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CHAPITRE XXV

La colère du chef.

L'absence de la malheureuse fille de don Rodriguez ne tarda pas à inquiéter dona Elvire, redoutant toujours quelque entreprise de la part d'un prince sauvage, qui voyait ses vœux rebutés. Sachant qu'elle était allée à la fontaine, et que l'heure de son retour était passée depuis longtemps, Elvire sortit avec Yassi-Miri pour la chercher. L'étoffe de coton et la corbeille furent les objets qui frappèrent d'abord leurs regards, mais ils étaient tellement souillés par la fange humide et dans un tel désordre que la jeune dame, pâle et tremblante, s'écria en joignant les mains avec désespoir :

c Ma sœur a été dévorée par une bête féroce ! » Yassi-3Iiri, qui examinait plus minutieusement les choses, lui fit bientôt remarquer sur le sol les empreintes de plusieurs pieds nus, et parmi eux celle des pieds d'Héléna facile à distinguer des autres à cause de l'espèce de sandales qu'elle portait. Elvire s'en étant assurée par ses propres yeux, et remarquant que les pas d'Héléna ne se retrouvaient nulle part au delà, quoique les autres fussent toujours visibles, en conclut que sa sœur avait été enlevée. Mais par qui? Couarassi devenait naturellement l'objet de ses soupçons. S'il n'était pas lui-même l'auteur de cette coupable action, au moins l'avait-il ordonnée, et dans cette conviction dona Elvire voulait aller jusque dans la cabane du chef pour en arracher celle qu'elle re-

gardait de son devoir de protéger autant qu'elle le pouvait. Yassi-Miri lui fit observer que les pieds des ravisseurs se dirigeaient tous du côté opposé au village; elles purent les suivre quelque temps sur la terre amollie par la pluie, jusqu'à ce que cette terre disparaissant sous l'herbe, tout vestige de pas cessa de se montrer. Le soleil ne brillait plus, il faisait presque nuit, une plus longue perquisition devenant inutile et dangereuse, dona Elvire se laissa ramener auprès de son fils; mais auparavant elle appela trois fois Héléna d'une voix lamentable.

I^e sommeil n'approcha point de sa couche de toute la nuit, durant laquelle elle se releva vingt fois, croyant «entendre la voix ou les pas de celte sœur infortunée. Toujours persuadée que Couarassi était le coupable, elle n'avait pu s'adresser à lui, parce qu'elle apprit qu'il était parti pour une chasse qui durerait plusieurs jours. Cela ne dissipa point les soupçons d'Elvire, qui pensa que le chef espérait peut-être triompher plus promptement de In résistance d'Héléna en la séparant de sa sœur, et qu'il l'avait fait conduire dans un autre village. En formant ces diverses conjectures, la dame portugaise priait et versait beaucoup de larmes; mais quel eut été son désespoir si elle eût pu se douter qu'Héléna, durant cette nuit terrible, était seule, liée à un arbre, dans l'attente du plus affreux supplice?

Mocap refusa de croire que ce prétendu enlèvement fût l'ouvrage de Couarassi, dont le caractère ri élait nullement enclin à la violence; elle supposa plutôt que la jeune Portugaise, fière et irritable, avait pris le parti de s'enfuir seule comme elle les en avait menacées plus d' une fois. Lorsque Yassi-Miri lui objecta les pas nombreux

'-qu'elle avait reconnus sur le sol.Mocaplui répondit avec le sourire de l'incrédulité :

< Quand la femelle du crocodile a pondu, elle ne se l'oule pas seulement sur le sable qui recouvre ses œufs, ^lle se roule de même en vingt endroits différents, pour dérouter les ennemis de sa couvée. La jeune fille do don Rodriguez, aussi rusée que le crocodile, aura fait ellemême ces empreintes pour empêcher qu'on ne la suive.

— S'il en est ainsi, et qu'elle soit cachée dans la forêt, sa sœur peut donc espérer de la revoir?

