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CHAPITRE XXIII

Le Repentir.

Après le départ subit de Yago, don Alvar ne voyant dans la femme de son ancien esclave qu'une Indienne ignorante et timide, à peine en état de comprendre un mot de portugais, la laissa s'occuper des soins de son ménage et s'assit sur un banc de bois, à la porte de la maison. Là il réfléchissait à la singularité de sa destinée qui l'amenait en suppliant sous le toit d'un homme qu'il avait le droit de réclamer comme sa propriété, se demandant à lui-même s'il était possible que Yago ne l'eût pas reconnu : lorsqu'un Indien, arrivant du dehors, passa rapidement devant lui et fut parler secrètement à Farina. Le nègre avait allumé sa pipe et surveillait des travailleurs pour la construction d'un four. La confidence de l'Indien parut faire sur lui une impression si sérieuse qu'il jeta au loin sa pipe, et s'avança vers don Alvar auquel il dit d'un ton furieux :

« Traître ! avoue le dessein diabolique qui t'a conduit ici. Ton but a été de nous surprendre, afin de nous livrer à tes tribunaux infâmes; mais avant que tu en sois venu à bout, je te ferai écorcher vif par mes esclaves. Holà ! qu'on le mette d'abord en lieu de sûreté, et qu'on n'épargne pas les cordes ; son procès ne sera pas long. »

Don Alvar, que la surprise avait rendu muet en se voyant saisir el garrotter comme un malfaiteur, demanda enfln le motif d'un pareil traitement; mais il n'obtint pour toute ré|)onse que dos injures et des menaces entre-

e' s'^issii ^lii'imiipnc aehûi^,

29") mêlées d'affreux jurements. On le laissa tout lié sur la terre nue, dans un réduit bien fermé. La femme de Yago, bonne et simple créature comme sa fille, pour qui les ordres de son époux étaient des lois sacrées, sortit de sa demeure, attirée par le son de la voix glapissante du nègrecourroucé,etéleva la sienne en faveur de l'étranger, c C'est l'hôte de mon mari, dit-elle; pourquoi le maltraitez vous? Âlcazar m'a commandé de lui apprêter un plat de venaison et d'avoir grand soin de lui : que dira-til à son retour?

— Taisez-vous, femme, j'ai de bonnes raisons pour faire ce que je fais, et Âlcazar, loin d'en être mécontent, me reprochera plutôt de n'avoir pas immolé sur-lechamp ce perfide.

— Hélas! répliqua la Brésilienne, de quoi peut être coupable un vieillard qui porte de si beaux cheveux blancs? N'est-il pas venu seul et sans armes?

— C'est une ruse infernale de sa part. Des cavaliers armés sont là dans le bois qui n'attendent que son signal pour fondre sur nous, brûler notre colonie et nous emmener tous en esclavage. »

La femme, alarmée par ces nouvelles menaçantes, cessa de plaider la cause du beau vieillard pour s'inquiéter du sort de sa propre famille. Elle proposa même timidement quelques mesures de sûreté; mais Farina, de ce ton grossier et méprisant que prennent les hommes non civilisés en parlant au sexe le plus faible, lui imposa silence en disant :

« Mêlez-vous de faire cuire votre manioc, de filer et de tisser votre coton, et laissez-nous le soin du reste. »

Farina prit ensuite la précaution de faire barricader

rentrée du village, et irarmer ses servilcuis, afin de se tenir prêt à repousser l'invasion dont il se croyait menacé. Cet effroi subit venait du récit exagéré d'un esclave, qui, ayant entrevu de loin Alonzo et le religieux avec leurs chevaux et le mulet porteur du bagage, s'imagina qu'ils étaient un grand nombrede cavaliers, venus exprès pour détruire la colonie, que don Alvar était leur espion, et qu'ils les attaqueraient au retour des ténèbres. Le nègre, dont la conscience n'était pas tranquille, crut aisément ce faux rapport. Il se persuada que leur retraite était enfin découverte, et qu'on venait les saisir comme des esclaves fugitifs qui avaient volé leurs maîtres; mais en même temps il était bien déterminé à se défendre, et regardait don Alvar comme un otage précieux à conserver.

