‹ Les possédées de Loudun et Urbain GrandierChapitre 5 sur 9 · LES POSSÉDÉES DB LOUDUN · texte numérisé non relu

LES POSSÉDÉES DB LOUDUN

Barré n'insista pas, craignant peut-être que le dialogue ne tournât d'une façon désagréable.

Les démons, d'ailleurs, semblaient prendre à tâche de dérouter les exorcistes, soit au moyen de ijlaisanteries saugrenues, soit en affectant une ignorance calculée.

Parfois ils faisaient, dans leurs réponses aux questions latines qui leur étaient posées, des solécismes »iue démentait la correction habituelle de leur laniiage.

Dans la séance qui précisa celle que nous venons de rappeler, une religieuse nomma plusieurs fois Urbain Grandier, mais en éclatant de rire. Puis, se tournant vers les exorcistes, elle leur dit sur un ton méprisant : « Vous ne faites rien qui vaille. »

Désarçonné par ces facéties, Barré ne sut pas user de son pouvoir, et forcer le démon à changer d'attitude.

Une question se présente ici d'elle-même, question à laquelle nous croyons utile de répondre avant d''aller plus loin :

La possession peut-elle être le résultat de pratiques magiques?

« Que l'exorciste, lisons-nous dans le Rituel, ordonne au démon de dire s'il est détenu dans le possédé par suite d'une opération magique, ou par le fait de ces signes sacramentels qui servent à communiquer les sorts et les maléfices, operam magieam aut malefiea signa vel instrumenta. Enfin, si quelqu'un de ces signes était avalé par le possédé. qu'on le lui fasse vomir ; et s'ils sont ailleurs, qu'il les découvre et qu'on les brûle (1). »

De là à pouvoir conclure que l'accusation portée par le démon contre le curé de Saint-Pierre était fondée, il y a loin.

(1) Rituel romain, article d«s exorcismes.

Nous ne voyons pas que les exorcistes aient fait de sérieux efforts pour obliger l'esprit du mal à dire la vérité. Il y avait, semble-t-il, imprudence à se contenter d'une affirmation de celui que l'Eglise appelle le père du mensonge. Satan ne cherchait-il pas, en accusant un prêtre de sortilège, à jeter le trouble dans les âmest

Les faits dont Loudun fut le théâtre se reproduiduisirent sur plusieurs points de l'Europe. L'épidémie démoniaque sévit surtout dans le Brandebourg, en Hollande et en Allemagne, et coïncida avec les progrès du protestantisme. Aussi, a-t-on pu dire avec une certaine raison qu'an moment où Luther parut, l'ange de l'abîme fut déchaîné, et joignit ses efforts à ceux du novateur et de ses disciples, pour assurer le succès de la nouvelle hérésie, en même temps qu'il se plaisait à tourmenter les vierges consacrées à Dieu.

A Uvertel, dans le canton de Boom, une communauté de religieuses fut, comme les Ui-sulines, en butte au'c molestations du démon. De même à Kintorp, dans le voisinage de Strasbourg, au couvent de Sainte-Brigitte, à Lille et à Cologne, chez les Filles de Nazareth.

Le docteur Calmeil reconnaît que, dans ces divers établissements, comme, d'ailleurs, chez les Ursulines de Loudun, on ne se borna pas à pratiquer des exorcismes. Des médecins de grande réputation furent appelés à donner leur avis. Mais il reproche à ces représent m ts de la science médicale d'avoir plus compté sur l'efficacité des remèdes spirituels que sur les ressources de la thérapeutique.

L'autorité ecclésiastique exigea d'eux, pour l'affaire de Loudun, plus de trente rapports, tant elle avait le désir de s'éclairer. Il est donc impossible de soutenir, avec les auteurs protesiants, que tout se bornait à une jonglerie habilement machinée par ks ennemis d'Urbain Grandicr.

