M. de Rousiers, op. cit., p. 202 à
3. Rapport présenté par M. Aftalion à la Société d'Economie Politique Nationale sur les industries du port franc de Hambourg. Travail National du 27 janvier 1901.
tions et en raison des facilités que donne la législation, le port franc est devenu, pourrait-on dire, « le quartier général des falsificateurs et des fraudeurs ».
« Ilne s’agit pas seulement, comme on pourrait le croire, et bien que ces opérations se fassent sur une large échelle, de mouillage et d’addition d’alccol, mais d'une véritable fabrication de vin étranger, fabrication opérée dans des conditions telles que le faux bordeaux présenté comme vrai, peut se débiter à 30 francs la pièce en laissant au fabricant une large marge de bénéfice ».
Les importations et les réexportations de vins non mousseux se répartissent ainsi à Hambourg pour l’année
ee Importations Exportations de marks de marks PANNE 2 ST 0 20.769 111.076 8.065 Par Elbe et chemins de fer. . . 33.901 3.119 176.161 43.124 Totaux 319.696 23.888 287.231 21.786
En 1899, Hambourg a done exporté presque autant de vins qu'il en à importé. La différence n’est que de 32.459, « notoirement inférieure à la consommation locale, ce qui est suggestif, puisqu'on trouve dans cette considération une preuve indirecte qu’en réalité l’expor- {ation est plus considérable que l'importation, ce qui démontre surabondamment l’adjonetion de mixtures et de fabrication ».
La statistique du commerce de Hambourg pour les cognacs, le rhum, et le genièvre est plus intéressante
encore :
sf
Pour les cognacs :
Importations Exportations
RIT ET . PE: Tete Re Hectolitres Milliers Prix Hectolitres Milliers Prix de marks moyen de marks moyen Parimers 12.302 2 741 DIS D) 1205 83 Par Elbe et ch. de fer. . 1.082 241 2923 10.651 os OPA Totaux . 13.384 2.985 25 490... 3518
‘ Ainsi, d’après les chiffres officiels, Hambourg a reçu 13.384 hectolitres de cognac ; il en a réexporté 25.190, c'est-à-dire presque le double. Pour comble, la valeur totale du cognac exporté n’est que très légèrement supérieure à celle du cognac importé.
La raison en est dans la diversité du prix de vente. Le prix moyen de l’hectolitre destiné à la consommation allemande est de 223 marks ; destiné aux marchés extérieurs, il tombe à 83 marks, prix moyen, el parfois même à 395 marks :
En 1899 en effet, 3.520 hectolitres de cognac furent vendus au Siam au prix moyen de 35 marks l’hectolitre, soit en monnaie française, 44 centimes le litre !
Pour le rhuuw, les chiffres de 1899 sont plus instructifs
encore :
Importations Exportations Hectolitres Mille Prix Hectolitres Mille Prix marks moyen marks moyen Prime UT DCS OO 1200063255 209/05537 Par Elbe et chem. defer. 486 me 40 7.848 941 120 Totaux - . 14.512 1.748 11.101 2.996
La quantité de rhum exportée est quintuple de la
quantité importée, tandis que la valeur totale ne double Le Marié 11
même pas. Le prix moyen de l’hectolitre, de 120 marks à l'importation, de 120 marks encore à l’exportation par l'Allemagne, tombe à 32 marks pour lesexportations vers l'étranger. L’ouest africain semble fout particulièrement affectionner cette liqueur hambourgeoise : il en reçoit 11.972 hectolilres à un prix moyen de 21 marks l'hectolitre ou de 26 centimes le litre !
Mêmes constatations pour le genièvre ; Hambourg, en 1899, en importe 20.096 hectolitres ; 1l en exporte 64.250 hectolitres, soit plus du triple. La valeur moyenne de 43 marks tombe à 28 marks s'il est exporté en Afrique !
M. Aftalion nous donne la raison de toutes ces multiplications à bon marché : « si par une habileté qui parait tenir du surnaturel Hambourg parvient ainsi à multiplier les quantités de rhum ou de cognac qu'il reçoit, il ne fait pas preuve du même talent en ce qui concerne les alcools de grains et de pommes de terre. Hambourg importe de l'étranger ou de l'empire allemand 437.263 hectolitres de ces alcools. Il en exporte seulement 239.844 hectolitres. Près de 200.000 hectolitres d'alcool ne sont pas réexportés ! Que deviennent-ils ?
Il semble que nous découvrons ainsi le mot de l'énigme. Le pouvoir magique de Hambourg consiste simplement à rectifier les alcools bruts de grains et de pommes de terre qu'il reçoit, et à les dénommer pour l'exportation « fine champagne » où « rhum des Antilles » après certaines additions et ane manipulation d’ailleurs fort sommaires.
La préparation de ces liqueurs spéciales, dites rhum ou
cognac, se fait principalement dans le port franc Elle peut se faire aussi dans trois fabriques cadenassées existant à Hambourg et jouissant du privilège de rectifier l’alcool étranger qu’elles importent en franchise ».
Brême travaille aussi le vin, mais sur une plus petite échelle. Chaque année, nous dit M. Muzet (1), «25.000 hectolitres de vins français mélangés avec 75.000 hectolitres de vins portugais y produisent 100.000 hectolitres de vins français généralement appelés Bordeaux ».
Par ailleurs le rapport de M. André Ferrière qui a étudié le fonctionnement du port de Copenhague, nous apprend que 6 maisons de vins se sont installées dans la zône franche. « Elles travaillent, nous dit-il, pour l’exportation, et ont toute liberté pour travailler et couper leurs vins comme elles l’entendent ».
M. Le Carpentier, dans l’Eclair, termine ainsi son étude sur la manipulation des vins dansles ports francs : « la chimie inorganique a sans doute plus de part que la physique dans ces coupages ». Or, si à Hambourg, à Brême ou à Copenhague on fabrique de faux cognacs, de faux bordeaux, de faux champagnes, cela, toute réserve faite au point de vue de la moralité de l'opération, n’est fâcheux qu’au point de vue de leur clientèle. S'il lui plaît de se laisser tromper, c’est son affaire. Le commerce et l'industrie allemands ou danois n’en souffrent pas : ils ne sont pas producteurs.
En France, il en serait autrement: {ce sont ces mêmes produits, c’est-à-dire, des produits soi-disant français