Alcazar, au retour de son expédition contre le Giboïa, fut à la fois surpris et alarmé de trouver leur village sur le pied de guerre. Sans s'arrêter au récit peu croyable que lui firent les serviteurs plus ou moins effrayés, il interrogea son associé, et écoula fort attentivement ses explications.

€ Quelles poursuites avons-nous à craindre? lui demanda-t-il ensuite. Le roi a bien d'autres affaires que d'envoyer ses soldats après deux habitants du désert, dont personne ne soupçonne l'existence. 11 est vrai que nous sommes des esclaves fugitifs; mais nos anciens maîtres se souviennent-ils seulement de nous?

— Ce n'est pas comme esclave que je crains d'être inquiété, reprit Farina, c'est comme larron, car je dois vous avouer qu'en recouvrant ma liberté, je courais risque de mourir de faim, si je n'eusse mis la main sur

un sac plein d'or qui apparlenait à mon niaîlrc. J'y joignis mènne quelques diamants aussi brillants que des étoiles. Or, ceux qui possèdent de telles choses sont toujours disposés à faire valoir leurs droits, et notre retraite une fois connue, je ne me trouve plus en sûreté. »

Quelque vicieux que soit l'homme, il ne découvre pas volontiers ses turpitudes, et sans la crainte qui s'était emparée de lui , le nègre aurait continué de garder son honteux secret. Yago, dont la conscience était chargée du même crime, ne laissa point échapper le sien, mais il ne put s'empêcher de rougir et de baisser les yeu\. Supérieur à Farina par son éducation et l'élévation naturelle de son caractère, il déplorait dej)uis longtemps la faute qu'il avait commise et ne cessait de songer au moyen de res-tituer à don Alvar la somme qu'il lui avait prise, sans compromettre sa liberté et l'existence de sa petite colonie. Il dit à Farina :

— Interrogeons le vieil étranger que j'ai laissé dans ma maison. Il ignore sans doute les rapports qui vous ont été faits?

— Quoi! s'écria le nègre, ne comprenez-vous pas qu'il est venu ici comme un espion et pouvais-je le laisser libre? Il est solidement lié dans un endroit, oîi ses yeux ne peuvent apprécier le fort et le faible de la colonie.

— Vous avez fort mal fait, repartit vivement le mulâtre, et cette violence ne peut qu'aggraver notre position, si le danger est réel. D'ailleurs j'ai seul le droit de disposer de mes hôtes, et je vous déclare que toucher à sa personne, c'est se mettre au rang de mes ennemis. »

La vive intelligence d'Alcazar, son excellente administration qui faisait prospérer la colonie, dont il était

2i!8 l'àme, lui donnaient sur son ignorant associé une influence extraordinaire. Quelque contrarié que fut le nègre, en voyant Alcazar aller dégager le vieillard de ses liens, il ne s'y opposa pas, et se contenta de murmurer entre ses dents les mots de tolérance imprudente. Yago revint avec le prisonnier, dont il n'avait voulu écouter ni les plaintes ni les justifications hors de la présence de son associé. Ils s'assirent tous les trois sous un palmier qui ombrageait le milieu de la cour, et là don Rodriguez, prenant le premier la parole, se plaignit avec un peu de hauteur du traitement qu'il avait essuyé,

€ Vous étiez les maîtres de me refuser l'entrée de votre habitation, continua-t il; mais, après m'y avoir reçu, vous m'y deviez paix et sécurité. Les sauvages eux-mêmes respectent les lois de l'hospitalité.

— Un espion n'est pas un hôte, dit brusquement Farina.

— Me prenez-vous donc pour tel? demanda le Portugais, encore plus offensé.

— Que voulez-vous que nous pensions d'un voyageur qui se présente seul ici, tandis que ses compagnons, armés et nombreux, se tiennent cachés dans nos bois? répliqua le nègre.

