‹ Les possédées noiresChapitre 5 sur 7 · LES RITES MYSTÉRIEUX · texte numérisé non relu

LES RITES MYSTÉRIEUX

Les solennités religieuses de l’antiquité hellénique, n’étaient pas toutes publiques et populaires. Certains rites présentaient un caractère plus particulièrement auguste, et ceux-là seuls pouvaient y participer qui s'étaient soumis à une longue préparation antérieure, ou. comme on disait, à une initiation. Telles étaient les cérémonies secrètes connues sous le nom de Mystères dont les profanes étaient sévèrement exclus, et sur lesquelles les initiés s'engageaient par serment à ne faire aucune révélation.

Les fêtes nocturnes de Dionysos étaient soumises à ces mêmes lois ; ce sont elles qu’on désignait surtout sous le nom d 'Orgies. Le mot fut appliqué par la suite à toutes les cérémonies bruyantes et désordonnées, où l'on rapportait le délire et les extases à une influence surnaturelle. Et comme aux rites primitifs purement symboliques et religieux, vinrent bientôt s’ajouter des scènes licencieuses et des représentations obscènes, u orgie » devint synonyme de débauche, sens que ce terme a conservé encore aujourd'hui.

Il n’est pas douteux qu’au cours des Orgies et des

Mystères de l’antiquité, se produisirent des excès d'une révoltante immoralité.

On a voulu trouver une explication, et comme une excuse, à ces rites scandaleux dans le sens symbolique que la religion attribuait aux actes de la génération (1).

Cette hypothèse semble trouver sa confirmation dans de nombreux exemples; il suffit pour s’en convaincre, de constater le grand nombre de représentations figurées où; dans des scènes de pompe religieuse, se rencontrent des personnages de l’un et l'autre sexe dans des poses voluptueuses et indécentes, s'ébattant en toute liberté sous l’œil placide et bienveillant du dieu.

Il est certain également que parmi ces initiés, beaucoup, perdant de vue leur rôle symbolique, profitaient des circonstances pour donner libre cours à leurs excès. On peut même, aux temps de la décadence, élever de légitimes soupçons sur la moralité des prêtres et des prêtresses qui présidaient à ce rituel dévergondé.

Ces réserves faites, surtout en ce qui concerne les mystères de la basse époque, où hommes et femmes se trouvaient mélangés, on peut certainement trouver une explication de l'apparence licencieuse de ces rites, dans le caractère même de plusieurs phénomènes nerveux qui relèvent encore de l’hystérie.

Le temps n’est pas loin où ce mot d'hystérie était synonyme de dévergondage. L’allure de certains gestes et de certaines attitudes avait contribué à faire naître cette confusion. On sait aujourd'hui qu'ils sont simplement la traduction d’une hallucination et d’un délire ; mais les apparences restent toujours déconcertantes, et l’on com prend très bien qu’ils aient donné lieu à de semblables interprétations.

Quand une hystérique en attaque est sous le coup d’une hallucination terrifiante, quand elle s'imagine as-

(1) Voy. Plutarq, De Def , orac ., § 14.

sister à une scène d’incendie ou de meurtre, elle exprime, par sa mimique et par ses paroles, toute l’horreur que lui inspire cette vision. Elle se bouche les yeux, elle repousse l’assassin qui la menace, elle se défend, se débat, et, au milieu de phrases entrecoupées, haletante, elle prend toutes les attitudes qui correspondent à la situation dramatique à laquelle elle croit participer.

Pareillement, si dans son esprit s’éveille une image agréable, si l'hallucination lui représente un tableau d’amour, si l’objet aimé semble s’approcher d’elle, tout son être traduit le ravissement ; elle envoie des baisers, dit de tendres paroles ; elle serre dans ses bras l’amant imaginaire ; son visage, son corps entier tressaillent comme sous une étreinte voluptueuse. Elle s’abandonne... et à cette scène lascive fait suite un mol anéantissement.

De tels spectacles, empreints d’un tel caractère de vérité et de réalisme, ne pouvaient manquer de frapper vivement les assistants, et leur étrangeté mystérieuse devait être fatalement rapportée à une intervention extra humaine.

