Pierre de la Gorce, IV
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Cependant Pie IX avait annoncé la prochaine canonisation des martyrs japonais. L'affluence des catholiques à Rome, évêques et fidèles, de France surtout, fut beaucoup plus grande qu'elle ne le fut jamais pour semblable cérémonie. Ils saluèrent de leurs acclamations émues : « Pie IX roi ».
Au mois d'août 1862, Garibaldi se prépara à compléter l'Italie. L. Veuillot fît cette remarque : ce On dit tout haut et de tous côtés que la main de M. de Bismarck est là-dedans. Le roi de Prusse allié de Garibaldi ! » Victor-Emmanuel, dans une proclamation à ses peuples, sépara sa cause de celle du condottiere. Garibaldi s'irrita et adressa aux Italiens une proclamation : « A Rome ! Allons, braves de 48 et de 49 ! Allons, jeunesse ardente de 59 et 60 ! Courez à la sainte croisade. Je suis décidé ou d'entrer à Rome vainqueur, ou de tomber sous ses murailles. Voilà deux ans qu'on nous promet de nous donner Rome et qu'on nous repaît de vaines espérances. C'est une nécessité de recourir au fer 6. »
Atteint à Aspremont par une colonne de troupes royales, il est gravement blessé au pied et contraint de se rendre. Le gouvernement piémontais qui avait été forcé par la France de respecter Rome et d'arrêter Garibaldi, voulut se faire un titre de son opposition à l'entreprise garibaldienne. Il adressa une note en ce sens aux agents diplomatiques du « royaume d'Italie ». Puis, le 5 octobre, il s'empressa d'amnistier Garibaldi, qui alla s'installer dans l'île de Caprera. Le 2 avril 1864, il est reçu triomphalement à Londres, même par les personnages officiels les plus haut placés, à l'exception de la Reine.
6. Le 20 octobre 1847, ce même Garibaldi avait écrit au nonce du Pape à Montevideo : « Si des bras qui ont quelque pratique du maniement des armes sont agréables à Sa Sainteté, il est inutile de dire que nous nous consacrerons avec une plus grande joie que jamais à celui qui a déjà tant fait pour la patrie et pour l'Eglise ; nous nous estimerons heureux de prêter un humble appui à l'œuvre de délivrance commencée par Pie IX, nous et nos compagnons, au nom desquels nous parlons, et nous ne croirons pas payer trop cher cette œuvre, fût-ce au prix de tout notre sang. »
A sa légion, il dit sur la place Saint-Pierre à Rome en 1849 : « Me suive qui a du cœur! me suive qui a encore foi dans le salut de l'Italie! Nous avons les mains teintes de sang français ; ce sont nos bras que nous plongerons dans celui des Autrichiens. » Et dans une lettre, adressée à une association ouvrière de Naples le 28 mai 1861 : « Nous commettrions un sacrilège, si nous persistions dans la religion des prêtres de Rome. Hors de notre terre cette secte perverse et contagieuse ! chassons les vipères de la ville éternelle avec lesquelles l'unité est impossible. »
Garibaldi, Victor-Emmanuel, Napoléon III, c'est à qui se montrera ie plus fourbe.
70 l'œuvre de NAPOLÉON III.
Le 4 novembre 1863., Napoléon III écrivit aux souverains pour leur proposer un Congrès. Cette proposition n'aboutit point. Napoléon III était impatient de mettre fin à l'occupation française dans les Etats Pontificaux.
Deux fois, en 1861 et en 1862, il avait songé à retirer ses troupes ; deux fois les projets de Garibaldi avaient prévenu ses desseins. En 1864, sans même consulter ni prévenir nos ambassadeurs à Rome et à Turin, bien moins encore le Pape, à la suite de conférences secrètes avec des envoyés italiens, il proposa et fit accepter la fameuse Convention dite du 15 septembre. L'Italie s'engageait à ne pas attaquer le territoire actuel du Saint-Père et à empêcher même toute attaque venue de l'extérieur. La France s'obligeait de son côté à achever l'évacuation dans un délai maximum de deux ans. Dans un protocole, annexé au traité, Victor-Emmanuel « promettait de transférer la capitale de son royaume en une ville qui serait ultérieurement désignée ». C'était en réalité sanctionner la spoliation et reconnaître le royaume d'Italie.