— Quelle folie est cela ! repartit don Alvar, ces compagnons nombreux et armés se réduisent à deux personnes, dont l'une est un pauvre vieux moine, et l'autre un jeune officier de mes amis, qui se sont joints à moi pour chercher mes filles. J'allais vous demander pour eux un asile, lorsque vous êtes parti subitement pour délivrer un bœuf en péril. »

Alcazar, se tournant vers son associé, lui dit :

« Vous vous alarmiez à tort , et le réeil qu'on vous a fait ne méritait aucune créance.

— Peut-être il ment, reprit le nègre obstiné en désignant don Alvar.

— Si un homme de mon rang osait me faire cette insulte, je saurais l'en faire repentir, répondit fièrement l'intrépide vieillard. »

La querelle menaçait de devenir sérieuse , lorsque la prudence du mulâtre intervint à propos. D'un geste il réprima l'insolence de son associé, et, s'adressant ensuite à don Rodrigucz :

« Si loin de la société des hommes civilisés , lui dit-il, ne soyez pas surpris de la rudesse de notre langage. Nous avons plus de relations avec les naturels de ce pays qu'avec la noblesse portugaise, et nos expressions doivent s'en ressentir. Quant aux soupçons dont vous avez été l'objet, ils sont pardonnables à des hommes isolés, sur la prévoyance desquels repose la sûreté de deux familles; mais pour vous prouver qu'ils sont entièrement détruits, et afin de rassurer tout à fait mon compagnon , je désire me présenter à vos amis, et leur montrer moi-même le chemin de mon habitation. »

Farina, alarmé de ce projet, le tira à l'écart pour le détourner de ce qu'il regardait comme une imprudence, lui remontrant que sa perte entraînerait celle de toute la colonie. Yago lui fit voir son fusil.

< Avec cela, dit-il , un homme de cœur n'est pas facile à terrasser. Tenez-vous prêt à me soutenir au premier coup que vous entendrez. ï

A peine le mulâtre et don Alvar furent-ils assez loin du village pour n'être vus ni entendus de personne , que

le premier s'arrêta tout à coup, et regardant Oxenient le Portugais :

« Seigneur don Rodrigue/, lui dit-il, me reconnaissezvous? »

A cette question inattendue, don Alvar baissa les yeux et demeura interdit, ne voulant ni trahir la vérité, ni humilier un homme à la merci duquel il se trouvait ti complètement. Yago continua :

« Vous m'avez reconnu, votre embarras me le confirme, et de mon côté, comment aurais-je pu oublier vos traits vénérables? Je suis profondément touché de l'indulgence avec laquelle vous agissez à mon égard, en feignant de ne voir en moi qu'un inconnu. Vous m'avez épargné la confusion de rougir de mes fautes en présence de ma famille , de mon associé et de mes serviteurs, et vous me laivssez jouir deleur confiance et de leur estime, qui tout usurpées qu'elles sont, font la sécurité de ma vie. Ce nouveau témoignage de votre bonté achève de me rendre le plus criminel des hommes.

— Yago, dit don Alvar en lui tendant la main , je reconnais à ce langage, que vous possédez toujours les heureuses qualités qui me rendaient autrefois votre jeunesse si chère. Oublions tout souvenir pénible, je ne veux voir en vous qu'un colon généreux, disposé à venir en aide à un malheureux père.

— Ah ! mon maître! s'écria le mulâtre attendri, est-ce en m'accablant de toute la grandeur de votre âme, que vous espérez me délivrer de mes remords? Moi , oublier le passé! jamais! Depuis qu'égaré par le désir de l'indépendance , parla crainte delà misère, j'ai si cruellement offensé mon bienfaiteur...

— Tout est pardonné, Yago, pourquoi rappeler ces pensées humiliantes?

— Il est lies fautes, senor, que l'homme, qu'elles n'ont pas entièrement perverti , ne se pardonne jamais à luimême. Mes remords, toujours vivants, se dressent toutes les nuits contre moi. Peut-être est-ce à la persévérance et à la sincérité de mon repentir, que je dois la faveur inespérée de vous revoir encore une fois sur la terre. Dieu, louché de mes regrets, m'a permis de vous les exprimer. »

En parlant ainsi, Yago versait des larmes amères. Don Kodriguezlui dit, pour le consoler, quela Providence ellemême semblait avoir tout dirigé pour le mieux, puisqu'elle le lui faisait retrouver dans un lieu et dans des circonstances où son secours pouvait le tirer d'une grande détresse.