Le docteur Calmeil, auquel on a pu reprocher certaines préventions, mais dont on n'a jamais S'Oupçonné la bonne foi, blâme les membres de la Faculté de Montpellier qui, af>pelés à se prononcer sur des accidents du même genre survenus à Nîmes et quelques autres localités du Midi, laissèrent entrevoir que les démoniaques se moquaient de la piété des populations. Il approuve, au contraire, les médecins qui, ayant constaté les faits de visa, opinèrent dans le sens de la possession, étant donnée la nature des phénomènes dont ils étaient les témoins. « Nulle part, dit-il, la démonopa/hie n'étant décrite comme l'expression d'une simple altération des fonctions naturel.es, il, fallait en venir à confesser que l'ensemble des accidents que l'on avait sous les yeux ne ressemblait positivement à l'ien de ce qui avait été signalé jusque là par les patuologi:-tes (1). »

Empruntons encore à l'ancien médecin de l'Asile de Charent.on quelques lignes sur l'état dans lequel les religieuses étaient plongées au moment de leurs crises. On ne pourra pas, de cette façon, nous accuser de charger le tableau :

« Telle religieuse, couchée sur le ventre, écrit-il, les bras tordus sur le dos, défie un prêtre qui la poursuit avec le Saint Saci-ement ; celle-ci, courbée en arrière, phée en double, affecte de marcher, la nuque posée sur les talons ; celle-là imprime à sa tête des mouvements étranges... Je vis une chose qui me surprit beaucoup, confesse le Père Surin, et qui était ordinaire à toutes les possédées : c'est qu'étant renversées en arriére, la tète leur venait aux talons, et fclles marchaient ainsi avec une vitesse surprenante et fort longtemps ; j'en vis une qui étant relevée se frappait la poitrine et les épaules avec sa tête, mais

(1) Cnlineil, De la Folie

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d'une si grande vitesse et si rudemeat, qu'il n'y a au montle personne, si agile qu'il soit, qui puisse rien faire qui en approche... Quant à leurs cris, c'étaient des hurlem nls de damnés, de loups enragés, de bêtes horribles. On ne saurait inia^ilner de quelle force elles criaient. Souvent la langue des énergumènes pendait hors de leur bouche, mais la noirceur, la tuméfaction et la dureté de cet organe disparaissaient aussitôt qu'il était rentré dans la cavité buccale (1). »

Mme de Belfiel entendait parler un être vivant dans son propre corps, pendant que les exorcistes l'interrogeaient.

Souvent aussi, la crise une fois passée, il y avait oubli complet des propos échaiigés entre elle et ceux qui lui adressaient des questitjns.

Un jour, elle fit, sous l'influence de l'Esprit qui la dominait, une dissertation furt savante dont la durée fut de deux heures. Lorsqu'elle eut fini, il ne lui resla aucun souvenir de ce qu'elle venait de dire.

Le docteur Calmeil prétend que le somnambulisme produit en partie les effets constatés chez les possédées de Loudun. Eu partie, soit. Encore faudrait-il savoir ce que c'est que le magnétisme, et à quelle cause on doit l'atti'ibuer.

« Au mois de mai lGo4, poursuit le savant manigraphe, Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, voulant juger par lui-même de l'état des Ursulines, se rendit à Loudun et assista à quelques séances des exorcismes. La supérieure, exorcisée par le Père Surin, adora d'abord le Saint Sacrement, en donnant tous les signes d'un violent désespoir. Bientôt le Père, répétant le commandement qu'il avait déjà fait, mit le corps de la prieure dans une violente

(1) Calmei!, ibid.

convulsion, tirant une langue horriblement déformée, noirâtre et grenée comme du maroquin sans eue pressée des dents... On remarqua, entre autres postures, une telle extension des jambes, qu'il y avait sept pieds d'un pied à l'autre. Elle demeura dans ceV.e posture assez longtemps, avec tremblements étranges, ne touchant la tene que du ventre. S'étant relevée, il fut commandé encore une fois au démon de s'approcher du Saint Sacrement... Ayant proféré quelques paroles, il devint encore plus forcené, se mordant les bras...

« Puis l'agitation cessa peu après, et la fille revint à elle, n'ayant pas le poids plus ému que s'il ne s'était passé rien d'extraordinaire (1). »

Ce fut dans cette même séance, et pendant qu'il s'entretenait avec Gaston d'Orléans, que le Père Surin subit, à son tour, une attaque du démon qui le renversa deux fois. Forcé de lâcher prise par l'application qu'on lui fit du Saint Sacrement, l'Esprit malin se reprit à tourmenter la su|)érieure.