Le lendemain, Louis Veuillot exprima dans son journal cet avertissement et ces craintes :
Si la France soutient sa parole du 15 septembre et met à couvert tout ce que cette parole l'oblige au moins de conserver, elle retrouvera les jours de 1852 ; sinon le cycle des grandes catastrophes est ouvert, et il y a dans le monde, plus profond qu'on ne l'a jamais vu, le gouffre dont parle Shakespeare, le gouffre de la souveraineté arrachée où tout se précipite et qui se remplit de sang. Dieu protégera toujours son Eglise, elle vivra toujours, elle donnera au monde ses dernières beautés, ses dernières vertus, les dernières œuvres qui ne subiront point la honte de la tyrannie. Mais les nations que deviendront-elles ?
Nous ne le voyons que trop.
Lorsqu'on vit le gouffre se creuser, un autre journal dit :
« Si Napoléon était sincère, il faisait là un marché de dupes. La retraite des troupes françaises désarmait la Papauté et c'était ce que voulait la Révolution. Quant à la promesse parallèle de l'Italie, quel homme sérieux pouvait avoir foi dans les paroles d'une puissance qui n'avait jamais procédé que par la déloyauté et la fourberie ? La convention était à peine signée entre les deux souverains, que le ministère La Marmora fit ses réserves au sujet de « Rome capitale ». Déjà il ne restait plus de l'acte du 15 septembre que la retraite des troupes françaises, desideratum de la Révolution.
Les catholiques s'étonnèrent qu'on eût réglé le sort du Pape en dehors du Pape lui-même. Cette convention, disaient-ils,
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c'est l'abandon du Saint-Siège, un abandon à terme. Par ruse ou par violence, Victor-Emmanuel avait conquis les trois quarts du patrimoine de Saint -Pierre et c'était à sa garde qu'on confiait les lambeaux qu'il n'avait pas encore ravis !
Aussi cette convention causa une grande émotion et suscita des interprétations contradictoires. Le gouvernement français s'efforça de montrer que, par elle, il assurait au Pape la possession des Etats qui lui restaient. Les ennemis du Saint-Siège y voyaient la chute à jour fixe du pouvoir temporel. Le gouvernement italien se refusa toujours à y voir la renonciation à la possession de Rome. L'un des négociateurs de cette convention, le marquis Pépoli, dit à Milan, l'année suivante : ce Le traité du 15 septembre ne porte atteinte à aucune partie du programme et brise les derniers anneaux qui unissent la France et nos ennemis ».
La haute sagesse de Pie IX vit dans tout cela ce qu'elle avait vu dans la fameuse brochure Le Pape et le Congrès « un insigne monument d'hypocrisie ». « Nous attendrons les événements », se contenta de dire Pie IX à l'ambassadeur de France. Et les événements sont venus, ils ont montré une fois de plus quelles étaient la bonne foi, la loyauté de l'Italie; et aussi la valeur de la signature de la France impériale dominée par la Franc-Maçonnerie.
A l'automne de 1865, l'Empereur rappela de Rome un régiment. C'était la première exécution du traité. Mais s 'étant engagé à maintenir le Pape à Rome, il imagina de constituer pour le service du Pape une légion levée en France, considérée comme appartenant aux cadres français et qui serait enrôlée sous le drapeau pontifical. Elle s'organisa à Antibes, d'où son nom Légion cV Antibes. Au mois d'août 1866, elle comportait environ mille hommes. Elle entra à Rome le 22 septembre 1866.
Napoléon III, dans son discours du trône de novembre 1867, prononça pour la première fois officiellement ce mot Unité de l'Italie. L. Veuillot dit à cette occasion :
L'unité' de l'Italie n'est pas son indépendance, c'est sa conquête. L'expression de l'Italie une, n'est pas Victor-Emmanuel, c'est Garibaldi et encore plus Mazzini, le prophète de la république universelle. L'Italie révolutionnaire ne veut avoir Rome que pour en chasser le Pape, elle ne veut chasser le Pape que pour abolir le christianisme, que pour réintégrer à Rome César, empereur, Pontife et Dieu de la terre. »