TRIESTE
Trieste, en se donnant à l’empereur d'Autriche, il y a plus d’un siècle, avait demandé le perpétuel maintien de sa franchise. Autrefois le port et la ville étaient francs ; sous ce régime de liberté leurs progrès furent rapides. Trieste était un «simple hameau de pêcheurs, en 1764, avec 4.000 habitants ; elle en comptait 20.000 en 1768, 60.000 en 1814, el aujourd’hui, elle en a 150.000 » (1).
Les habitants de celte cité devenue importante jouissaicnt des avantages que donne la franchise intégrale. Ils consommaient des produits élrangers et notamment des vins fins, sans payer ni impôts, ni droits de douane: le trésor y perdait.
Trieste se vit alors faire le reproche d’être devenue çun port international et de ne pas montrer assez de sollicitude pour les produits autrichiens » (2). Malgré
À. Un port franc à Marseille, K. Amiot, p.101. 2. Rapport de M. Muzet, op. cit., p. 60.
les récriminations de ses habitants, habitués à ne supporter aucune charge et à vivre bien à bon marché, le 30 juin 1881 sa franchise était abolie ; une partie du port, seule, continuait &« à être considérée comme en dehors du territoire douanier (1) ; » les intérèts du commerce et de l’industrie étaient ainsi sauvegardés.
La Municipalité et la Chambre de Commerce, construisirent alors, à frais communs, de nombreux magasins et hangars. [ls n’agrandirent pas les bassins existants, et pourtant ces travaux étaient urgents puisque, à cette époque déjà, nous dit M. Muzet, « souvent des navires devaient attendre en rade que des places devinssent libres le long des quais. »
Les armateurs méconteuts de ces retards quittaient Trieste pour les ports voisins; les affaires n’allaient plus,el l'association formée par la Municipalité et la Chambre de Commerce fit une entreprise financière tellement détestable que l'Etat dut lui veuir en aide et lui racheter le matériel.
Le gouvernement autrichien pensa alors avec raison que le commerce de Trieste tombait, parce que le port ne répondait plus aux exigences du trafic. En 1897, il votait 50 millions pour l'agrandissement du port et le perfectionnement de son outillage.
Depuis cette époque, le « point franc » a une superficie de 40 hectares, dont 20 sont occupés par les bassins ; les quais, d’une longueur de 3.620 mètres, sont sillonnés par plus de 20 kilomètres de voies ferrées que
4. Règlement douanier du territoire franc de Trieste, art. 4,
fie
mettent en communication les unes avec les autres 134 plaques tournantes ; 54 grues hydrauliques, 100 grues fixes, 20 cabestans, 54 ascenseurs, assurent la manutention rapide des marchandises ; des pompes foulantes de 7.000 chevaux amènent l’eau nécessaire.
Le Gouvernement n’eut pas à regretter les sacrifices qu'il venait de faire, car de cette époque date un léger accroissement dans le commerce de Trieste. Sa valeur de 640.968 millions de florins (1) en 1896 monte à 674.985 en 1897 el à 706.233 en 1898 (2).
L'activité du port franc contraste avec la tranquillité du port douanier : «Si sortant du port franc, l’on suit la ligne des quais, on se trouve alors dans le port soumis à la douane, et l’on constate que si le premier est plein de mouvement, le second est à peu près délaissé, ne donnant abri qu'à quelques caboteurs, comme les canaux quien forment le prolongement en ville et qui ne reçoivent que les bateaux venus de la côte dalmate pour apporter les légumes, les fruits, etc., nécessaires à l’alimenta- Lion de Trieste.
Le port douanier ne possède d’ailleurs pas une seule grue... Aussi, est-ce à peu près exclusivement vers le port franc que se dirigent toutes les marchandises (3) ».
Pour mieux saisir le mécanisme et l’organisation du « point franc », pour mieux comprendre le rôle important qu'y Joue la douane, assertion qui semble au pre-