Le frère du roi, voulant faire personnellement une expérience qu'on avait plusieurs fois tentée avant lui, communiqua à l'exorciste un ordre secret que Mme de Belfiel exécuta immédiatement. On pouvait constater à chaque instant que les énergunièaes lisaient dans la pensée des exorcistes.

L'auteur de VHistoire des di ihles de Loudun^ faisant trêve un instant avec le parti pris (jui règne dans son livre, a laissé échapper un aveu qu'il est bon de retenir : « Toutes les personnes, réformées ou papisles^ avec lesquelles on a eu des entretiens à ce sujet, écrit-il, et qui avaient assisté aux exoreismes, sont demeurées d'accord de tous les faits relatifs à la possession de deux exorcistes, comme de la plupart des autres faits contenus dans la re-

(1) Calmeil, ibuU

lation de ce qui s'est passé en présence de Monsieur, frère du Roi (1). »

Gaston d'Orléans signa le procès-verbal dans lequel furent consignés les incidents dont il avait été témoin, ajoutant verbalement qu'il fallait être fou pour ne pas croire aux possessions.

Des faits équivalents à ceux que nous venons de rapporter se passèrent sous les yeux des évêques de Chàlons, de Besançon, de Toulouse, de Rodez, de Rennes, etc., de plusieurs membres du Parlement, parmi lesquels M. de Kériolet, auquel le démon fit une peinuire saisissante de l'éiat le plus secret de son àme et qui se convertit. Citons encore lord Montagu qui, frappé de ce qu'il avait vu, se rendit à Rome pour y abjurer le protestantisme entre les mains du pape, et y recevoir les ordres sacrés.

Disons un mot d'un phénomène sur lequel les écrivains protestants et libres penseurs ont passé légèrement ou bâti des histoires qui se réfutent d'elles-mêmes, tant elles brillent par le ridicule. Nous voulons parler de la suspension en l'air, ou lévitation^ pour nous servir d'un mot nouveau.

Les autorités que nous venons de citer, et dont personne ne s'avisera de contester l'honorabilité et les lumières, ont certifié que la supérieure resta suspendue à deux pieds du sol pendant assez longten'ps.

Quelques écrivains, au nombre desquels Louis Figuier, ont prétendu, de longues années après l'événement, que Jeanne de Belfiel se soutenait sur la pointe des pieds, ne craignant pas de donner un démenti formel aux nombreux témoins qui ont attesié la réalité du fait, après l'avoir contrôlé avec un soin méticuleux.

Se soutenir un temps notable sur la pointe des

(1) Histoire des diables de Loudun, p. 182.

pieds, de manière à troiïiper des spectateurs intelligents et résolus à se rendre compte des moindres détails, est chose absolument impossible. On peut se demander, en outre, si ce genre d'exercice ne dépasse pas les forces de n'importe quelle danseuse. Les auteurs qui, pour ne pas admettre une intervention supra-naturelle, ont recours à des explications de ce genre, nous semblent peu compétents en matière d'équilibre. Ils n'ont, d'ailleurs, s'ils veulent se convaincre de la faiblesse de leur raisonnement, qu'à interroger le corps de ballet de l'Opéra. La réponse sera péremptoire.

On nous citera sans doute des faits nombreux de léoitation chez des gens que personne encore ne s'est avisé de classer parmi les énergumènes. Pour que l'argument eut quelque valeur, il faudrait pouvoir démontrer que l'action des Esprits ne s.> manifeste que chez les possédés. Or, il n'est pas un occultiste qui n'afrirme le cou Liai re, avec preuve à l'appui. — Qui ne sait que la plupart de ceux qui ont joui jusqu'à présent de ce triste privilège — en dehors des cas où on peut l'attribuer à la sain te; é — avouaient en toute franchise qu'ils se sentaient soulevés et maintenus en l'air par une force extérieure.

Aux phénomènes que nous venons de signaler se joignait, chez les Ursulines, la connaissance des langues étrangères et la faculté de les parler couramment sans les avoir jamais apprises. Nos lecteurs savent ce qu'il faut penser des sjlécismes, que l'on a accidentellement reprochés au démon dans ses réponses aux exorcistes. Ces incorrections de langage étaient voulues et avaient pour but de dérouler la sagacité de ceux qui l'interrogeaient.

Au début, les possédées se bornaient à répondre en latin, mais plus tard on put les interroger dans n'importe quelle langue.