« En m'aidant à retrouver ma famille, poursuivit-il , vous me rendrez un service qui effacera mille fois les torts que vous vous reprochez.

— Sénor, repartit vivement le coupable, je suis prêt à suivre vos ordres. Disposez de moi, de ma famille , de mes biens, comme de choses qui vous appartiennent. Vous avez perdu vos possessions, je vous supplie d'accepter les miennes; vos esclaves se sont enfuis, moi et mes enfants nous les remplacerons.

— Non, mon cher Yago, de tels sacrifices ne sont pas nécessaires; ce que j'ai sauvé du naufrage suffit pour nous faire vivre dans l'aisance, et si mes enfants me sont rendus , mon sort sera bien meilleur que celui d'un grand nombre de Portugais émigrés comme moi. »

Il lui expliqua dans le plus grand détail tout ce qui

lui était arrivé par suile de la guerre : la ruine de ses sucreries, les précautions qu'il avait prises de mettre en sûreté SCS capitaux, la disparition de son fils et l'enlèvement de ses filles. Alcazar l'assura que personne n'était mieux en état que lui de négocier cette dernière affaire avec les Tapuyas, leur petite colonie étant en relations commerciales avec des tribus assez éloignées. Elles échangeaient ensemble du bétail , des plumes d'oiseaux, de la poudre d'or, contre des peignes, des colliers de verre, des couteaux , des ciseaux et diverses bagatelles fabriquées en Europe , que les colons faisaient acheter dans les villes, par ceux de leurs esclaves qu'ils chargeaient d'y aller vendre des cuirs. Les encouragements que lui donnait Yago, le zèle qu'il montrait, et son vif désir de réparer ses anciens torts, relevèrent un peu l'espérance de ce malheureux père.

« Dieu prend pitié de mes infortunes, dit-il, puisqu'il me fait trouver un ami où je ne devais m'attendre qu'à rencontrer des adversaires. Cependant une chose m'inquiète encore : un personnage, moins bien intentionné que vous à mon égard, partage ici votre autorité. Peutêtre s'opposera-t-il à nos desseins. Dois-je exposer à sa malveillance les deux amis qui m'accompagnent?

— Ne craignez rien de lui, sénor, ni pour vous, ni pour eux. Farina est un homme dur et grossier, mais il m'est dévoué, je possède toute sa confiance, il entrera aisément dans tous mes projets et mes sentiments, aussitôt qu'il apprendra que vous m'êtes cher. »

Leur entretien continua jusque près du lieu oîi Alonzo ei le moine se tenaient cachés, attendant impatiemment leur ami. Il alla d'abord les trouver seul, pour les préve-

nir de ce qui se passait et leur recommander la discrétion au sujet du mulâtre, qu'ils ne devaient pas reconnaître pour un esclave fugitif. Cela leur était d'autant plus facile, que le pèreGonsalvo, le seul qui l'eût vu autrefois, l'avait quitté lorsqu'à peine Yago entrait dans son adolescence. La présence du dominicain lui causa cependant quelque trouble, mais le moine joua si bien son rôle, que l'esclave finit par se persuader qu'il ne le reconnaissait pas.

Farina fut obligé de convenir qu'il s'était alaimé mal à propos, et que ces voyageurs étaient des personnages inoffensifs, plus occupés de leurs propres intérêts que de chercher à leur nuire. Ainsi qu'Alcazar l'avait prévu , il fit même quelques efforts pour les bien recevoir, dès qu'il s'aperçut que cela plaisait à son associé : car Farina était intérieurement ennemi des blancs auxquels son cœur vindicatif ne pouvait pardonner un dur esclavage. Yago qui redoutait cette haine pour la sûreté de ses hôtes, employa adroitement un moyen pour l'intéresser personnellement à la réussite de leur entreprise.

c Cette famille, lui dit-il, est en crédit auprès du viceroi qui gouverne le Brésil , et la prudence nous engage à lui laisser un bon souvenir de notre hospitalité : car nous avons beau nous être réfugiés ici en dehors de la civilisation, elle finira tôt ou tard par nous atteindre, et à coup sûr nos enfants ne lui échapperont pas.