— Je ne sais trop, repartit Mocap, la forêt n'est pas 5Ùre la nuit, et quant à fuir les dangers, cette fille est d'une race fière et orgueilleuse, toujours prête à les affronter. Peu m'importe, au reste, qu'elle vive ou qu'elle meure, ce qui m'inquiète, c'est la colère du chef. Je -crains qu'il ne me rende responsable d'un événement si -contraire à ses desseins.

— N'avais-je pas raison de dire qu'il valait mieux renoncer à votre projet de vengeance contre cette famille, «t nous contenter de nous tirer tous les trois ensemble de l'esclavage? Nous ne serions pas privées maintenant, vous d'un fils, et moi d'un mari, ni exposées aux violences du chef des Tapuyas. Ma mère, le messager des âmes vous a donné un mauvais conseil.

— Ne me parle pas ainsi, poursuivit Mocap; tes paroles sont celles d'une enfant ignorante. Ce que j'ai fait -est très bien fait. Ma vengeance était juste, il fallait rendre à l'étranger le mal pour le mal, je ne puis m'en repentir. Cachons aux Tapuyas ce qui vient d'arriver, au moins jusqu'au retour de Couarassi ; nous prendrons f)lus tard conseil des circonstances. >

Mocap, dès qu'il fit jour, voulut se rendre à la fontaine, et observer elle-même l'état des lieux ainsi que les empreintes restées sur le sol, mais elles trouva que la pluie les avait presque complètement effacées. Alors elle dit à Elvire qui venait de la rejoindre :

€ Allons consulter Paranopuza.

— Cet homme sait-il quelque chose de ma sœur? demanda vivement Elvire.

— Il sait tout, répondit Mocap avec emphase; c'est le plus habile devin de cette tribu. Mais je ne puis me présenter devant lui sans avoir quelque chose à lui offrir. Je vais faire cuire un gâteau de maïs.

— Laissez là de vaines superstitions, repartit dona Elvire. Dieu est le seul qu'on doive consulter, parce que seul il lit dans les secrets de l'avenir. Il est vrai qu'il l'a quelquefois révélé à ses prophètes, mais on ne peut croire sans impiété qu'il accorde le même privilège à des créatures qui ne le connaissent ni ne le servent.

— Eh! pourquoi celui qui découvre le gibier dans une forêt à plusieurs journées de dislance ne pourrait-il pas nous apprendre ce que la jeune fille est devenue ?

— Il en impose par ses fourberies, vous dis-je, et je n'offenserai pas le Dieu que j'adore en demandant à un misérable imposteur des secours et des consolations que le Seigneur peut seul accorder à mes prières. >

De retour dans sa cabane, Mocap se mit à pétrir de la farine et à cuire un gâteau , auquel elle joignit un rayon de miel. Elle arrangea ce présent dans un vase neuf, qui n'avait pas encore servi, et le porta au devin, dont la hutte solitaire n'était pas éloignée de la source oii Héléna avait été saisie par les femmes de Gouarassi.

Ce Paye, comme le disait Moeap, jouissait parmi les Tapuyas d'une grande célébrité, qu'il devait sans doute à son adresse et à la réussite de quelques prédictions hasardées avec bonheur. On le redoutait plus encore qu'on ne le révérait à cause de son caractère violent et farouche. Nous avons vu précédemment un jeune Indien épouvanté de ses menaces mourir de découragement et d'effroi.

Ce ne fut pas sans crainte que la fîèreMocap se présenta à la porte de ce personnage important. Cette porte se trouvait légèrement entre-bâillée, et cependant elle n'osa point en franchir le seuil avant d'en avoir obtenu la permission. Personne ne répondant à sa voix timide, Moeap se hasarda à jeter dans l'inléiieur un coup d'oeil fiirtif, qui lui apprit que le devin était absent. Elle se garda bien toutefois de pénétrer seule dans une demeure qu'elle supposait pleine de démons invisibles, et attendit patiemment en dehors le retour de Paranopuza. Au bout d'une heure elle l'aperçut enfin gravissant péniblement la montagne. Il s'arrêta un moment pour essuyer la sueur de son visage, et peut-être aussi pour se composer un maintien d'autant plus grave, qu'il remarqua qu'une femme l'attendait à sa porte. Dès qu'il fut assez près, Mocap déposa à terre son présent et lui dit d'un air respectueux :