C’est le Dieu qui provoquait cette voluptueuse extase, le Dieu qui consentait pour un temps à posséder son adoratrice et à l honorer de ses faveurs. Le nombre des victimes qui tombèrent entre les bras de Jupiter ou d’Apollon est incalculable. Mais les bonnes fortunes des dieux de l’Olympe ne sont ni plus nombreuses ni moins imaginaires que celles des Lucifer, des Astaroth et des Belzebuth chrétiens.

Il est fort possible que ces légendes amoureuses aient pris leur origine dans des scènes délirantes du genre de celles qu’on observe chez les hystériques d’aujourd’hui.

Les mythographes ont symbolisé la description de l’attaque délirante. Les poètes l’ont agrémentée selon leur goût ; mais sous le mythe enguirlandé de méta-

phores dont le temps emporte un à un les morceaux, transparaît la loi de nature, immuable et souveraine, que rien ne saurait altérer.

Les mêmes excès, les mêmes croyances et aussi la même interprétation se retrouvent encore chez les peuples nègres de l’Afrique.

« Il ya, dit l’abbé Pierre Bouche, dans le récit de ses voyages au Dahomé (1), des jours consacrés à Dan (le Serpent). On célèbre aussi en son honneur des septennaires ou des triduum. Durant trois jours, quelquefois durant une semaine entière, on boit et l’on danse, et I on apporte au dieu des oblations. Les femmes du Serpent (prêtresses) s’occupent du décor et veillent à approvisionner d’eau et les fétiches et les danseurs. Elles font les immolations. La danse se prolonge quelquefois jusqu’au lendemain. Je renonce à dire ce que sont ces danses nocturnes, pêle-mêle d’hommes et de femmes, qui se livrent sans retenue aux emportements du dévergondage, non seulement sans rougir, mais encore en s’excusant et en se faisant un mérite de leurs excès : « Elles sont possédées par le dieu , disent-elles, c’est le dieu qui les agite et les mène ; c’est le dieu qui les féconde et qui leur fait connaître les douceurs de la maternité. »

On ne peut pas ne pas rapprocher ces scènes de celles qu’on prétendait avoir lieu dans les Sabbats des Sorciers au Moyen Age.

Les récits de Bodin, de de Lancre, etc., nous représentent ces nocturnes assemblées des Magiciens et des Magiciennes, comme le théâtre des plus monstrueux débordements. Sans parler des débauches effrénées à la description desquelles se complaisent certains écrivains

(1) Abbé Pierre Bouche. Les côtes des esclaves et le Dahomé. Paris 1885, p. 396.

du temps, on nous affirme que sorciers et sorcières réunis en de lugubres ripailles se gorgeaient de chair humaine : des enfants nouveau-nés nuitamment déterrés dans les cimetières composaient le dessert habituel de ces macabres festins.

Nous savons aujourd’hui ce qu'il faut penser de ces récits fantaisistes. Sorcières et Magiciens, broyés par la main de fer de l'Inquisition, inventaient, sous l’atrocité de la torture, les plus invraisemblables histoires. Les simples y ajoutaient foi naïvement, terrorisés par la peur du Diable, — le Tout-Puissant d’alors, — que d'autres, moins crédules et surtout plus adroits, savaient utiliser pour leur cause, comme un épouvantail menaçant, derrière lequel s’allumait la lueur sinistre des bûchers.

Les chroniques du Moyen-Age, et jusqu'au XVII.. siècle sont peuplées d’histoires de sorcières qui, se disant possédées par le diable , s’imaginaient avoir commerce avec lui. La liste des incubes et des succubes est longue, long aussi le défilé des condamnés qui montèrent de ce chef sur les bûchers de l’Inquisition.

Nous savons aujourd’hui que la plupart de ces malheureux et de ces malheureuses auxquels le chevalet ou les brodequins arrachaient ces funestes révélations n’étaient que d’innocentes victimes d’une maladie nerveuse ou d’une vésanie. Leurs récits lamentables et terrifiants n'étaient pas seulement des créations fictives d’une imagination déréglée. Souvent en proie à des hallucinations véritables, les prétendues sorcières traduisaient simplement dans leurs discours les sensations imaginaires qu elles croyaient avoir éprouvées réellement.

