LES POSSÉDÉES DE LOUDUN S
D. « Propier quam causam ingressus es in corpiut hujiis virffinis ? (Pour quelle raison es-tu entr6 dans le corps de cette vierge 'i)
R. « Causa animositatis (Par animosité).
D, « Per quod pactum ? (Par quel pacte V)
R. « Per Jlores (Par des fieurs).
D. « Quoles ? (Quelles fleurs ?)
R. « Rasas (Des roses).
D. « Quis misit ? (Qui les a envoyées?)
R. « Lirhanus (Urbain).
D. « Die cognomen (Dis son surnom).
R. « Grandier.
D. « Die qualitatem (Dis sa qualité).
R. « Saeerdos (Prêtre).
D. « Cujus ecclesiœ ? (De qu'-^lle église?)
R. « Sancti Peiri (De Saint-Pierre).
D. « C^î<ft? persona a^ifa/iïy/ores f (Quelle personne apporta les fieurs?)
R. « Diaholiea (Diabolique). »
Il y aurait, croyons-nous, plus d'une observation à faire sur cet interrogatoire. Bon nombre d'écrivains ont peut-être exagéré la haine de Mignon pour Urbain Grandier, mais il est permis de se demander si en accusant de sortilège le curé de Saint-Pierre, le démon lui causait beaucoup de chagrin, étant donnés les démêlés que ce dernier avait eus avec plusieurs membres de sa famille.
Le Rituel recommande à l'exorciste de se méfier des réponses, Je l'esprit mauvais. Satan est menteur de sa nature et ne dit la vérité que lorsqu'il y est contraint. Or, en lisant ce qui précède, on se demande si Mignon a un sr'ul instant mis er doute la sincérité de son infernal interlocuteur.
Pour tout homme qui réfléchit, raccu'=ation dirigée par le démon contre le curé de Loudun ne prouve pas que ce dei-nier fût coupable.
Dans le dialogue entre Mignon et le démon qui
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possédait Jeanne de Belfiel il est question d'un pacte où des fleurs ont joué un rôle considérable. Urbain Grandier aurait fait jeter dans le couvent un bouquet de roses, bouquet fatal qui amena la possession des religieuses et conduisit au bûcher le malheureux prêtre.
Dans une seconde séance où le bailli, escorté de son greffier, voulut régler d'office les questions qui seraient adressées aux possédées, on demanda à la supérieure si elle était tombée au pouvoir du démon expacto magi aut ex pura voluntate Dei (Par le pacte d'un magicien ou par la pure volonté de Dieu).
« Non est volantas Dei^ répondit-elle (Ce n'est pas par la volonté de Dieu). »
Il paraît que Barré intervenant, alors que le bailli seul devait [)arler, demanda quel était ce magicien,
« Urbanus (Urbain), dit Jeanne de Belfiel.
« Est-nc t/rôanus papa? (Est-ce le pape Urbain?))) poursuivit l'exurciste.
La possédée répondit : « Grandier. »
Le bailli reprit alors son rôle, que Barré avait un moment usurpé en violation de l'accord intervenu au début de la séance.
Voici quelles furent les questions qu'il posa :
« Cujus regionis est ille magus f (De quel pays est ce magicien V)
« Cenomanensis (Du Mans).
« Cujus diœcesis ? (De quel diocèse ?)
« Pitiaviencis (De Poitiers), »
La netteté des réponses ne laissait rien à désirer. Mais voilà que tout à coup Jeanne de Belfiel rentra dans son état normal. Le démon étant redevenu muet, l'exorciste le somma de répondre. « Pourquoi es-tu entré dans le corps de cette jeunefille? lui demanda-t-il. (Quare ingressus es in corpus hujus puellœ f)
« A cause de ta présence (propter prœseniiam iuam) », fut-il répondu.