Ainsi qu'on peut le constater par la lecture des

procès -verbaux, de nun.breuses questions leur furent posées en grec, en espai^nol, en italien, en turc, etc. , sans qu'elles parussent embarrassées dans leurs réponses.

Le P. Viguier, supérieur de l'Oratoire de la Rochelle, se servit du grec pendant toute une aprèsmidi, de même l'évêque de Nîmes ; et tous les deux, purent se convaincre de l'irréprochable correction avec laquelle leurs interlocutrices parlaient cette langue.

Des médecins interrogèrent les possédées sur des matières scientifiques, en se servant de termes grecs peu connus dans le langage courant, et furent émerveillés de l'assurance et de l'exactitude de leurs réponses.

Un monsieur Launay de Razelli, qui avait longtemps habité l'Aniérique, parla aux énergumènes l'idiome de certaines peuplades inconnues de l'Europe. Non seulement elles lui répondirent dans le mônae dialecte, mais elles se plurent à lui rappeler certains faits qui s'étaient passés dans ces pays lointains et dont il avait été témoin.

Avec leur mauvaise foi habituelle les écrivains rationalistes ont nié ces détails, attestés pardescentaiiies de témoins et consignés dans des documents authentiques.

La négation est chose facile, mais encore faut -il qu'elle soit appuyée de preuves irrécusables. Le scepticisme , lorsqu'on le pousse trop loin , est un insolent défi porié à l'histoire, la mise en réforme du témoignage humain pour cause d'insuffisance.

Forcé de reconnaître que les possédés ne pouvaient pas parler des langues qu'elles n'avaient jamais apprises, le docteur Bertrand explique ce phénomène par la pénétration magnétique de la ■pensée.

Des mots, toujours des mots, grandiloquents, je le veux bien, mais impuissants à faire la lumière.

Rien ne serait agréable comme de voyager en pays étranger, si on pouvait, au moyen de quelques passes magnétiques, comprendre les peuples que l'un visite et se faire comprendre d'eux. Le magnétisme remplacerait avantageusement les professeurs de langues.

Je me demande si le docteur Bertrand, qui fut un savant aussi aimable que distingué, put s'empêcher de rire en écrivant la phrase que nous venons de citer (1).

Ses explications sont d'autant plus embarrassées, qu'il admet comme indubitables tous les faits attestés par les témoins et consignés dans des procèsverbaux signés de leurs noms.

Louis Figuier, que ces documents gênent sans doute, croit se tirer d'affaire en faisant une pirouette, ce qui le dispense d'en conlester l'exaciitude. Il les appelle dédaigneusement : Les procès-verbaux de Laubardemont.

Laubardemont ne fut peut-être pas à l'abri de tout reproche, mais il faut reconnaître que les historiens anticatholiques et ceux qui, de bonne foi, se sont bornés à les copier, ont fait preuve à son égard d'un manque absolu d'équité.

On l'a représenté comme un instrument de haine aux mains de Richeheu, qui voulait, a-t-on dit, faire expier au curé de Saint-Pierre l'audace qu'il avait eue de publier un libelle contre lui, ce qui est contesté.

Or, Bayle lui-même a écrit que Laubardemont « choisit les douze juges appelés à se prononcer dans l'affaire des Ursulines et d'Urbain Grandier

(1) On sait que, dans son ouvrage Du magnétisme animal en France, l'excellent docteur explique une foule de choses scientifiquemeut inexpli ables par ÏÈxtàse.

parmi les plus grand hommes de bien », ce qui était, on l'avouera, une singulière façon d'obtenir d'eux un jugement inique.

Le docteur Calmeil, de son côté, n'hésite pas à déclarer que toutes les calomnies des auteurs pro-testants et autres contre les religieuses et les exorcistes so«^ comp^é^emen^ détruites par l'exposition des faits (1).

Les savants qui ont négligé le côté historique de la question prétendent que l'état des Ursulines était purement pathologique, comme s'il suffisait d'être cataleptique pour comprendre et parler n'importe quelle lai gue, et discourir sans préparation sur des matières scientifiques que l'on n'a jamais étudiées.

Cette explication vaut celle du docteur Bertrand, si même elle la vaut.