Visions du sang, de carnage et de mort, coordonnées plus tard en scènes d’infernales orgies, mais qui prenaient leur origine dans ces rêves colorés d’hystériques où le rouge apparaît si fréquemment ; envolements nocturnes, chevauchées fantastiques, tournoiements vertigineux, voluptés diaboliques, accouplements mons-

trueux : autant d'hallucinations affectant la sensibilité générale , le sens musculaire , le sens génital , autant de perceptions sans objet, interprétées comme des réalités senties et systématisées dans un même délire.

On ne saurait méconnaître l’analogie qu’il y a entre les incubes ou succubes du moyen âge et les êtres mystérieux connus sous le nom de Djinn.

Abou Mansour Et Thalabi, auteur arabe ancien, en parle en ces termes : (1)

u Les djinn (2) femelles donnent Y épilepsie à ceux d’entre les hommes dont elles deviennent amoureuses; et quand ces amants humains sont renversés, étourdis par l’attaque épileptique , c’est qu’elles vont se mettre en union charnelle et matrimoniale avec eux. De même les djinn mâles frappent d’épilepsie les filles des hommes, pour en jouir comme amantes au moment de l’étourdissement épileptique. » Au lieu d’épilepsie, il faut lire hystérie , et l’on trouve aisément l’interprétation de ces accouplements imaginaires.

Les sorciers d’ailleurs ne sont pas l’apanage du monde européen seulement. On sait le rôle tout puissant que jouent les féticheurs chez les populations sauvages de l’ancien et du nouveau continent.

Au Soudan, la foi en la sorcellerie est grande. Les vieillards sont souvent accusés d’avoir des relations avec les esprits. Les vieilles femmes sont fréquemment assimilées aux hyènes. La plupart des gens du pays tiennent pour certain que les sorcières ont la faculté d’aller, pendant la nuit, se loger dans le corps de ces animaux où il est impossible de les reconnaître.

i l) Dans un passage de son livre, Fikr et lorha (connaissance de la langue arabe), traduit et cité par le docteur Perron dans l’ouvrage d’Et Tounsi,

(2) Djinn signifie « esprit, génie bon ou mauvais », mais est pris le plus souvent dans le sens de « démon, mauvais génie. »

Cette croyance se rattache évidemment à des cas de zoanthropie absolument analogues à ceux qui donnèrent naissance aux loups-garous du Moyen Age, l'hyène étant l’animal nocturne qui. dans les pays chauds, a remplacé le loup de nos contrées.

On retrouve encore des accidents de nature hvstéri-

que dans les cérémonies d 'initiation des féticheurs chez les peuplades nègres du Dahomey. A la suite de longs jeûnes et de mystérieuses préparations, les néophytes, souvent choisis parmi les prédisposés, tombent dans un état nerveux qui n’est autre qu’une attaque d’hystérie.

« L’aspirant aux ordres (sacerdotaux) est habituellement tenu complètement à l’écart, et sa sensibilité travaillée par des bruits mystérieux que l'on fait durer pendant un certain temps, généralement un mois. Si, à la fin de cette période, le fétiche ne s’est pas révélé, l’aspirant est renvoyé comme indigne de la coiffure sacerdotale...,

« L’inspiration revêt généralement la forme de Yextasc, le sujet cause d'une façon égarée , et on est souvent obligé de le maintenir de vive force pour l empêcher de se faire du mal à lui-même par ses mouvements violents. Cette crise dure habituellement une demi-heure environ et a un si puissant effet sur le patient qu il tombe ordinairement en faiblesse aussitôt que l’attaque est finie.

» Lorsqu'il a recouvré ses forces, il dit à son « instructeur » qu'il a eu quelque vision , que le prêtre interprète comme celle d’un génie quelconque, tel que Héviyosa (génie du tonnerre), Zo (génie du feu) ou autres. Et le néophyte se trouve ainsi appelé au service sacerdotal du génie dont il a eu une vision (1). »

On reconnaît là tous les caractères de l'attaque hys

(I) J. A. Skertchly, Dahomey as it is , London 1874,

térique : mouvements convulsifs, délire, hallucinations de la vue, sommeil après la crise.

