arrivages, le caractère de port industriel s'affirme nettement.

Les fournisseurs de Nantes. — Pour les besoins de cette industrie, Nantes doit faire appel à de nombreux pays. A l'Angleterre d'abord qui lui envoie houille, goudron, machines, produits chimiques (274.000 tonnes) ; à l'Allemagne (5o.ooo tonnes contre 8.000 en 1893) qui fournit un complément de charbon, des métaux, du plomb. De Scandinavie, de Russie arrivent 56.4oo tonnes de bois, de pâte à papier. Soufre, vins, fruits (37.3oo tonnes) proviennent de la péninsule Ibérique. A notre Afrique du Nord, on achète beaucoup (71.300 tonnes) : pierres, céréales, cuirs, phosphates, vins aussi, et ces relations augmentent beaucoup. A l'Asie, à l'Océanie, on demande le riz, le copra, les arachides. Quant à l'Amérique, ce sont surtout les Etats du Sud (5 1.200 tonnes) qui comptent, donnant des céréales, des nitrates, du cacao, du sucre. Antilles et Amérique Centrale tiennent dans le marché nantais bien moins de place qu'à Saint-Nazaire. Angleterre, Europe septentrionale, Afrique française, telles sont les régions auxquelles Nantes a principalement recours pour ses industries métallurgiques, chimiques.

Les clients de Nantes. — Il en est à peu près de même lorsqu'il s'agit de la destination des marchandises nantaises. Toujours au premier rang se trouve l'Angleterre (4oo.ooo tonnes contre 18.000 en 1893) qui réclame des minerais, des céréales, des conserves, des fruits, des produits chimiques. La péninsule Ibérique absorbe ensuite une forte part du trafic (109.000 tonnes) sous forme de produits chimiques, légumes, produits ouvrés. Notre Afrique du Nord reçoit des métaux, des légumes, des conserves, des vins (94.000 tonnes). Vers la Hollande et la Belgique

s'expédient 9.500 tonnes dont beaucoup de minerais, article aussi très demandé par l'Allemagne qui, au total, prend i3.8oo tonnes (3.5oo en i8q3). Les Scandinaves ne comptent que pour g.5oo tonnes. Et les Antilles et l'Amérique prennent 6.000 tonnes de conserves et produits divers. En somme le trafic transocéanique n'occupe qu'une partie secondaire de la masse totale, tandis que l'Angleterre et les pays méditerranéens absorbent les plus grosses cargaisons ; mais il tient une place importante, eu égard à la valeur des produits.

Ainsi, à Nantes et à Saint-Nazaire, progrès remarquables du trafic total en dix ans, prédominance peut-être excessive encore de l'importation sur l'exportation, inégalité des échanges selon qu'on prend pour base le poids ou la valeur, supériorité regrettable du pavillon étranger, les deux ports nous confirment ce que tous nous apprendraient du caractère général du commerce maritime français. Cependant des progrès, des promesses se devinent qui risquent d'améliorer notre situation. Et l'on s'y efforce courageusement. Mais les deux ports, solidaires, manifestent aussi chacun leur caractère spécial, l'un plutôt adonné à la grande navigation, au trafic qui exige la rapidité et l'espace, l'autre plutôt voué au cabotage national et international, dominé par la nécessité de trouver, pour ses industries, marchés et débouchés. Rôles bien distribués qui s'harmonisent pour valoir à la Basse-Loire un champ d'action considérable, la façade atlantique de l'Europe, une bonne partie de la façade atlantique de l'Amérique, avec l'espoir d'un élargissement prochain vers l'intérieur de la France .

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