« Si mon père a faim, voici un gâteau frais et un rayon de miel que la pauvre Tupinambas le prie d'accepter. >

Le Paye, sans daigner regarder le présent qu'on lui offrait avec tant d'humilité, se contenta de dire d'un air hautain :

« Que me veut l'esclave des Portugais? >

A ce reproche, Mocap releva la lèle et répondit d'un air piqué:

« Il est vrai que des voleurs d'hommes ont épié l'heure de mon sommeil, et s'étant emparés de moi m'ont vendue pour être l'esclave des méchants Portugais; mais mon père doit savoir aussi que je me suis vengée, et que des femmes portugaises servent Mocap à leur tour.

— Deux femmes blanches sont en effet venues avec toi chez les Tapuyas : d'où vient que je n'en vois plus qu'une seule dans ta cabane?

— Que mon père le dise; c'est pour qu'il me l'apprenne que je suis venue ici. »

Alors le devin, lui imposant silence, commença ses jongleries ordinaires; il feignit d'entrer en communication avec quelque esprit invisible, prononça des paroles sans suite, accompagnées de gestes bizarres, et finit par prononcer distinctement ces phrases, tandis qu'il ouvrait démesurément les yeux, comme s'il eût vu les choses qu'il décrivait :

« Là, devant moi, estime grande rivière... Une femme étrangère fuit le long de ses bords;... elle s'avance rapidement sans apercevoir la mère de l'eau qui la guette, cachée dans les roseaux du rivage... Mais dès que le souffle empesté de l'yacu-mama peut l'atteindre, la jeune fille se trouble, elle n'a plus la force de marcher, ses genoux tremblent, ils se heurtent l'un contre l'autre; elletom.be... A présent, je ne vois plus qu'un bras qui s'agite et un grand serpent qui disparaît sous l'eau avec sa proie. J'ai dit.

— Je le pensais ainsi, reprit Mocap. Héléna s'est imprudemment enfuie seule de ma cabane; elle est devenue

ia pâture de la mère de l'eau; mais Couarassi ne ra'accusera-t-il pas d'avoir favorisé cette fuite? n'ai-je rien à craindre de sa colère?

— J'ai parlé pour le présent que j'ai reçu, répliqua le devin; l'Esprit s'en est allé, mes yeux ne voient plus rien. >

Mocap baissa la tête et se retira pensive, émerveillée de la science de Paranopuza, sans se douter qu'il avait <ité le témoin secret de l'attentat des six femmes tapuyas, et de leur projet de livrer Héléna à la voracité du monstre qu'ils appelaient yacu-mama, la mère de l'eau. Ce malin-là même il s'était rendu au bord de la rivière pour s'assurer du sort d'Héléna, et ne l'ayant pas trouvée, il en conclut que le serpent l'avait entraînée au fond du fleuve. Qu'on ne s'étonne pas de sa froide cruauté à laisser périr une infortunée, sans essayer de la défendre, sans élever même la voix en sa faveur ; tous les moyens paraissent bons à quiconque ne vit et n'obtient de crédit que par l'imposture. Il n'était pas d'ailleurs de son intérêt de se brouiller avec les femmes du chef, et l'étrangeté du mariage de Cuuarassi avec une Portugaise ne déplaisant pas moins au Paye qu'aux autres Tapuyas, Paranopuza a'avait eu garde de s'opposer à un acte de vengeance qui en rendait l'exécution impossible.

Sans ajouter aucune foi à la prétendue science Ju jongleur brésilien, dona Elvire, par une de ces singularités inexplicables dont se compose l'esprit humain, aîleiidait avec anxiété le retour de Mocap. Un affreux serrement de cœur s'empara d'elle au récit de la vision de Paranopuza; mais la réflexion lui rendit le courage, et honteuse de s'être laissée un seul moment abattre par les paroles

de ce misérable imposteur, elle soutint qu'il était impossible que sa sœur l'eût abandonnée volontairement et livrée à une incertitude aussi cruelle. Elle en revint à ses premiers soupçons, que c'était Gouarassi qui retenait sa sœur captive, et qu'il n'avait feint de partir pour la chasse que pour mieux cacher sa participation à cette violence.