L'hystérie joue, à son tour, un rôle dans l'affaire. Il le faut bien. On sait que l'hystérie est la suprême ressource du médecin qui se trouve en présence d'une maladie dont il ne peut déterminer la nature et la cause.

. Pour beaucoup, le magnétisme, l'hypnotisme et la suggestion expliquent la plupart des faits que l'on attribuait jadis à l'intervention d'agents surnaturels.

Il serait bon d'en finir une fois pour toutes avec les pétitions de principes auxquelles on a recours pour dissimuler l'impuissance où l'on est de donner scientifiquement l'explication de certains phénomènes.

Avant de nous dire, avec le docteur Calmeil, que le magnétisme produit des effets analogues à ceux que l'on attribue au démon, il faudrait nous apprendre ce que c'est que le magnétisme. Il n'est pas . nécessaire d'être un grand logicien pour comprendre cela.

(1) Calmeil, De la folie.

On a prétendu que « Tappareil déployé par les exorcistes, leurs adjurations, leurs gestes imposants et forcenés, tenaient lieu des manipulations que nos magnétiseurs emploient pour endormir leurs sujets », et firent tout le mal. « Opérant sur des jeunes filles nerveuses, malades, mélancoliques, les exorcistes produisaient chez elles une f)artie des phénomènes auxquels donne lieu le Si)innambulisme artificiel. »

Ainsi raisonne Louis Figuier.

Nous ferons observer à l'auteur de YHistoire du ■merveilleux, que les exorcistes n'intervinrent que lorsque l'autorité ecclésiasti'jue et les représentants de la science médicale eurent déclaré qu'il y avait possession. Leurs gestes imposants et forcenés n'avaient donc pu produire un mal qui exi-tait déjà. Ce n'est pas d'ailleurs avec des gestes de cette nature, gestes que Louis Figuier attribue gratuitement aux exorcistes, que le magnétiseur, si habile soit-il, peut communiquer au magnétisé le don des langues et l'initier aux secrets d'une science qu'il n'a jamais étudiée et qu'ignore souvent l'opérateur lui-même.

Le pouvoir magnétique ne va pas, que nous sachions, jusqu'à donner au sujet qui lui sert d'instrument la faculté de lire au fond des âmes.

Et puis, le magnétisme est-il vraiment ce qu'on nous dit ? « Magie, mesmérisme, magnétisme, somnambulisme, spiritisme, hypnotisme... ne sont que Satanisme », a écrit le Père Ventura que personne ne s'avisera de taxer d'ignorance (1).

Le baron du Potct, qui n'était pas un esprit faible et dont la science magnétique fait autorité, ne pensait pas autrement que le célèbre théatin.

« J'avoue, écrit-il en parlant de ses premières ex-

(1) Lettre à M. Gougenot des Mousseaux dans les Hautv phé~ noménes de lu magie.

Ténences, que la peur me prit. Je vis des choses extraordinaires, des spectacles étranges : et je sentis en moi comme l'approche et le contact d'êtres invisibles encore. J'avais toute ma raison ; mon incrédulité même ne m'avait pas quitté. Je ne sais pourtant qui m'ôta le courage et fit naître en moi l'effroi. Je ne crois point au diable ; mai<= je le dis sans réserve, mon scepticisme finit par être vaincu. Il est permis d'avuir un peu peur quand la maison tremble (1). »

« J'ai senti les atteintes de la redoutable puissance, dit-il ailleurs. Un jour, entouré d'un grand nombre de personnes, je faisais des expériences, et cette force évoquée — un autre dirait ce démon — agita tout mon corps. Mon corps, entraîné par une sorte de tourbillon, était, malgré ma volonté, contraint d'obéir et de fléchir. Le lien était fait, le pacte consommé, une puissance occulte venait de me prêter son concours, s'était sourloe à la force qui m'était propre, et me permettait de voir la lumière (2). »

Du Potet a encore écrit dans le Journal du Magnétisme, numéro 198, p. 163, cette phrase caractéristique : « Je croyais qu'il serait dangereux, pour l'existence même du magnétisme, de receler à tous ce que quelques-uns doivent seuls connaître. »

L'auteur se demande ensuite si, en dehors des Esprits, le fluide magnétique peut être pris au sérieux. Voici sa réponse :

« Pour nous, cette question ne fait pas l'objet d'un doute ; nous reconnaissons et nous admettons qu'il existe en chaque être une foule d'agents intelligents soumis à un régulateur suprême ! Nous sommes convaincus que chaque organe a, dans son centre, le principe même de son action ; qu'il n'est pas une fonction concourant à la vie de l'homme qui ne soit

(1) Du Potet, Afagie dévoilée, p, 221.