Et I on comprend que les féticheurs attachent de l'importance à ces symptômes, car leur méthode divinatoire n'est autre que la chresmologie enthousiaste et, à quelques détails près, elle rappelle singulièrement celle que les prophètes nécromanciens employaient pour demander des conseils aux âmes des morts au sujet de la guérison des consultants. Ce fut, en son temps, paraît-il, un métier fort lucratif et qui procurait une haute considération.

« J’eus une fois, dit encore J. A. Skertchly (i), l'occasion de voir un prêtre se disposant à faire une visite au séjour des âmes. . . Ayant tracé un cercle par terre, il s’accroupit au centre de ce cercle magique et, nous ayant invité à ne pas nous avancer à l’intérieur, il se couvrit d’un grand carré de toile grise, orné à profusion de pompons magiques. Au bout de quelques minutes, il commença à murmurer quelques sons inintelligibles à voix basse : son corps et ses membres frissonnaient comme un tremble. Cette « farce » durait depuis une demiheure quand le féticheur se découvrit, prêt à communiquer le message. Il dit qu’il avait rencontré une difficulté considérable à obtenir une entrevue avec lesprit. . . lorsque celui-ci avait su qu’un prêtre arrivait, ii s’était caché dans un buisson..., etc. »

Ici, comme dans toutes les cérémonies de ce genre, il faut faire la part grande à la supercherie. Parmi les prophètes, tant anciens que modernes, les fourbes ont beau jeu pour exploiter la crédulité populaire.

Néanmoins, le nombre des convaincus est encore fort respectable, et chez eux les accidents névropathiques ne sont pas toujours simulés.

« Un grand nombre de tribus de l’Amérique, dit

(I) Skertchly, Dahomey as il is, 1. c.

M. A. Maury (l), pratiquaient des cérémonies et des initiations secrètes, dont le but était de donner à ceux qui y participaient un caractère sacré, et de leur communiquer une puissance d'inspiration, une vertu divine qui les mettaient en relation directe avec les esprits ou les dieux. Encore de nos jours, chez les indigènes de l’Amazone, un voyageur anglaisa constaté l’existence de véritables initiations en l’honneur de la divinité appelée Jurupari. Les femmes en sont sévèrement exclues. Dans l’Amérique du Nord, certaines tribus ont des cérémonies analogues qui se réduisent parfois à de simples danses. Chez les nègres, il y a des fêtes orgiastiques dans lesquelles les femmes jouent le principal rôle, et qui rappellent d’une manière frappante les Bacchanales. Les mystères bien connus du Vaudoux que les nègres du Dahomey ont transportés dans le nouveau monde, et dont le point de départ est une danse orgiastique, constituent une véritable initiation, un ensemble de rites secrets rattachant par un lien mystérieux tous ceux qui y prennent part. » Ces mêmes cérémonies se retrouvent dans l’Afrique occidentale, etdans les îles de l'Océanie (2).

Ces rituels émouvants rappellent de très près ceux qui étaient en usage en Grèce pour la consultation de certains oracles.

Car les prêtres, à vrai dire, se sont ingéniés de tous temps à accumuler les cérémonies impressionnantes alin d’agir avec plus de puissance sur l’esprit des consultants.

L’oracle de Trophonius était un des modèles du genre. Pausanias, qui l’a consulté lui-même, nous a laissé la

(1) A. Maury. Histoire des Religions , II, p. 30*.

(2) Voy. les mystères célébrés par les Arekoïs en l'honneur du soleil. Mocrenhout. Voyages aux lies océaniennes, t, I, p. 484 et

description des épreuves troublantes qu'on imposait à ceux qui osaient s’aventurer dans son antre.

C’était d’abord, une longue série de jeûnes et de prières, entremêlés de bains froids dans la rivière Hercyna. Puis des sacrifices multiples et qui devaient devenir onéreux : on sacrifiait à Trophonius, à ses enfants, à Apollon, à Saturne, à Jupiter roi, à Junon Hénioché et à Cérès Europe, qui passait pour la nourrice de Trophonius, etc... Un devin toujours présent examinait les entrailles des victimes et, quand les présages lui semblaient favorables, — ou peut-être quand le nombre des offrande*s lui paraissait suffisant, — il déclarait que le dieu consentait à recevoir le consultant dans son antre. Un dernier bélier sacrifié au-dessus de cet antre pouvait annuler tous les présages heureux recueillis auparavant. Tout était à recommencer sur de nouveaux frais.