Quels furent l'impatience et le désespoir de cette dame infortunée, lorsqu'il lui fallut attendre le retour du chef pour lui demander justice de cet enlèvement, quel qu'en fût l'auteur, se souciant fort peu des recommandations de Mocap, qui ne songeait qu'aux moyens de le tenir caché le plus de temps possible ! La vieille Tupinambas avait même répandu à dessein la nouvelle qu'Héléna, malade, De se levait point de son hamac , mais cette précaution ne fit que hâter au contraire l'éclat qu'elle redoutait, car, dès son retour, Gouarassi étant accouru avec empressement pour s'informer de la maladie de la jeune captive, Elvire lui découvrit tout par ses reproches mêlés de larmes.

A cette nouvelle inattendue , la consternation du chef fut si grande qu'Elvire ne put douter plus longtemps de son innocence. Dans la vive indignation qui lui succéda, il proféra les menaces les plus terribles contre ceux qui avaient osé enlever la jeune fille ou faciliter son évasion. En même temps il regardait Mocap avec des yeux étincelants de colère. Cette femme lui jura toute tremblante que, bien loin de se montrer contraire à ses désirs, elle s'était efforcée de persuader à sa jeune captive que ce serait pour elle un grand honneur de devenir la reine des Tapuyas, que c'était peut-être à cause de cela que la jeune personne ûère et obstinée avait pris la fuite et s'était jetée

dans un péril qui venait de terminer ses jours, ainsi qu'elle l'avait appris de Paranopuza. A ce nom, Couarassi sortit brusquement pour se rendre à la demeure du Paye, où il entendit sans doute les mêmes révélations que Mocap, car il revint chez elle d'un air moins furieux qu'auparavant.

« Tu ne m'as point trompé, dit-il, c'est pourquoi je te laisserai vivre; mais que mes yeux ne te voient plus, ni toi ni ceux qui habitent dans ta maison. Tant que vous resterez dans ma tribu, la consolation n'entrera pas dans mon cœur; partez. >

Mocap, désolée de cet ordre, le conjura de le rélractei-, ou de lui permettre d'attendre au moins le retour d'Arraïp, son fils; mais Couarassi lui serrant le bras avec violence lui répliqua en grinçant les dents :

< Vieille misérable, oses-tu bien murmurer contre mes ordres? Fuis, te dis-je. Si la nuit de demain te retrouve dans cette cabane, je vous y fais brûler toutes les trois, sans même épargner ce petit enfant. »

Après cette terrible menace, il les quitta brusquement. Condamnée de nouveau à l'exil, Mocap se mit à déplorer son sort.

« Maudit soit le jour, s'écria-t-elle , où une race détestée fut apportée par les vents sur le rivage de mes pères ! Avec elle sont arrivées pour nous la ruine et la désolation. Nous avions trouvé chez les Tapuyas des amis, des frères, une cabane commode, des champs pour fournir à nos besoins, et un coin de terre pour recevoir nos os; mais la seule présence de ces Portugaises nous a fait perdre tous ces avantages. >

Absorbée dans sa douleur et ne pouvant s'occuper que

d'IIélcna, dona Elvire qui avait besoin d'une grande attention pour comprendre le langage barbare des indigènes, n'avait entendu qu'imparfaitement les paroles courroucées du chef; mais les plaintes de Mocap retentirent plus distinctement à ses oreilles.

1 Que vous êtes injuste ! lui dit-elle ; si le sort de ma sœur irrite ce Tapuyas , s'il vous fait des reproches à son sujet, la faute en est à vous, qui nous avez conduites ici malgré nous.

