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LES CAGES D'AVENIR

En tout cas, on s'aperçoit assez que, la guerre terminée, Nantes et Saint-Nazaire, sans perdre un instant, se préoccupent de travailler à leur progrès. En train de continuer leur outillage et leur aménagement, les deux ports de la Basse-Loire savent unir leurs efforts pour l'intérêt commun. Et rien de ce qui peut accroître le trafic du port ne les laisse indifférents, ne les trouve surpris.

Ils peuvent escompter tous deux un bel avenir, très prospère. Saint-Nazaire s'affirme comme l'un de nos grands ports maritimes, apte aux grandes relations atlantiques qui exigent masse et vitesse. Anglais et Américains s'apprêtent à multiplier leurs relations de ce côté, tandis que l'Europe Centrale, du moins la Suisse, se préoccupe d'atteindre, par Saint-Nazaire, l'Océan. Le nombre des passagers a de fortes chances de s'accroître. D'autre part les marchandises telles que houille, céréales, produits coloniaux ne paraissent pas devoir diminuer beaucoup leur apport, et la reprise de notre exportation de luxe, la mise en valeur des régions de l'intérieur désormais en possession d'une voie navigable, profiteront encore au mouvement du port. La naviga-

tion d'escale, jusqu'à présent inopérante, ne peut pas manquer de s'établir dès que les travaux nécessaires seront achevés. Les chantiers de constructions navales vont jouir d'une activité nouvelle. Saint-Nazaire peut envisager l'avenir avec confiance ; le port retrouvera vite, sous d'autres formes, le tonnage dû à la guerre. Il saura devenir le grand port français qui reliera l'Amérique à l'Europe Centrale. Port en eau profonde, d'accès facile, bien relié à l'intérieur, il peut et doit vouloir, il veut compter parmi nos très grands ports.

Nantes aussi est assuré de progrès considérables. Il alimente, il est alimenté par des industries alimentaires, chimiques ou métallurgiques en bonne situation de progrès. Il prétend devoir se préparer pour la manutention de 4 millions de tonnes par an. La prétention se soutient bien si l'on réfléchit au fait que bientôt les navires calant de 7 m. 5o à 7 m. 65 pourront, en tout temps, naviguer sur la Basse-Loire, que, par la restauration d'une Loire navigable, c'est toute une large partie de la France qui tombe dans sa zone d'influence. Sans compter le trafic possible avec l'Europe Centrale, industrie et transit vaudront à Nantes l'un des tout premiers rangs parmi nos ports de rivière. La volonté tenace, l'esprit d'initiative des Nantais ne permettent pas d'en douter.

Que l'on veuille bien remarquer, encore une fois, que Nantes et Saint-Nazaire se complètent harmonieusement, que le port industriel de rivière se double d'un port commercial en eau profonde, que chacun connaît bien sa vie particulière, que tous deux sont d'accord sur le but à viser ; que l'on se souvienne du développement industriel de la Basse-Loire qui

NANTES ET SAINT-NAZAIRE l65

tend à réaliser l'union des deux ports par la succession ininterrompue des usines, des quais, des estacades ; que l'on songe que les conditions économiques de la région, originales, ne peuvent pas émettre les mêmes appels que les régions autres de l'Atlantique et que, par conséquent, le développementment de la Basse-Loire peut se manifester sans nuire aux progrès de nos autres ports ; et l'on avouera que, si l'on met à part le couple Le Havre-Rouen, nulle part en France, au moins pour l'instant, le commerce maritime ne trouve situation aussi privilégiée ; que, ici, il est sûr autant qu'ailleurs, d'un fructueux avenir.

« Une union bien comprise des ports de Saint- Nazaire et de Nantes fera de toute la Basse-Loire un des plus beaux établissements de France » disait récemment le Maire de Saint-Nazaire. Et, le 18 sep tembre 191 9, M. Schwob ajoutait, : « C'est l'association où chacun donne ce qu'il a et trouve ce qui lui manque, Nantes donnant, pour développer le trafic, ses fortunes acquises, ses vieilles relations, sa vieille expérience séculaire, et demandant, en échange, à Saint-Nazaire, sa jeunesse fougueuse, son initiative impulsive, son cran. »

Et, sans doute, la tâche serait plus aisée, mieux ordonnée, si l'on pouvait enfin obtenir cette autonomie des ports que la loi de 191 2 avait prévue en principe et qui, dans la pratique, est encore à venir.

Nantes et Saint-Nazaire, pour peu qu'on les y aide,; deviendront bientôt nos premiers ports de l'Atlantique, la double porte ouverte entre l'Océan d'une part et de l'autre non seulement la France, mais encore une partie de l'Europe Centrale.

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