Enfin, quand Trophonius, — toujours au dire des prêtres. — se montrait disposé à rendre ses oracles, deux enfants venaient chercher le fidèle au milieu de la nuit, le faisaient baigner, l’oignaient d'huile; puis les prêtres le conduisaient boire l’eau de deux fontaines, Lethé et Mnémosyne, pour qu'il oubliât le passé et ne se souvint plus que du présent.

Vêtu d’une tunique de lin, ceint de bandelettes, et chaussé à la mode du pays, on le mène alors au sommet de la montagne. Là, dans une enceinte fermée, se trouve une ouverture béante comme celle d'un four. On y descend à l’aide d'une échelle légère ; au fond se voit un trou noir où il faut introduire les jambes jusqu’aux genoux. « Aussitôt, le corps entier est entraîné avec autant de violence et de rapidité que l’est un homme par un de ces tourbillons que forment les fleuves le plus grands et les plus rapides. »

On imagine aisément l'état d’esprit du malheureux pèlerin, déjà troublé par les longues cérémonies pré-

paratoires, lorsqu’il arrivait cl’une aussi étrange manière au fond de l’antre de Trophonius.

Que se passait-il alors ? Pausanias ne nous parle pas de ce qu’il a pu voir ou entendre. Il est d’ailleurs toujours très réservé sur ce chapitre délicat; peut-être n’avait-il pas, lui aussi, conservé tout son sang-froid après cette gymnastique insolite. Il nous apprend néanmoins que (( ceux qui sont parvenus au fond de l’antre secret, n’apprennent pas tous l’avenir de la même manière : il y en a en effet qui voient ce qui doit leur arriver, d’autres qui l'apprennent par ce qu'ils entendent ».

D’après cela, on peut conjecturer que les pauvres diables soumis à cette épreuve impressionnante, n’arrivaient pas au fond de l’antre sans un certain trouble d’esprit, et ils devaient être souvent victimes d'hallucinations de toutes sortes qu’ils interprétaient comme des révélations supérieures.

Cependant, quand on voit tous les subterfuges et toute cette machination suggestive que les prêtres n’hésitaient pas à employer pour terroriser les croyants, on se demande, non sans vraisemblance, s’ils ne poussaient pas plus loin l'ingéniosité, et si les voix et les apparitions, dans l'antre de Trophonius, n’étaient pas de simples jongleries de ventriloques ou de magiciens.

Quoi qu’il en soit, le patient dûment renseigné sur les choses de l'avenir, remontait vers l’ouverture et en sortait les pieds les premiers. Les prêtres l’attendaient à la sortie et l’interrogeaient sérieusement sur ce que l’oracle lui avait révélé.

Ils le remettaient alors entre les mains de ses parents et de ses amis « qui l’emportaient encore tout possédé par l’effroi, et incapable de se reconnaître lui-même, ni de reconnaître ceux qui l’environnaient. » Toutefois, ajoute Pausanias, la raison revient plus tard ainsi que la faculté de rire... C’est au moins une consolation.

On le voit, ce n’était pas une cérémonie bien tentante

que la consultation de l’oracle de Trophonius. Mais aussi de quel terrible prestige les prêtres qui la dirigeaient se trouvaient-ils entourés !

Ils étaient d'ailleurs impitoyables pour tous ceux qui ne prenaient pas leur oracle au sérieux. Un certain garde du corps de Démétrius étant descendu dans l’antre, avec des intentions peu scrupuleuses — peutêtre pour découvrir le secret de cet oracle, — ne revit jamais la lumière ; « et son cadavre ne fut pas rejeté par l'ouverture sacrée ; on le trouva dans un autre endroit.» C'était une bonne leçon pour les curieux et les indiscrets. (1)

(1) Pausanias. — Bœolie , Ch. XXIX.

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