— Ils iront s'établir plus loin encore, répondit le nègre.

— A la bonne heure; mais s'ils se sentaient du goût pour la vie civilisée , pourquoi ne pas leur ménager les moyens de rester en sûreté parmi ceux qui en jouissent? Un service important rendu à une génération est souvent

reconnu par celle qui lui succède. Les descendants de don Alvar Rodriguez seront peut-être un jour les prolecteurs de nos petits-enfants; et quant à nous, le moins que nous puissions espérer de sa reconnaissance, c'est un présent considérable.

— Que peut faire pour nous un seigneur ruiné que mettent en fuite les Hollandais?

— Il ne faut pas prendre à la lettre les plaintes des riches ; cela signifie seulement que le fleuve d'or qui coulait dans sa maison est un peu diminué. N'avez-vous pas remarqué avec quel orgueil il a repoussé votre supposition, qu'il ne parlait de ses perles que pour être secouru? Soyez sûr qu'il possède encore de quoi nous rendre riches. »

Ces insinuations produisirent sur son cupide associé l'effet qu'Alcazar s'en était promis, et dès ce moment il n'eut plus à craindre son opposition, relativement aux mesures qu'il jugea nécessaire de prendre pour traiter avec les Tapuyas de la rançon des dames portugaises et du petit enfant.

Ces colons du désert avaient à leur service des naturels de diverses tribus, que leur passion pour l'eau-de-vie et le tabac, parfois aussi la disette des vivres, décidaient à s'engager pour un temps. Des enfants orphelins, tristes restes de quelque peuplade exterminée par la guerre, leur avaient été vendus par les chefs victorieux pour devenir leurs esclaves, ce qui rendait la colonie assez populeuse pour se défendre avantageusement en cas d'agression.

Alcazar assembla ses Indiens et leur expliqua les motifs qui avaient amené chez lui les trois étrangers, ajoutant «lu'il les chargeait de découvrir dans quelle tribu des Ta-

piiyas Mocap retenait les femmes blanches, afin que leur père pût aller les rejoimlrc et traiter avec le chef de leur rançon. Les Indiens aiment naturellement les voyages; tout changement de lieu est pour eux un plaisir. Ils montrèrent tous le même empressement. Gomme la colonie ne pouvait rester seule, Yago choisit six des serviteurs les plus intelligents pour les envoyer à la découverte. Ces six hommes chaussèrent aussitôt le mocassin, mirent sur leurs épaules un petit sac de peau de chèvre, où se trouvaient pour leur nourriture des gâteaux de farine de manioc et une gourde pleine d'eau de vie.

Alonzo de Sylva, les voyant prêts à partir, conçut la pensée de se joindre à eux, dans l'espoir que ses encouragements augmenteraient leur zèle, faciliteraient la négociation avec le chef tapuyas, et hâteraient la délivrance des captives. Don Alvar fut tenté de suivre cet exemple; mais il n'était plus jeune, il venait de supporter de grandes fatigues à la suite desquelles il avait ressenti quelques accès de fièvre. La crainte d'entraver l'activité de ses compagnons, en s'exposantà tomber malade en chemin, le fit céder aux représentations de ses amis. Le père Gonsalvo, vieux aussi, mais plus robuste que don Rodriguez, désirait secrètement être du voyage; il n'osait, toutefois, abandonner son vieil ami seul à la merci de deux hommes dont les antécédents lui inspiiaient peu de confiance. Don Alvar, lui-même, le conjura de partir, jugeant que son expérience et la connaissance qu'il avait du principal idiome des naturels, le rendraient, pour Alonzo, un précieux compagnon de voyage.

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