— 11 s'agit bien de reproches, répliqua brusquement Mocap ; le chef des Tapuyas veut que nous quittions surle-champ son territoire, ne i'avez-vous pas entendu? Et parce qu'il a plu à cette orgueilleuse de préférer la mort au premier rang parmi les femmes de cette tribu, il faut que je m'exile une seconde fois dans ma vieillesse. Où aller? que devenir?

— Si Arraïp était ici, continua Yassi-Miri, son bras nous protégerait contre les tigres , et il nous conduirait peut-être vers des peuplades hospitalières qui le recevraient parmi leurs guerriers, car Arraïp est jeune et fort; mais qui voudra se charger de femmes inutiles telles que nous?

— Écoutez-moi, ajouta dona Elvire, et recevez un conseil qui remédiera à tout et assurera à jamais le repos de vos jours. Reprenons le chemin des colonies. Si Dieu a disposé de la vie d'Héléna , j'obtiendrai de son père qu'il ne vous impute point ce malheur. Si elle se trouve en des mains trop puissantes pour que nous puissions l'en arracher, don Rodriguez viendra la réclamer luimême.

— Moi ! reprit Mocap, me remettre volontairement au

o27 pouvoir d'une peuple que je liais! jamais, jamais, vous dis-je.

— Et moi, poursuivit hardiment Elvire, je ne vous accompagnerai pas dans votre fuite. Servitude pour servitude, je préfère demeurer parmi les Tapuyas. Eux au moins ne m'ont point trahie et faite prisonnière en abusant de ma bonne foi. i

A cette déclaration prononcéed'un ton ferme, la vieille Tupinambas sentit son naturel féroce se réveiller; elle saisit un couteau et allait en frapper Elvire par derrière, lorsque Yassi-Miri la désarma et s'empressa de cacher sous sa pagne le couteau fatal. Alors Mocap se mit à faire les apprêts du départ. Cette scène effrayante s'était passée en silence , à Tinsu de la jeune dame, qui, sans se douter du péril qu'elle venait de courir, s'affermissait dans sa résolution d'attendre dans ce lieu ou sa perte ou sa délivrance. Elle s'applaudissait secrètement d'avoir trouvé si peu d'opposition de la part de Mocap, dont le silence lui paraissait de bon augure, et songeait que son fils était assez fort pour être sevré, quand tout à coup la rusée Mocap, profitant d'un instant favorable, s'empara de Sébastien et s'enfuit avec lui. C'était la seconde fois qu'elle avait recours à ce moyen , il lui réussit comme la première; la mère désespérée aurait suivi jusque dans la tombe celle qui lui ravissait son enfant.

Leur marche incertaine (car Mocap n'avait point encore de but déterminé) les conduisit sur les rives de ce même fleuve où Héléna avait été abandonnée par les femmes de Gouarassi. Elvire l'ignorait, mais occupée de ses douloureuses pensées, elle suivait tristement les pas de ses conductrices, la tète penchée sur sa poitrine, les

yeux fixés sur la terre, parsemée çà et là de touffes d'herbe. Quelque chose de brillant ayant attiré son attention, elle se baissa pour le ramasser, et au même instant elle jeta un cri dedélresse. Elvire venait de reconnaître l'une des boucles d'oreille que portait sa bellesœur. Elle la montra à ses compagnes.

« N'en soyez pas surprise, dit Mocap, c'est ici en effet que Paranopuza a découvert la jeune fille, et vous avez maintenant la certitude qu'elle a péri comme l'esprit invisible l'a déclaré au Paye. >

Dona Elvire était loin d'ajouter foi à la science de l'imposteur, mais elle devina presque la vérité en le supposant instruit du sort d'Héléna par quelque circonstance fortuite, et perdit dès ce moment la faible espérance qu'elle nourrissait encore de la revoir. De nouvelles larmes vinrent inonder ses yeux. Cependant, tout en déplorant cette mort cruelle et prématurée, il lui sembla qu'elle s'en consolerait plus facilement que de l'horrible nécessité de l'abandonner vivante, elle, si jeune et si pure, au milieu de ces hommes grossiers et ignorants.

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