(2) Du Potet, Ibid. p. 152-153.

réglée par une intelligence... Je dis donc qu'il y a en nous des ouvriers intelligents, et qu'à chaque instant notre corps peut être visité par des agents égalements vivants, venant du dehors, et ayant puissance sur le domaine que nous croyons nous appartenir enpropre.

« Ne puis-je point faire pénétrer en autrui, par des voies inconnues, l'agent subtil nommé magnétisme ? Ne puis-je point, par lui, faire exécuter mon commandement, lorsque rien na pu traduire aux yeux ma pensée ? Cette pensée, ainsi portée, quelle estelle ? La reconnaissez-vous pour être matérielle ? Mais elle va, tout à l'heure, faire mouvoir la machine qui est étrangère à mon être, et produire une sorte d'évocation des esprits qui l'animent ! Car ceux-ci répondront à mon appel, et feront éclore la pensée ; ils la traduiront même en actes visibles. C'est une erreur de croire que toutes les conceptions de notre esprit viennent de nous-mêmes ! Souvent tout nous vient du dehors (1). »

Eliphas-Lévi écrit, de son côté, que l'agent du magnétisme est « une force connue des anciens, et dont la direction tient immédiatement au grand arcane de la magie transcendantale. Par la direction de cet agent, on peut correspondre, en un instant, d'une extrémité à l'autre de la terre ; on peut guérir ou frapper à distance !... Et cet agent, qui se révèle à peine sous les tâtonnements desdiscif)lesd9 Mesmer — le grand revivifîcateur du magnétisme -• est précisément ce que les adeptes du moyen âge appelaient la matière du grand œuvre. Les gnostiques en faisaient le corps igné du Saint-Esprit ; et c'était lui qu'on adorait dans les rites secrets du Sabbat ou du Temple sous la figure hiéroglyphique du Baphomet ou du bouc androgyne de Mendès (2). »

(1) Du Potet, Journal du Magnétisme, n* 180, p. 33. ',2) Eliptias-Lévi, Dogme de la magie, p. 23.

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Il y a donc, si nous en croyons les deux adeptes que nous venons de citer, deux entités parfaitement distinctes dansThoiu me qui subit l'influence magnétique.

L'opinion de du Puiet et d'Eliphas-Lévi est partagée par deux autres célébrités de l'occultisme qui firent quelque bruit sous le règne de Napoléon III. Nous voulons parler de MM. Home et Regazzioni.

Les spiriles admettent les possessions tout en niant l'existence du diable.

« L'obsession, dit Allan-Kardec, dans ses Œuvres posthumes, est l'empire que les mauvais esprits prennent sur certaines personnes, en vue de les maîtriser et de soumettre leur volonté, par le plaisir qu'ils éprouvent à faire le mal.

«Lorsque, poursuit-il, un esprit, bon ou mauvais, veut agir sur un individu, il l'enveloppe, pour ainsi dire, de son périsprit comme d'un manteau ; les fluides se pénétrant, les deux pensées et les deux volontés se confondent, et l'esprit peut alors se servir de ce corps comme du sien propre, le faire agir selon sa volonté, parler, écrire, dessiner, tels sont les médiums... » Si l'esprit est pervers et méchant, il « paralyse jusqu'à la volonté » de celui qu'il domine... « Il le fait penser, parler, agir par lui, le pousse malgré lui à des actes extravagants ou ridicules, en un mot il le magnétise, le cataleptise moralement... Telle est la cause de l'obsession, de la fascination et de la subjugation qui se maintient à des degrés d'intensité très divers. C'est le paroxysme de la subjugation qu'on appelle vulgairement possession. »

Allan-Kardec ajoute que le possédé a souvent conscience du ridicule de ce qu'il fait, « mais qu'il est contraint de le faire, comme si un homme plus vigoureux que lui faisait mouvoir contre son gré ses bras, ses jambes et sa langue » (1).

(\) AIIan-Kardec, Œuvres posthumes, p. 6i) et 70.

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